Prédication du 29 janvier 2017 par la pasteur Sarah-Isaline Golay – dimanche missionnaire

Dimanche missionnaire

Esaïe 61.1-2 et Luc 4.14-30 

(pour la cathédrale faire référence à Esaïe 61.1-2)

Pour le dire de façon bien vaudoise, je suis celle-là au Philippe et à Suzette, ou la fille Golay !

N’avez-vous jamais, enfant, été appelé ou hélé comme cela ? celui au avec le prénom de vos parents ?

Voilà que « celui au Joseph » en a beaucoup à dire ce matin !

Dans sa ville Nazareth, il est celui au charpentier, celui au Joseph et Marie. Pourtant il est déjà connu comme le loup blanc non par ses racines familiales mais parce qu’il a déjà enseigné dans les synagogues. C’est le début de sa renommée, qui passe en premier par l’enseignement, par la parole, il n’a fait encore aucun miracles, aucune guérison, mais il est réputé pour être un rabbi d’excellence !

Pourtant si Jésus a déjà une belle renommée, ce n’est que le début et il se permet une chose qu’aucun maître de la Loi n’aurait osé faire… il sabote, sabre, censure un petit bout du texte du rouleau qu’il est appelé à lire en pleine synagogue. Le passage du prophète Esaïe n’est pas complet, Jésus s’arrête avant la fin du verset. Il passe sous silence, comme chat sur braise et omet volontairement l’appel à la vengeance. Il se tait sur ces lignes « le jour où notre Dieu prendra sa revanche sur ses ennemis, et apporter un réconfort à ceux qui sont dans le deuil » 

(Esaïe 61.2c)

Jésus s’arrêt à la proclamation d’une année d’accueil par le Seigneur, à la proclamation de la grâce sans condition et laisse tomber l’idée de l’esprit de vengeance de Dieu. Jésus se permet de couper dans le texte pour orienter son auditoire sur l’essentiel, sur la grâce, cette année d’accueil par le Seigneur. Vivre ainsi en être pardonné, allégé de tout esprit de jugement, de revanche, de vengeance. 

Et cela implique un véritable bouleversement pour les personnes présentes à la synagogue. Car il ne faisait aucun doute pour eux que le passage du livre d’Esaïe, est l’appel du prophète à une victoire sur les oppresseurs babyloniens de l’époque, sur l’oppresseur romain du temps de Jésus. Dieu étant forcément ou naturellement de leurs côtés et donc il les vengera de toute injustice. Jésus rompt ce cercle vicieux, et offre une toute autre image de Dieu. Et voilà que l’auditoire qui avait tant d’admiration pour celui au Joseph, celui qui pourrait être le messie tant attendu qui sauvera leur peuple, fait volte face et en vient à vouloir la mort de cette homme qui ose dire que Dieu ne privilégie aucune personne, aucun groupe. Les exemples de la veuve de Sarepta et de Naaman le syrien c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase… Colère des gens de la synagogue, qui vont jusqu’à sortir Jésus du lieu et l’entrainent sur la colline de Nazareth pour le jeter dans le vide, pour le tuer. 

Jésus ne dit pas un mot de plus, il y a là un silence éloquent, il a tout dit : Dieu est grâce pour tous, Dieu n’est plus celui d’un seul peuple élu, mais aime tout autant que moi, cet autre que je déteste, cet autre qui m’a fait du mal, cet autre qui me dérange tellement.

Jésus a déconstruit toute l’idée de l’élection, des étiquettes bien commodes, des bons et des méchants. 

Ce silence du Christ après avoir exposé son programme de vie pourrait-on dire, nous permet d’examiner à l’intérieur de nous-mêmes toutes nos résistances, tous nos préjugés, tous nos savoirs de vérité, et toutes les fois où nous avons dit : « Mon Dieu », « Notre Dieu » en imaginant que nous avions Dieu de notre côté, prêt à nous rendre justice, que le nôtre de Dieu était meilleur que celui du voisin….

Aujourd’hui c’est le dimanche missionnaire, soutien à l’église presbytérienne du Mozambique,  un des pays les plus pauvres de la planète, mais ici à Chailly (la Cathédrale) ils sont bien loin de nous, qu’est-ce que leurs expériences de foi et de vie communautaire peut avoir en commun avec nous ? Culturellement, il y a tellement de différence, cultuellement aussi, savoir ce que sont aussi des frères et sœurs en Christ qui vivent aussi d’une conviction, qui prient aussi « Notre Dieu » peut faire toute la différence, encore plus en sachant que Christine et son mari vont y passer deux ans. Voilà qu’ils peuvent devenir proches, ce n’est plus un pays lointain, ce ne sont plus des inconnus si différents, avec le texte biblique de ce jour, ils deviennent des hommes et des femmes qui reçoivent la même grâce que chacun de nous. Depuis 130 ans, nos églises réformées sont partenaire de l’église presbytérienne du Mozambique, ils ont de quoi nous enrichir aussi, et ce n’est pas seulement dans un sens, les riches blancs qui volent au secours des pauvres petits noirs. Ceux du Mozambique ont aussi des richesses à nous offrir. 

Ce texte pose aussi toutes les questions de notre rapport aux autres communautés religieuses que la nôtre, avec qui parfois nous avons tant de peine à établir le contact, à comprendre comment ils fonctionnent, à accepter que notre Dieu est aussi leur Dieu ! Sans parler de nos jugements face à ceux qui nous ont blessés, insultés, mentis, volés…

Mon maître de stage m’a souvent dit cette parole : je n’ai pas la capacité d’aimer tout le monde, seul Dieu le peut, mais je peux aimer un frère, une sœur en Christ. C’est le Christ, le lien qui m’unit à celui qui m’énerve, qui est si différent, qui n’est pas moi. » 

Jésus étant le vivant qui agit mystérieusement en tout être humain et que les fruits ne poussent pas uniquement sur mon arbre !

C’est tout un chemin pour chacun de nous d’humilité et d’acceptation de la différence, une vision de la grâce qui dépasse toutes nos étiquettes, un chemin entrecoupé de silence pour réfléchir à toutes nos postures face à l’étranger, dans ce qu’il a d’étrange à soi. C’est tout un chemin de renoncer à la vengeance, à la violence, à la condamnation. 

Un vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui 2 loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour, la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. 

  • Lequel des deux loups gagne ? demande l’enfant
  • Celui que l’on nourri, répond le grand-papa.

Appliquons-nous à revenir toujours à la grâce première de Dieu, qu’elle puisse nous travailler, nous nourrir quotidiennement. 

Un des fruits de cette grâce est cette liberté donnée de nous réconcilier, et d’entrer en relation avec tous les frères et sœurs de ce monde, qui sont en fait tout comme nous, des « celui au Joseph ».

Amen.