Prédication du 26 mars 2017 par le pasteur Jean-François Ramelet

 

« SOLI DEO GLORIA ?»

Esaïe 45,18

 

Luc 18,18-19

1 Timothée 1,17

Au roi des siècles,

au Dieu immortel, invisible et unique,

honneur et gloire

pour les siècles des siècles. Amen.

« Attention, un dieu peut en cacher un autre !»

En latin, ça se dit : « Soli Deo Gloria ».

Je sais ce n’est pas vrai !

Mais c’est la meilleure traduction que j’aie trouvée.

Vous n’êtes bien sûr pas obligés de me croire.

« Attention, un dieu peut en cacher un autre ».

Beaucoup de voix se font entendre pour dire que nous vivons dans un 

monde sans Dieu.

C’est tout faux : notre monde est rempli de dieux.

Et chacun de nous aussi possède son panthéon intérieur.

Notre monde est rempli de dieux, d’une multitude de dieux.

Des dieux connus et inconnus.

Des dieux, il y en a partout.

Et même là où on ne les attend pas.

Question dieu, il faut toujours ouvrir l’œil et le bon.

On ne sait jamais, des fois que l’on se ferait happer par un dieu de 

passage, sans crier gare.

On n’est jamais assez prudent.

« Attention, un dieu peut en cacher un autre ».

Soli Deo Gloria.

L’expression est une exhortation ! 

Une vive mise en garde contre l’idolâtrie.

Car c’est bien d’idolâtrie qu’il s’agit.

L’idolâtrie ! Vous savez, cette disposition, ce penchant qui est tapit en 

nous.

L’idolâtrie ! Vous savez, ce besoin que nous avons de sacraliser, de 

diviniser tout ce qui nous tombe sous la main.

L’idolâtrie ! Cette manie que nous avons d’absolutiser ce qui est relatif.

De statufier, de glorifier ce qui n’est qu’éphémère et périssable

Les prophètes se sont levés contre l’idolâtrie.

Jésus aussi.

Les réformateurs s’inscrivent dans cette même veine.

« Attention, un dieu peut en cacher un autre ».

On devrait graver cet avertissement sur le linteau des portes des églises.

Sur le portail, à l’entrée de la Cathédrale, on a déjà une place toute 

trouvée.

Car en église résonne une parole forte.

Celle des prophètes.

Mais aussi celle de Jésus.

Une Parole qui sans se lasser vient questionner nos manières de croire.

Nos façons de penser Dieu.

Une parole qui vient interroger et déloger nos idolâtries.

Car il est si facile de se faire empapaouter par le premier dieu venu.

Soli Deo Gloria.

La formule est un mot d’ordre : en dehors de Dieu, pense le protestant, 

rien ne doit être considéré comme absolu.

Et quand je dis « rien», c’est «rien» !

Rien ne doit être déifié.

Aucun lieu, aucune institution, pas même le peuple souverain.

Ni aucune doctrine, aucune idéologie.

Aucune bannière, ni personne, rien ne doit être glorifié.

Ni la science ni l’économie.

Ni la nation ni le héros trop souvent statufié.

« Attention, un dieu peut en cacher un autre ».

La mise en garde fait du protestant un drôle de paroissien : un croyant 

sceptique et critique.

Soli Deo Gloria.

Ce principe si cher aux protestants renferme toutefois une question 

vertigineuse :  « quel est donc ce Dieu ? »

Qui est ce Dieu à qui l’on doit réserver cette gloire exclusive ?

Par quel nom le désigner ?

Au moment de dire Dieu.

Le principe critique restera actif et la vigilance de mise.

Certes l’Évangile nous invite à nous adresser à Dieu, en toute confiance, 

mais en gardant toujours à l’esprit que nos mots, nos paroles n’en 

demeurent pas moins toujours que des approximations, des 

balbutiements, des tâtonnements qui n’expriment qu’imparfaitement 

Dieu.

Certes, l’Évangile nous invite à dire Dieu.

À témoigner de ce qu’il nous apporte.

Mais nous ne dirons « dieu » qu’avec retenue et réserve.

Certes l’Évangile nous invite à entrer en relation avec Dieu.

Mais entrer en relation avec Dieu, c’est laisser « Dieu être Dieu ».

Dans sa pleine altérité.

Comme dans une relation de couple, où le défi est de toujours laisser 

l’autre être autre.

Cette relation avec Dieu se vivra dans l’écoute, le face à face, le 

partage, l’échange, la prière, les mains tendues pour accueillir le pain

au creux de la main.

Mais toujours en sachant lucidement que Dieu déborde nos prières ; 

qu’il déborder nos liturgies, qu’il déborde nos prédications, nos rites, et 

nos institutions.

Nous le savons bien, le danger qui guette toutes nos relations.

Nos relations humaines, comme nos relations spirituelles avec Dieu, c’est 

de penser secrètement ou inconsciemment que l’on pourrait un jour 

maîtriser l’autre.

Lui mettre la main dessus.

Voilà l’idolâtrie : lorsque je pense pouvoir mettre la main sur l’autre.

Voilà l’idolâtrie : lorsque l’autre devient objet ; objet de tous nos désirs.

Voilà l’idolâtrie, lorsque l’autre devient ma chose.

Soli Deo Gloria.

Nous nous en souviendrons lorsque nous prierons.

Lorsque nous prêcherons.

Lorsque nous essaierons de témoigner de notre foi.

Car nous ne savons que trop bien que le mot « Dieu » est un puissant 

mobilisateur, pour le pire et pour le meilleur.

Car nous savons que trop bien que le mot « Dieu » peut dynamiser en 

l’homme les élans les plus généreux et réveiller les pulsions les plus 

viles.

L’actualité récente à Londres, à Bagdad, à Alep nous le rappelle.

Comme l’histoire de nos Églises. 

L’histoire des Églises est pleine de perversions et de dérives qui 

témoignent de la force mortifère de la foi, lorsque l’homme 

pense pouvoir posséder Dieu.

L’enfermer dans une doctrine.

Dans une institution.

Dans une religion.

La violence avec laquelle Luther a été traité en témoigne.

La violence que nous avons déployée pour convertir et gagner des 

âmes à Dieu en témoigne aussi.

Soi Deo Gloria.

C’est un appel à la vigilance.

Rappelle-toi que « Dieu est au-dessus de Dieu »

« Dieu au-dessus de Dieu ».

On doit cette expression à Paul Tillich, un théologien allemand qui a fui 

l’Allemagne nazie.

Tillich voulait dire par là que Dieu se situe toujours au-dessus et au-delà 

de nos mots.

Dieu est au-dessus et au-delà de ce qui le manifeste.

Au-dessus et au-delà de ce qui le symbolise.

Au-dessus et au-delà de qui le révèle.

Le chrétien n’échappe pas au danger de l’idolâtrie.

Lorsque nous enfermons Dieu dans les Écritures et la lettre, nous cédons 

à l’idolâtrie.

Lorsque nous enfermons Dieu dans une institution, nous cédons à 

l’idolâtrie.

Lorsque nous enfermons Dieu dans une affirmation, une définition, nous 

cédons à l’idolâtrie.

Dieu est et sera toujours au-dessus de Dieu !

N’est-ce pas ce que dit Jésus à sa manière, lorsqu’il reprend un notable 

qui voulait le mettre sur un piédestal.

« Pourquoi m’appelles-tu bon ?

Nul n’est bon que Dieu seul. »

Ce jour-là, si Jésus avait parlé latin, il lui aurait répondu par ces mots : 

« Soli Deo Gloria ».

À Dieu seul la gloire.

Car Jésus n’est que la face entrevue du Dieu caché.

Dire que Jésus est « la face entrevue du Dieu caché », c’est dire que 

Jésus ne se met pas en avant. 

Qu’il reste en retrait.

Qu’il refuse que l’on s’agenouille devant lui.

Qu’il ne fait que renvoyer plus loin que lui.

Qu’il refuse qu’on le prenne pour Dieu.

Laissant à Dieu la place de Dieu.

Paul dira la même chose de Jésus lorsqu’il écrira que : 

«Jésus s’est toujours refusé de considérer comme

une proie à saisir d’être l’égal de Dieu ».

Parce que Jésus a été cet homme-là, nous devinons en lui, Dieu. 

Comme on devine partiellement un paysage au travers d’une persienne.

Soli Deo Gloria.

Ce principe critique est devenu urgent dans notre monde.

Non seulement pour dénoncer les dieux de pacotille devant qui on se 

plie en quatre avec complaisance.

Mais ce principe critique est devenu essentiel en ces temps où « le vivre 

ensemble » doit se décliner dans un monde multi religieux.

Dans ce monde-là, où se côtoient de multiples dieux, il n’est pas 

question d’abandonner notre foi.

Mais dans ce monde rempli de dieux, nous sommes plutôt invité à 

cultiver encore plus notre foi.

Continuer à fréquenter de près Jésus, le Christ.

Lui qui nous apprend à laisser « Dieu être Dieu ».

Lui qui nous invite avec fermeté à la retenue :

«Nul n’est bon que Dieu seul.»

Oui : Dieu qui est au-dessus de Dieu !

Soli Deo Gloria

Qu’il en soit ainsi !