Prédication du 14 mai 2017 – fête des mères – par le pasteur André Joly

Prédication du 14 mai 2017 – fête des mères. autour du thème 22: Jésus fait-il encore des miracles ?

Lorsque mon adolescence boutonneuse, traînante, désintéressée par tout, et souvent par moi-même,

lorsque mon adolescente, donc, déposait son assiette du petit-déjeuner dans l’évier, il y avait cette remarque qui claquait fort et haut:

  • C’est un miracle ! Il débarrasse la table. 

J’en étais bien entendu vexé.

On me faisait ainsi remarquer, avec ces quelques mots, que mon comportement était extraordinaire. alors que pour ma mère l’ordinaire c’était de participer à la vie communautaire, et qu’elle percevait mon laisser-aller comme trop ordinaire.

Quel parent n’a pas connu ces situations où l’ordre quotidien était menacé par un enfant qu’on aime infiniment et qui pourtant se comporte comme s’il était dispensé  de ces gestes ordinaires qui facilitent la vie et les relations familiales.

Cette histoire est un peu triviale, j’en conviens. Et face aux grandes batailles personnelles et communautaires que traversent tant de gens, je réalise sa futilité. Si l’enfant que j’étais avait intégré les règles de la communauté familiale, il n’y aurait jamais eu de: « C’est un miracle, il débarrasse la table ! » 

Le miracle.

Nous en avons tous une définition personnelle.

C’est un miracle d’avoir rencontré mon conjoint.

C’est un miracle d’accueillir des enfants.

C’est un miracle qu’il ait réussi sa formation.

C’est un miracle qu’il ait survécu à cette grave opération.

Vous complèterez la liste.

Le miracle est souvent invoqué lorsque, par nous-mêmes, nous ne comprenons raisonnablement pas les choses. Il faut qu’une instance extérieure intervienne pour dénouer des situations, des blocages, des impasses.

Là, c’est un miracle.

L’accident évité de justesse, l’eau bouillante qui évite la tête de l’enfant, le freinage juste devant une grand-maman qui traverse.

Là, c’est un miracle 

Et quand rien ne se passe, alors on prie pour qu’un miracle ait lieu. Pour qu’une solution soit trouvée – sous-entendu par une puissance divine – pour sortir de la crise.

La Bible nous raconte des tas de miracles: la Mer Rouge qui s’ouvre devant les Hébreux qui fuient le pharaon, l’huile et la farine de la veuve qui nourrit Elie et qui ne s’épuise pas, Daniel qui traverse la fosse aux lions sans égratignures,

et aussi Jésus qui nourrit 5000 personnes, la tempête apaisée, la résurrection de Lazare, la guérison d’une femme infirme le jour du sabbat ou celle des 10 lépreux,

et mille autres.

Le miracle.

Certains y voient la récompense de ceux qui mettent vraiment leur confiance en Jésus.

D’autres un signe ponctuel, comme la signature de Dieu dans un monde appelé à soigner, à relever, à réconcilier.

Le miracle, serait-il réservé aux super-musclés de la foi, ceux qui croient malgré tout ?

Mais dans ce cas-là, comment expliquer que les miracles n’aient pas convaincu tout le monde ? Les Hébreux continuent de râler après Moïse, et certains témoins oculaires du temps de Jésus se voient renforcer dans leur conviction de vouloir le supprimer.

Il n’y a plus de miracles dans notre monde, parce qu’il n’y a bientôt plus de croyants.

Ah bon ? Ce devrait être l’inverse, vous ne pensez pas ?

Y aurait-il trop de miracles ? Mais nous ne les verrions pas ?

Ou alors il n’y a plus de grands miracles, que des petits,

tellement petits qu’on ne les remarque plus.

Et si c’était d’abord une question de regard.

J’ai longtemps reproché à ma mère cette remarque:

« C’est un miracle, il débarrasse la table ! » 

Mais si, 

peut-être malgré elle, 

cela voulait dire autre chose. 

Je lui reconnais volontiers un bénéfice d’intention, comme un encouragement, que j’ai souvent considéré comme maladroit, à trouver et à poser des signes d’attention, de respect, d’engagement.

Le miracle n’est pas d’abord une réalité exceptionnelle et inimaginable, mais comme un signe au service de la vie. 

Lorsque Jésus ramène son ami Lazare à la vie, il le fait d’abord pour ses deux soeurs: Marthe et Marie. C’est avec elles qu’il dialogue, qu’il parle des choses terrestres et des choses à venir, et c’était bien à ce moment-là que tout se jouait pour elles.

Pas de commentaires de l’ami ramené à la vie, pas de déballage émotionnel.

Comme souvent l’Evangile ne nous dit rien de la suite. Les femmes et les hommes au bénéfice d’un miracle n’ont pas d’histoire racontée qui continue. Elle leur appartient en propre.

Le miracle, c’est d’abord cela: un signe, 

petit ou grand, 

discret ou faramineux,

quotidien ou unique,

mais qui est  toujours,

TOUJOURS,

au service de la vie.

Comme accueillir un enfant,

comme comme tendre la main,

comme partager un repas,

(comme admirer ces ballons qui racontent à leur manière la journée de ces enfants qui ont marché, ri, mangé, et ensemble ont vécu un temps tourné vers Dieu),

comme débarrasser la table,

comme mobiliser tous ses sens pour discerner la vie que Dieu offre à travers chacun et chacune d’entre nous,

comme soigner, opérer, sauver, 

et aussi consoler, bénir, jusqu’à fermer les yeux de ceux que nous aimons. 

Ces miracles-là nous sont donnés pour que la vie continue d’être précieuse.

Si nous jugeons la présence du Christ dans ce monde aux nombres de guérisons inexpliquées, alors nous ne verrons plus toutes ces petites choses qui our sont offertes pour avancer. Nous serons focalisés sur notre propre attente, sur nos désirs de contraintes de Dieu à qui nous demandons des interventions au nom même de notre foi.

Aujourd’hui, beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants veulent faire de la question de Dieu une réalité figée aux miracles indiscutables.

Mais toute vie est fragile, et elle ne tient souvent qu’à ces fils ténus que nous ne comprenons pas, mais que nous sommes invités à reconnaître et à accueillir comme autant de raisons de célébrer la vie. 

Le miracle n’est pas offert pour que Dieu nous convainque qu’il existe,

le miracle est donné pour que nous nous remettions à prendre soin de la vie, celle qui a besoin d’attentions et de soins, tant physique que relationnelle, tant enfantine qu’aînée, tant tranquille que menacée, tant humaine qu’environnementale.

Pour cela, Dieu nous offre par sa Parole, qui porte nos mots, de retrouver une attention à ce qu’il nous confie, et aussi par tant de signes inexpliqués et pourtant bien réels.

Accueillez les petits miracles, et, pourquoi pas ?,  aussi les grands, 

et offrez-les à la vie dont vous êtes dépositaire.

Le Christ est venu nous rejoindre pour cela, pour ces grâces qu’il veut nous transmettre de Dieu. Amen.