Prédication du 23 avril 2017 par le pasteur Virgile Rochat

La résurrection, qu’est-ce que ça veut dire 

Les premiers chrétiens lient la résurrection au rétablissement de la justice.
Le Moyen-Age place plutôt  la résurrection dans les préoccupations du croyant pour le salut de son âme. 

Aujourd’hui, le jeunisme, la préservation du corps, certaines biotechnologies cherchent à nier la réalité de la mort.
Et l’idée de la réincarnation est très rependue…  

Comment dire ensemble l’inéluctable de la mort et la victoire de Dieu sur la mort ? 

La petite phrase de notre plaquette « 40 thèmes » nous fournit un joli plan pour penser et développer un peu ce qu’est  la résurrection… 

Les premiers chrétiens, le Moyen Âge, aujourd’hui.

Les premiers chrétiens. 

On ne peut pas, dans le cadre d’une prédication, tout dire de la manière dont les premiers chrétiens ont reçu la résurrection de Jésus. C’est évidemment immense !

Mais un grand thème se dessine : la résurrection de Jésus est d’abord une surprise ! Ils ne s’y attendaient pas et en sont complètement retournés… 

Avec le temps, ils y lisent l’accomplissement d’une promesse. De son vivant (si on peut dire ça à propos de Jésus) de son vivant « terrestre », il leur avait annoncé clairement qu’il serait mis à mort, qu’il ressusciterait le 3e jour, qu’il les précéderait en Galilée… Il semble toutefois qu’ils n’aient pas compris cela, leur univers de vie restant dans les cadres de pensée du temps)… 

Mais le thème central, développé dans les Actes des Apôtres, est celui de l’accomplissement des Ecritures, le 3e jour, il est ressuscité des morts, selon les Ecritures… (1Co 15,4), l’importance de cette mention prendra une dimension énorme puis qu’elle figurera dans le texte du symbole de Nicée – Constantinople que nous récitons toujours)! Ce n’est pas rien !

Notez au passage qu’il n’y a de cela qu’une seule mention dans l’Ancien Testament, chez le prophète Osée, au chp 6, v2. (Mais la recherche récente a permis de montrer que c’était un thème très vivant dans certains milieux juifs du temps de Jésus (le Targum et midrash)
Le troisième jour, selon les Écritures, il est ressuscité. Importance théologique d’une recherche exégétique 

[article] 

pastedGraphic.pngBertrand de Margerie

http://biblissimo.over-blog.com/article-ressuscite-troisieme-jour-sens-biblique-87179558.html

On voit là clairement que la toute jeune foi chrétienne avait besoin de montrer son enracinement dans la le judaïsme… Au départ, il n’était pas question de créer une nouvelle religion, mais bien de revivifier le judaïsme…

Ca c’est pour les disciples et les premiers chrétiens.

Au Moyen-Âge.

Notre brochure dit : 

Le Moyen-Age place plutôt  la résurrection dans les préoccupations du croyant pour le salut de son âme. 

Et cela c’est terriblement vrai. 

Le Moyen Age est habité par la mort. On meurt comme les mouches, mortalité infantile, peste, choléra… et on a souci pour sa vie éternelle, le salut de son âme, échapper aux flammes de l’enfer qui nous narguent au portail des cathédrales…

Quand on imagine l’univers mental de cette époque, on peut bien comprendre que la résurrection de la chair n’était pas une vue de l’esprit (si on peut dire). 

Et les troubles de Martin Luther se demandant comment pourrait-il trouver un Dieu qui lui soit favorable ? ne sont pas anecdotiques …  c’était la vraie question, et c’est cela qui a poussé le réformateur à sonder les Ecritures et trouver la fameuse justification par la foi…   

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, (nous dit notre brochure) le jeunisme, la préservation du corps, certaines biotechnologies cherchent à nier la réalité de la mort.
Et l’idée de la réincarnation est très rependue…  

Ce petit texte voit sacrément juste.

On ne meurt plus… Si j’ose dire. On meurt en tous cas bien moins qu’avant, je veux dire que quand on nait, on a beaucoup plus de chances de vivre longtemps qu’il y a simplement deux cents ans…  

Et puis, on cache la mort… on en repousse le plus loin possible les limites…

Vous le savez, il y a des techniques de cryogénisation du corps pour pouvoir le dégeler lorsque la médecine aura fait assez de progrès… pour assurer une longévité considérable…

Et est-il besoin de parler du fameux « homme augmenté », des techniques biomédicales pour marier l’humain avec l’informatique ? Qui ne sont pas des fables, mais des réalités qui se travaillent tout près de chez nous, dans les labos de l’EPFL… 

Et puis, si on revient sur l’aspect religieux, on voit que  la réincarnation a actuellement un succès phénoménal en  Suisse (chiffres 2016, TdG L’Hebdo) 

10% croient des suisses croient en la résurrection et 25 % en la réincarnation

La résurrection alors ? Aux oubliettes ? Au musée des vieilles doctrines ?

N’allons pas trop vite en besogne…

D’abord parce que l’homme augmenté, le prolongement de la durée de vie, ca ne fait que rallonger le processus, ça ne supprime pas la mort. Elle sera toujours là d’ailleurs. On a beau s’ingénier à se vouloir immortel… il y aura une fin… et là, la question reste entière. Quid de la suite ? Y a t il une suite ? et si il y a une suite comment sera-t-elle ?

Les conceptions de réincarnation sont assez tendance, il est vrai. On peut le comprendre : dans notre société où tout se monnaie la réincarnation correspond bien à nos modes de vivre, et ainsi aux « besoins » religieux de nos contemporains… et puis dans notre monde ou tout va si vite, avoir le temps, avoir plusieurs vies pour arriver à faire tout ce qu’on a envie de faire c’est tentant, c’est vrai… 

Mais faire dépendre nos avenirs éternels de nos actions, ca repose le problème de Luther : Y arriverons-nous ? En ferons-nous assez ? Serons-nous assez purs…

A tout prendre, chers amis, la résurrection, celle où on revit en Dieu, où l’on retrouve ceux qui sont partis avant nous, ca reste pas mal… mais surtout le fait se savoir en de bonnes mains une fois de l’autre côté… cela, c’est formidablement apaisant, et c’est la foi chrétienne…

Et puis, il y a mort et morts… il y a la mort, la fin de notre vie, le trépas… 

Mais des morts, il y a en au cours d’une vie, des expériences difficiles, des échecs, des déchirures…

Et la résurrection du Christ y est déjà à l’œuvre. 

La résurrection du Christ n’attend pas que nous soyons physiquement morts pour nous ressusciter. C’est une formidable puissance de vie qui fait éclater les cadres du destin et de la nature. Elle est mystérieusement à l’œuvre… 

« Si quelqu’un est en Christ, (dit l’apôtre Paul) il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2Co 5, 17).

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » Jean 5,24

Quand Jésus rejoint ses disciples dans la chambre haute, alors qu’ils sont désespérés parce que leurs rêves se sont envolés et qu’ils ont peur des juifs, ils sont en pleine mort et ont envie de disparaitre.
Que fait-il ? il les rejoint (même que les portes sont fermées le ressuscité peut « forcer » nos fermetures), et il leur dit La paix soit avec vous  et il apporte de la joie !

  

Quand Paul dit : (1 Co15)

42 Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible;

43 il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force;

44 il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel.

Dans son idée, il pense à la vie post mortem, mais pour nous, modernes, préoccupés plus de qualité de vie actuelle que de vie éternelle, on peut très bien voir les choses pour cette vie-ci déjà ! 

Il y a en nous déjà présent cette incorruptibilité, elle ne demande qu’a se manifester, se déployer. 

Il y a bien sûr du méprisable en nous, mais il y a du glorieux ! Osons le laisser être !

Et encore bien sûr de l’infirme en nous… et aussi une belle force ! 

Tout cela est déjà œuvre de résurrection !

 

N’attendons pas d’être morts pour ressusciter !

Ou :

« Je crois la vie avant la mort » Amen !