Prédication du 18 juin 2017 par le pasteur André Joly

Prédication autour du thème du jugement (R500 : T14) à partir de quelques textes dont 1 Rois 3: 16 à 28

Epître Jacques 4, 11 à 12 

Matthieu 7, 1 à 5 

Galates 2, 16; 19c – 21

Psaume 146

C’est absolument effrayant et terrifiant, comme certaines choses sont ancrées dans notre esprit, et notre manière de les représenter.

Le jugement dernier, par exemple.

Les peintres, les sculpteurs, les musiciens ont en fait, pour la plupart, un temps de tri: les bons aux lieux des délices, les mauvais aux temps des supplices. 

Et ils s’en sont donné à coeur joie: 

des corps qui se font rôtir, couper en morceau, des épées et des lances qui transpercent, décapitent, saucissonnent, 

des êtres abominables sortis tout droit d’une névrose, 

des animaux capables de dévorer les autres et eux-mêmes tout  la fois.

Les êtres humains paient dans l’éternité le comportement qu’ils ont eu pendant leur passage terrestre.

Une manière d’exhorter les gens à lever les yeux sur les promesses réservées à ceux qui ont été déclarés justes et qui partagent les jardins, la lumière et les douceurs que certaines toiles dévoilent.

Voilà ce que racontent les tympans de certaines églises, les toiles qui y sont suspendues. Et ils ont marqué,

peut-être continuent-ils de marquer,

les esprits des croyants.

Mais nous n’en sommes plus là, n’est-ce pas ?

Ou bien ?

On a peut-être évolué sur la manière, mais sur le fond ?

Secrètement ou publiquement, nous espérons que les tyrans seront punis et que leurs peines éternelles seront à la mesure de celles qui ont été imposées.

Bien sûr, nous sommes adeptes du pardon, mais il ne faut pas pousser. Parce qu’au fond nous portons une vision du monde tendue entre le bien et le mal, entre le permis et le défendu, entre l’acceptable et l’irrecevable. Et, même si nous nous retenons parfois de donner notre avis, il n’en reste pas moins vrai que le prochain, l’autre, passe souvent au crible de notre jugement.

« Ne jugez pas les autres, afin que Dieu ne vous juge pas ».

Voilà l’injonction du Christ.

Directe, sans fioriture, sans exceptions.

« Ne jugez pas les autres, afin que Dieu ne vous juge pas ».

Derrière ces mots du Christ, il y a au moins deux choses qu’il nous faut rappeler et que nous avons héritées de la poussée réformée depuis cinq siècles.

La première est liée à l’idée que la Bible se fait de l’homme. Et cette idée s’enracine dans l’attestation de la création de l’humanité. Si nous revendiquons notre propre vie comme infiniment précieuse, si nous croyons qu’elle nous est donnée pour que nous en prenions soin et qu’elle puisse être digne de respect, d’attention, de compassion aussi, 

alors, et logiquement, nous devons admettre que cette manière de penser doit tout autant s’appliquer à celles et ceux qui traversent nos chemins. Le jugement, compris comme une manière d’évaluer et de poser un verdict sur la vie et les comportements d’autrui, se retournerait contre nous et nous ne pourrions pas nous soustraire d’un jugement sur notre propre vie.

Peut-on réellement être juge et partie ?

Défiler et se regarder passer ?

Revendiquer une lucidité et en même temps penser que nous pouvons nous mettre à la place d’un autre ?

Poser la question c’est déjà y répondre.

Attention: il ne s’agit pas de récuser toutes les sanctions, parce que dans ce cas il faudrait supprimer le système judiciaire, les arbitres sur les terrains de foot et les notes à l’école.

La loi, les règles, reconnaissables par tous, sont indispensables pour toute vie en commun. 

Le Christ ne le conteste pas, mais ce qu’il affirme d’abord, c’est que l’homme ne peut pas, et peut-être ne doit pas, s’instituer par sa propre décision, juge de son prochain.

Principalement parce qu’il n’a ni les outils, ni la faculté et ni la légitimité pour le faire. Il lui faut une instance extérieure: celle de la justice humaine, ou celle de la justice de Dieu.

La seconde chose, c’est qu’en se mettant dans la position de celui, ou de celle, qui juge l’autre, même si le plus souvent cela passe par quelques pensées assassines et définitives, exprimées ou non, nous prenons la place de Dieu. 

Et qu’à ce titre, toute forme de jugement sur les autres se retournera contre nous.

Ou dit très abruptement, juger l’autre, c’est se juger soi-même.

Et cela,

et je parle d’abord pour moi,

cela ne cesse de miter,

certains diraient d’infuser,

notre existence quotidienne.

Non seulement nos pratiques, nos décisions, nos comportements, et finalement nos personnes sont passés au crible de notre manière de penser.

Mais surtout, 

en faisant cela,

je ne laisse aucune chance à un quelconque bénéfice au doute. Je ne parle même pas de pardon ni d’excuses.

En Eglise, nous prêchons depuis des siècles la révélation, celle qui est offerte aux hommes et qui devrait l’éclairer sur sa vie et sur sa foi.

Sur ce Dieu qui, à l’instar de Salomon, devrait nous conduire à une conduite sage, pondérée et donc juste.

Et souvent, nous nous sentons les dépositaires  régulièrement exclusifs de notre manière de penser Dieu, les autres et l’institution.

Le passage de Matthieu que nous avons entendu tout à l’heure, s’inscrit juste après une invitation à vivre la confiance, c’est-à-dire à renoncer à vouloir avoir prise sur tout, y compris sur Dieu, et à vivre de cette autre réalité que l’évangéliste appelle être du Royaume de Dieu.

Et aussi, notre passage s’inscrit tout autant juste avant dans cette invitation du Christ, le fameux:

« Demandez et vous recevrez,

cherchez et vous trouverez,

frappez et on vous ouvrira la porte ».

Ou dit avec d’autres mots:

cherchez, et vous trouverez d’autres voies, d’autres chemins qui vous permettent de sortir de cette double contrainte impossible à vivre. 

Ne vous liez pas vous-mêmes à cette impasse qui vous fera tourner inlassablement sur vous-mêmes et à vous enfermer obsessionnellement dans une vie que ne veut pas pour vous le Christ.

Et pour cela, il nous est offert une proposition de vie que le Christ a totalement et parfaitement incarnée. Loin des copier/coller impossibles, loin des attentes irréalisables, loin des conditions sine qua non, ce dialogue avec lui peut nous ouvrir des chemins insoupçonnés, qui  nous proposent de sortir des impasses et des ornières, des obsessions et des angoisses.

Une proposition qui consiste d’abord à enlever et la paille dans l’oeil du voisin, et la poutre dans le nôtre.

Cela devrait sensiblement nous aider à voir la vie avec les couleurs de Dieu et de sa création.

Amen