Prédication de la veillée de Noël 2016 par le pasteur André Joly

Prédication pour la veillée de Noël 2016 à partir de Luc 2

Vous avez entendu ?

Ça a déjà commencé par un comptage.

Pas sur la table de la cuisine, vite fait !

Non, un comptage systématique de tous ceux qui habitaient la région,

non, non pas la région l’empire romain.

C’était déjà la globalisation.

Il faut avoir des statistiques :

qui, combien, et où ?

Parce que tout est question de chiffres:

les entreprises, les états, les particuliers, les menaces, les vivants, et aussi les morts.

Compter les vivants,

pour prévoir, planifier, anticiper.

C’est pas une petite affaire: les écoles, les transports, l’aménagement du territoire, les déchets,

sans compter la distribution des biens, le travail, les retraites.

Ce n’est pas une petite affaire.

Nous planifions nos vies, nos vacances, notre carrière, notre sécurité.

Parce que nous ne voulons pas de mauvaises surprises.

Alors quand un grain de sable vient gripper nos projets, il faut trouver des solutions.

Des solutions !

Des solutions pour nous et pour notre monde.

Parce qu’il y a quelques problèmes suffisamment importants dans notre monde pour qu’on s’y mette.

Sur le papier, c’est une chose.

Mais dans la réalité, c’est une autre paire de manches.

Et face au monde, Dieu a décidé de se faire naissance.

Franchement, il aurait pu penser à quelque chose d’infiniment plus spectaculaire.

Un coup de balais, un coup d’amour général, un coup de justice, et un grand coup de paix.

Une naissance,

à l’écart de toutes les précautions, de tous les projets et les prévenances,

dans un lieu réservé aux animaux.

Dieu dans une écurie !

A l’écart d’un monde qui n’arrive pas à lui faire la moindre petite place.

Si ce ne sont les bras de Marie et Joseph.

Vous parlez d’un destin !

Une naissance.

Tout commence par une naissance.

Notre vie, d’abord.

Et puis tout le reste, notre croissance, nos amours, nos batailles et nos joies.

Nous naissons chaque jour, jusqu’à la fin.

Parce qu’il n’y a jamais rien d’acquis,

parce que la vie se donne à nous tous les jours, jusque dans la banalité et la fragilité de nos quotidiens.

Et c’est parce que nous sommes fragiles, que Dieu se fait fragile lui aussi.

Nous ne sommes pas en terre de certitudes, de principes tout-faits qu’il s’agirait de suivre pour réussir.

Sinon, ça se saurait.

Sinon, ça se verrait.

Et si c’est une question de naissance, alors ça nous concerne puisque nous avons passé par là.

Alors quoi ?

Alors tout !

Tout revient à cette question:

à qui, à quoi donnons-nous naissance notre tour ?

Ce n’est pas une question réservée qu’à quelques-uns.

C’est la question centrale qui est au coeur de cette mémoire de Noël.

Si Dieu est Dieu, ce n’est jamais sans nous.

Si Dieu est Dieu, c’est parce qu’il prend au sérieux nos existences qui ne sont plus des bons ou des mauvais moments à passer, mais bien plutôt des raisons de porter et de donner la vie.

Malgré Alep,

malgré Berlin,

malgré la Turquie,

malgré le Nigeria,

malgré tout le mal et toutes les souffrances que nous avons vécu ou que nous traversons.

Si l’histoire de la naissance de Jésus continue avec la visite des bergers, puis celle des savants venus d’orient, c’est pour nous rappeler que nous sommes invités à retourner à la source de la vie.

Que toute aventure humaine se nourrit à la source de la vie.

D’une vie qui vient de naître et qui est sans défense, nue comme un nouveau-né.

Parce que nous savons,

nous le savons,

marcher en portant nos soucis, notre argent, nos armes – celles qui ne tuent pas par des balles, mais les mots et les combines qui blessent longtemps,

marcher avec nos aveuglements, notre désir d’avoir raison,

marcher avec tout ce qui nous encombre

ne nous aidera pas à avancer.

Dieu, fait petit enfant cette nuit,

vient à nous sans rien.

Juste lui et nous.

Sans attendre rien d’autre que d’accueillir cette vie, de la nourrir et de l’aider à grandir, et de reconnaître qu’elle vient de Dieu.

Si nous croyons cela, alors nous pouvons discerner sur chaque visage des traces de Dieu.

Nos regards ne seront plus les mêmes, parce que nous aurons été rejoints par un enfant.

Amen