Prédication du 9 juillet par le pasteur Virgile Rochat

Prédication du 9 juillet 2017, cathédrale, thème 19, culte cantate 39, Bach. 

 

« Jette ton pain à la surface des eaux » dit l’Ecclésiaste. « Brich dem Hungrigen dein Brot ». Partage ton pain avec celui qui a faim, dit la cantate de Bach. 

Vous le voyez, nous sommes en plein dans le thème 39 de notre petite brochure, celui de la générosité, du don, du partage 

Toutes réalités fortement souhaitables (tous en conviennent). 

Réalités nécessaires même, quand on voit l’état du monde (on fait des progrès, toutefois l’explosion démographique et les bouleversements politiques renouvellent sans cesse la tâche)…

Mais aussi réalité fortement problématique, difficile à mettre en œuvre. Le proverbe : « charité bien ordonnée commence par soi-même » reste la norme. 

 

Etre solidaire, être généreux, partager, une tâche donc, une nécessité, mais comment ? et avec quelles forces ? 

C’est ce que nous allons essayer de regarder ce matin

Commençons par dire que ce n’est pas un thème secondaire de l’enseignement biblique, et de loin !

  1. Le chapitre 58 de Esaïe (c’est le texte du chœur d’entrée de notre cantate) : « partage ton pain avec celui qui a faim, héberge le pauvre sans abri, vêts celui qui est nu
  2. En  Matthieu 25, le jugement dernier s’opère sur l’attitude qu’on aura eue envers ceux qui avaient faim et qu’on a nourri, ceux qui avaient soif et que l’on a abreuvés, ceux qui étaient étrangers et que l’on a accueillis…
  3. En Luc 9, 13, devant une foule affamée Jésus dit : « Donnez-leur vous même à manger »
  4. Hébreux 13,16, « N’oubliez pas la bienfaisance et la libéralité, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir » (no 4, air de basse)
  5. …. et la première épitre de Jean 3, 17 : « Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui? »

Et il y en a beaucoup d’autres !

On le voit, ce n’est pas optionnel…

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Mais (excusez l’expression) ça nous fait une belle jambe ! Etre généreux, prodigues, bons, tout le monde est d’accord avec ça… Ce n’est pas pour autant que cela devient une réalité concrète. Dans le monde, dans nos vies, et dans celles qui en ont besoin !

Historiquement,  le communisme a essayé « à chacun ses besoins » affirmait Karl Marx, et il voulait  y arriver… une société égalitaire

Notre régime libéral (capitaliste) a (ou avait) cet idéal aussi par la théorie dite du ruissellement… qui veut que l’abondance des biens se répandent naturellement sur tous.

Même si ce deuxième est infiniment moins dramatique que le premier, on est loin du compte… 10% des gens possèdent 90% des biens et dans ces dix pourcents, 10% possèdent la moitié de tout, ce qui revient é dire que la moitié de tous les biens qui existent sur terre appartiennent à 1 % de la population…

 

Comment donc, comme chrétiens, entrer et agir dans cette injonction évangélique et cette nécessité du partage?

Le passage de Marc 8 que nous avons entendu tout à l’heure ouvre une piste : 

34 Puis, ayant appelé la foule avec ses disciples, il leur dit: Si quelqu’un veut venir après moi, 

Pour entrer dans la générosité, il y a nécessairement premièrement une forme de décision, la volonté est donc bien le début du chemin… si quelqu’un veut…  et 

qu’il renonce à lui-même,

Il y a un nécessaire dessaisissement, un détrônement de l’égo : « qui veut sauver sa vie la perdra ». Un abandon de soi, un détachement des biens de ce monde…  

 qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.

Ce n’est pas facile. C’est aussi parce que Jésus était proche des pauvres et des petits qu’il attiré pareillement les foudres des  notables juifs… 

35 Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera.

36 Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme?

Sacré programme ! On comprend que le jeune homme riche soit reparti tout triste quand Jésus lui avait dit de vende tout ce qu’il avait ! 

Dans ce programme, le texte de l’Ecclésiaste peut nous aider (11, 1-6)

Jette ton pain à la surface des eaux, et avec le temps, il te reviendra…

Il y a un encouragement à être dispendieux : JETTE. 

Ton pain. Le TIEN ! Ton pain, ton nécessaire..

A la surface (apparemment pas en profondeur) A fonds perdu…

Invitation à  être sans calcul, sans petitesse d’esprit, à être dans la confiance et l’espérance … car Dieu peut en faire quelque chose.

De même que l’on dit pour le mal « Médisez, médisez il en restera toujours quelque chose, de même donnez DONNER sans compter, il en restera toujours quelque chose

(C’est aussi les paroles du choral 7)

Bienheureux ceux qui par charité
Prennent sur eux la misère d’autrui,
Sont compatissants aux pauvres
Recevront à leur tour le secours qu’ils ont rendu
Et connaîtront la miséricorde.

C e n’est pas automatique cela se saurait et ce ne serait que alors que déploiement de l’égoïsme… mais cela peut arriver…Le passage de Esaïe 58 affirme que si l’on se met en route sur le chemin du don, du détachement de la générosité « alors ta lumière poindra comme l’aurore ».

C’est une belle promesse ! suffisante pour avoir envie d’aller de l’avant !

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Une belle histoire, un conte oriental nous permet d’entrer dans ce mystère. Il en développe à sa manière presque tous les aspects de ce qui vient être dit. Mais le dit autrement… laissons nous transporter au bord du Nil

«  Il était une fois…. (voir attaché)