Prédication du 5 février 2017 par le pasteur André Joly autour du thème: pourquoi ai-je tant de mal à parler de Jésus ?

Prédication du 5 février 2016 autour de Luc 9, 18 à 20: Jésus, pourquoi ai-je du mal à en parler ?

Je crois en Jésus-Christ, fils du Dieu Sauveur.

Et je m’excuse…

Mais c’est plus fort que moi.

Je le crois, parce qu’il est venu me chercher,

quand ?

je ne sais plus vraiment,

à quelle occasion ?

je ne m’en souviens plus.

J’ai argumenté,

je le sais,

parce que j’ai été biberonné à la philosophie, à la dialectique,

ce que j’ai pu dire était sensé.

Je l’ai fui,

je l’ai ignoré,

cela a duré un temps, longtemps,

et je l’ai retrouvé,

ou peut-être est-ce lui qui m’a suivi ?

Je crois en Jésus-Christ, fils de Dieu Sauveur,

Et je m’excuse….

Mais, nom de sort,

un pasteur, ça doit de dire les choses clairement.

On est là parce que nous croyons tous en Jésus,

on est là parce que Dieu n’est pas une hypothèse,

on est là parce que nous réalisons,

parfois confusément,

que notre vie a quelque chose à voir avec Dieu,

ou ne serait-ce pas que Dieu a quelque chose à voir avec notre vie ?

Je crois en Jésus-Christ, fils de Dieu Sauveur, 

mais alors pourquoi ai-je tant de mal à en parler ?

Peut-être est-ce dû à mon éducation,

à cette conviction que ma famille et mon entourage cultivaient avec ténacité,

à savoir qu’il n’est pas nécessaire de parler de son intimité.

Comme de sont argent, de sa sexualité, de ses opinions politiques

  • enfin pas pour tous –

et qu’il faut donc faire montre de retenue.

Je crois en Jésus-Christ, fils de Dieu Sauveur,

mais je me retiens.

Je me retiens de le dire,

parce que si on venait à me le demander,

il me faudrait m’expliquer,

et ça prendrait du temps,

comme le chemin de St Jacques,

c’est long, les paysages changent, 

les routes aussi,

et le temps change.

Surtout.

Par beau temps, 

par temps de pluie et de vent,

lorsque qu’on se perd et qu’on a le sentiment qu’on ne retrouvera jamais les balises.

Pourquoi est-ce que je crois en Jésus ?

Je ne sais pas.

Elle fait partie de toutes ces autres qui commencent par:

pourquoi suis-je né dans cette famille ?

pourquoi est-ce que je vis avec ce conjoint ?

pourquoi n’ai-je pas eu des enfants différents ?

pourquoi ? pourquoi ?

Ce que je sais, c’est que Jésus fait partie de ma vie dès le début, du moins dès que j’ai été en âge d’entendre. Il n’était ni un principe, ni un sujet d’apprentissage, 

ni un père fouettard, ni un gourou,

il était,

et il EST celui qui m’accompagne sans fatigue, sans lassitude, sans découragement. Et nous prenions, le soir, le temps d’une prière, souvent précédé de cette question:

– Mais pourquoi faut-il prier ?

Et ma tante Emma avait cette formule:

– Dis merci, et ainsi tu verras tout ce que tu as reçu dans la journée.

Voilà en quoi s’enracine ma foi et ma prière.

Alors bien sûr, je pourrais vous sortir le grand catéchisme, l’incarnation, le salut, la justification grâce à la foi, le plan divin, la prédestination, et tout le touttim,

mais cela ne dirait pas grand chose de qui est Jésus pour moi.

Est-ce qu’on peut parler du pèlerinage si on n’a pas fait le chemin ?

Est-ce qu’on peut parler des défis du couple si on ne les a pas vécus ?

Et peut-on parler de Dieu si on ne le fréquente pas un peu ?

Bien sûr, comme beaucoup, j’aurais préféré que Dieu déroule un maximum:

le bâton qui devient serpent,

qui redevient bâton,

la traversée de la Mer Rouge et la défaite des Egyptiens,

l’eau qui sort du rocher de Massa et Meriba,

Jonas, recraché par le gros poisson,

et toutes ces guérisons étonnantes par ce thaumaturge appelé Jésus.

Invoquer ainsi l’histoire biblique pour se convaincre qu’elle doit se répéter dans la mienne.

Comme un copier – coller.

Mais je ne suis pas, 

nous ne sommes pas des copier-coller !

Ni des pâtes humaines qui devrait remplir des moules.

Quand les disciples invoquent la grande histoire divine dans laquelle ils veulent inscrire le Christ, ils font ce que je fais parfois,

ne pas s’impliquer.

Ils réchauffent les on-dit,

ils tentent de faire entrer ce Jésus dans un moule,

ou dans les pantoufles des très grands,

mais ce qui intéresse le Christ, c’est bien ce que nous disons de lui.

Et on a beau être des chrétiens qui n’en pensent pas moins, si nous ne disons rien du Christ, 

alors c’est comme accrocher un tableau dans son salon, ça décore.

Joliment, mais ça ne fait que décorer.

On aura beau faire tous les pèlerinages du monde,

on aura beau sonder les grands esprits, 

on aura beau…

on aura beau…

Je n’aurais encore rien dit de ce Jésus qui ait quelque chose à voir avec ma vie.

L’autre jour, aux Assises de la culture j’ai rencontré une directrice de musée qui m’a dit:

  • Si le Christ n’était pas dans ma vie, j’aurais baissé les bras depuis longtemps.

Le Christ, comme source de courage.

L’Evangile est d’abord cela, la rencontre de ce Fils de Dieu avec des humains pour leur offrir un horizon d’amour et de courage.

Courage face aux ruptures, courage face à la maladie, courage face à la mort, courage face au chemin qui nous attend, sur les routes de St Jacques, ou sur nos routes ici.

Le Christ est d’abord cette source de courage qui me permet d’avancer, malgré tout ce qui menace ma foi.

Amen