Prédication du 22 janvier 2017 par le pasteur Virgile Rochat

 

Lectures : Matthieu 28, 17-20, 1 Corinthiens 12,12-13

L’Eglise protestante est-elle catholique ?

C’est le quatrième thème de notre petite brochure intitulée 40 thèmes pour le 500e de la Réforme…

Thème présenté de manière un peu rigolote, mais thème important, tant on s’est écharpés entre protestants et catholiques au cours des temps (et ca continue !) et thème d’actualité aussi puisque aujourd’hui c’est le dimanche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens !

L’Eglise protestante est-elle catholique ?

Ca dépend.

Ca dépend du sens qu’on met sous les mots !

Catholique : kata holos : général, universel qui est répandu partout. On connaît bien ce mot dans notre société post moderne : holiste, holistique… global total, médecine holistique qui prend en compte la totalité de la personne. Redoublé de la particule « kata » que signifie de haut en bas, bas en dessous en bas , d’où : partout, ou à « fond » …

C’est un synonyme de universel : qui est considéré comme commun à tous qui s’étend à tout, qui s’étend partout (il y a le mot « un » dedans).

Dans les deux cas, il y a affirmation d’universalité, une venant du grec l’autre venant du latin

Catholique est un nom ou un adjectif extraordinairement englobant qui n’est pas utilisé exclusivement par l’Eglise de Rome. Avant d’adopter le mot « universelle », les églises protestantes s’intitulaient « catholiques » Luther que Calvin et leur successeurs ont utilisé l’expression : je crois l’église catholique (ils ne se seraient d‘ailleurs pas permis de changer un mot si important !)

Du côté orthodoxe aussi il est fait usage de  ce mot. Par exemple le « pape » des Arméniens s’appelle : le katholikos…

 

Alors qui a droit au terme catholique ? A la fois  personne et tout le monde

Aucune église ne peut se dire catholique dans la mesure où elle ne l’est pas. Et aucune ne l’est dans la mesure où aucune n’est vraiment universelle.

(Un ami prêtre me disait que le simple fait de se dire catholique nous fait perdre la catholicité… comme dire : « Je suis modeste » nous fait perdre la modestie.

Et heureusement, car toute catholicité porte en germe un risque de totalitarisme, et donc d’oppression. Notre XXe siècle a été jalonné d’idéologies qui totalitaires qui ont versé un sang considérable… il ne s’agit pas d’y retourner…

Comment se situer alors ?

Abandonner le mot ? Non ! surtout pas, mais le voir comme un but, comme une réalité à rechercher.

Pourquoi ?

Parce que l’Eglise est un beau projet qui mérite de ses développer dans le plus de directions possibles…

Quel est ce projet, il est résumé dans la parole de l’Evangile que l’on a entendue tout  à l’heure : « allez, de toutes la nations faites des disciples, apprenez leur à garder ce que je vous ai en enseigné ! »

….et le Christ a enseigné quoi ? L’amour : « aimez vous comme je vous ai aimés » «  il n’y a pas de plus grand amour de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Ca, ça vaut la peine d’être répandu partout ! Ca vaut la peine d’être catholique.

Ca vaut la peine de se battre pour le plus faible, pour l’écosystème, pour l’égalité entre tous…

Ce qui est en jeu dans la catholicité c’est le déploiement de l’Eglise comme peuple de Dieu qui ose se poser en face de du raz de marée matérialiste et destructeur.

Le concile Vatican II, a mis l’accent sur le thème : Eglise = peuple de Dieu. Ca, c’est très beau, car cela ouvre sur l’Eglise comme mystère de communion, ce qu’a repris frère Roger à Taizé. L’Eglise chrétienne comme lieu de la fraternité, laboratoire de la vie du royaume… lieu du pardon et de la fête comme disait Jean Vannier…  !

Ce qui est en jeu aussi dans la catholicité c’est de se déployer comme corps du Christ, être le Christ toujours et partout, et conduire l’humanité à sa réelle dimension : Jésus a vécu, il a enseigné, il a guéri, soigné, relevé. Il s’est approché des pauvres comme des riches, il est mort, et s’est relevé d’entre les morts, et, d’une certaine manière, c’est en son Eglise qu’il est vivant, car c’est elle qui est devenue son corps. Une belle image : celle du crucifix alsacien détruit lors d’un bombardement, perdant bras et jambes, ave le panneau : « vous êtes mes bras vous êtes mes jambes ! ». Cette vision est très belle. L’Eglise est le corps, Jésus  est la tête… et il continue de guérir, de soigner, de vivre dans l’humanité… Beau programme… qui se réalise d’ailleurs

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La question qui vient maintenant est de se demander comment réaliser ce programme à l’échelle catholique Kath holè en tout, Universelle de tout et partout pour tous.

Comment entrer dans cette « marque » ou  « note »  de l’Eglise ?

Et c’est là que l’église protestante a (encore) un rôle à jouer celui de montrer que les différences qui nous constituent ne sont pas des menaces, mais des occasions de s’enrichir les uns les autres de ce qui nous constituent .

Comme Dieu, la réalité spirituelle est bien plus grande que ce que nous pouvons en comprendre, ainsi ce que nous en saisissons peut devenir une lumière pour l’autre et réciproquement,

Ce qui fonctionne pour les confessions chrétiennes, fonctionne d’ailleurs aussi pour les autres religions et philosophies…

Dans l’appréhension de la différence comme enrichissement, il y a une réelle promesse de vie.

Au lieu de voir l’autre comme une menace, donc un danger, il devient la source d’enrichissement, d’une augmentation de notre manière de voir, et de fait facteur d’unité où chacun fait un pas plus loin, en direction de la Source, de la Lumière, de la Vie…

C’est ce chemin et cette mise en route vers un horizon commun qui nous rapprochera les uns des autre et nous conduira en direction d’une réelle catholicité !

Amen