Prédication du 15 janvier 2017 par le pasteur André Joly

Prédication autour du thème 34: qui a peur de la vieillesse ?

Depuis 50 ans, notre société a changé en profondeur.

Ce n’est pas nouveau de le dire.

Les transports, le travail, les loisirs, la santé, l’environnement, l’alimentation ont provoqué des comportements différents au point que tout va très vite,

pas seulement l’augmentation des primes d’assurance maladie,

mais ce qui était considéré comme acquis, est régulièrement remis en question par notre environnement et par les évolutions technologiques.

Ainsi donc, l’âge.

L’OMS – l’organisation mondiale de la santé – définitif en 2010 encore la vieillesse comme l’âge qui débute à 65 ans.

65 ans ! On croit rêver.

Serait donc vieille la personne qui a plus de 65 ans et qui peut donc prétendre à l’AVS et à la retraite.

Certains s’en réjouissent.

D’autres appréhendent, c’est selon.

Mais ce que les chiffres ne disent jamais, ce sont les émotions qui sont liées à cette étape de la vie qui marque ainsi le passage de la vie active à la retraite.

Que vais-je faire de mon temps ?

Comment organiser mes journées ?

Si c’est pour avoir mon mari dans mes pattes toute la journée…

Si c’est pour faire tous les goûts-goûts de ma femme…

Parce que le plus difficile dans la vieillesse, c’est de devoir fréquenter tous ces vieux qui nous parlant de leurs bobos, de leurs croisières, de leurs visites dans les EMS.

Ils parlent même de leurs enfants comme des vieux.

En fait si nous savons intellectuellement que nous vieillissons, l’intérieur, lui, ne semble pas changer.

Il suffit de repenser à nos 20 ans,

à cette montée de la Furka en vélo,

aux virées avec les copains,

aux crasses dont personne n’a jamais su que c’était nous,

à ces odeurs que nous ne retrouvons pas mais qui sont à jamais gravées en nous.

Du temps de Jésus,

et bien avant lui aussi,

l’âge avancé était un signe de bénédiction de Dieu,

et donc de respect.

La vieillesse était synonyme d’expérience, de sagesse, de discernement.

Vivre longtemps, ce n’était pas vieillir longtemps, c’était le signe d’une bénédiction.

Aujourd’hui, on vous explique à coups de pyramide des âges à l’envers que notre société vieillit, et donc que nous allons devoir relever des défis colossaux,

sanitaires entre autres.

Ça fait peur ?

Certains ont peur.

Mais la question qui nous est laissée aujourd’hui n’est pas économique, mais existentielle.

Est-ce vous avez peur de la vieillesse ?

Ma tante Emma disait avec force:

  • Je n’ai pas peur de vieillir, mais de mal finir.

Mal finir ?

Ça vous traverse l’esprit aussi ?

Vous n’osez pas toujours en parler, mais vous y pensez.

A votre santé, à vos affaires – ça veut dire pudiquement à vos sous, à ce que vous laisserez, à votre enterrement peut-être ?

J’y pense, moi.

Ce n’est pas une obsession.

Mais j’y pense.

Comme doivent y penser tous ceux qui sont visités par le Christ.

Vieillir est un donné, comme la vie,

et ce donné-là n’est pas une option.

Il va falloir suivre un chemin,

et ce chemin va passer un jour ou l’autre par une dépendance.

« Tu étendras les bras, un autre te mettra ta ceinture et te mènera là où tu ne voudras pas aller. »

Voilà ce que dit le Christ à son ami Pierre.

Ou dit avec d’autres mots,

il y aura un jour des événements que tu ne pourras pas choisir, il y aura des décisions que d’autres prendront à ta place, et tout au bout il y aura la mort, ta mort.

Personne n’y échappera, mais la question est: comment l’atteindre ? Le chemin sera différent pour chacun.

Mais ce que le Christ rappelle, c’est que la seule chose qui vaille la peine de vivre et de vieillir, c’est d’aimer.

Parce que c’est la seule manière de faire quelque chose de sa vie.

Une dame me confiait avec fatigue:

  • Je ne suis plus bonne à rien.

Mais il n’y a pas d’âge pour aimer.

La vie nous triturera, nous bousculera, nous emmènera là où nous ne voulons pas aller, mais elle ne nous empêchera pas de continuer à aimer.

Comme le rappelle Paul à la communauté de Philippes: Je n’ai pas encore atteint le but, et je m’efforce de saisir le prix de la course.

Rien ne peut empêcher ce qui fonde notre relation, à Dieu et aux autres, d’être contesté par la valse des ans.

Cela dit, on ne se défait pas de la peur à coups de petits porto de 11 h.

Elle est là.

Au rendez-vous de médecin,

à l’amie qui vient de mourir,

aux chutes qu’il faut éviter absolument,

et peut-être aussi dans cette image de notre corps qui change.

Dans le dialogue que le Christ a entamé avec Pierre, ses questions se rapportent à maintenant.

Maintenant pour Pierre il y a 2000 ans

Maintenant pour nous aujourd’hui.

Parce que, ce qui compte pour Dieu, ce ne sont ni les livrets de services, ni les plans sur la comète.

Ce qui compte, c’est-à-dire l’essentiel, n’est pas  de savoir si nous serons vivants après la mort, mais bien si nous aurons été vivants avant…

Vous auriez mille raisons de regarder ce que vous êtes en train de perdre,

ce à quoi vous avez dû renoncer,

mais on ne conduit pas en regardant dans le rétroviseur.

Et même si vous convoquez Abraham, mort à 175 ans, cela n’épaissira pas votre journée si vous ne vous mettez pas de nouveau à aimer.

La question est donc bien là: que répondons-nous à la peur de vieillir ?

M’aimes-tu ? demanderait le Christ ?

L’amour dépasse la peur, dépasse la vie, dépasse la vieillesse, dépasse la mort elle-même.

Le temps qui s’annonce, quel qu’il soit, se nourrira de ce mouvement profond de notre être qui se tourne vers Celui qui est amour et qui nourrit tout amour.

Amen