Prédication à l’occasion de la Fête nationale suisse par le pasteur André Joly

Prédication à l’occasion de la Fête nationale de 2017

Qu’est-ce qui fait la Suisse ?

En dehors de ses frontières, de son drapeau, de sa monnaie,

de ses langues, de ses régions, de l’horlogerie, du chocolat, de ses banques, 

du Cenovis et du Parfait ?

Qu’est-ce qui fait la Suisse ?

En dehors des Suisses allemands, des Suisses romands, des suisses italiens, des Suisses de langue romanche,

de ses partis politiques, de ses paysages qui n’en finissent pas de nous émerveiller ?

De ses Eglises, de ses différences, de ses divisions, 

de ses artistes qui ne percent pas, ou si peu, 

de tous ces gens qui en font un lieu de prospérité ?

Qu’est-ce qui fait la Suisse ?

En dehors des 133’000 chômeurs, des 400’000 ménages de millionnaires, des 530’000 pauvres, des 7 millions qui prennent des vacances,

des créateurs d’emplois, des gestionnaires, des chefs,

des chefs de gare, des chefs de projets, des chefs de cuisine, des chefs de clinique, des chefs de rayon, des chefs du personnel et de tous les petits chefs. 

Qu’est-ce qui fait la Suisse ?

Je veux dire: la seule réalité qui rassemble tous les habitants de ce pays, Confédérés et étrangers, qui les fait vibrer, qui leur rappelle leur Suissitude, leurs racines, leurs raisons de rester, de s’engager, de vivre en Suisse.

Cette seule réalité a un nom:

Roger Federer.

Roger 8,

pour 8 titres à Wimbledon,

19 titres en Grand Schlem.

Roger,

c’est le frère qu’on n’a pas eu,

le mari que certaines rêveraient d’avoir,

le père idéal pour nos enfants.

Roger,

c’est le gendre idéal, 

le copain qui redonne du soleil à la vie,

le booster d’énergie,

l’exemple de courage et de ténacité,

le vendeur de téléphones, de voitures,

de rasoirs,

et surtout, surtout,

Roger est suisse, plus que cela,

il EST la Suisse.

Vous imaginez Roger Federer, président de l’Eglise vaudoise, protestante et catholique, évangélique et libérale,

portant tous des T-shirts:

suivez-moi et croyez en Dieu,

ou l’inverse, c’est égal.

Quel carton !

On serait fiers d’appartenir à la grande famille des personnes couronnées de succès…

Est-ce que c’est ce que devaient revendiquer les proches de Jésus ?

Des membres de la famille ?

D’une famille qui, en plus d’être reliée par les liens du sang, portait un idéal, une réussite spirituelle ?

Nous aimerions être des chrétiens de succès, de ceux qui, en nous voyant, les gens s’exclameraient :

« Qu’est-ce qu’ils font envie ! Voilà ce que c’est que d’appartenir à la famille de Jésus ! »

Ce qui fait la Suisse, c’est d’abord sa diversité:

de ses habitants, de ses régions, de ses paysages, de ceux qui la construisent et qui la font rayonner.

Ce qui fait la Suisse, ce sont d’abord des personnes. Comme ce qui fait les croyants ou l’Eglise.

Si nous n’étions que des cerveaux à manipuler, des raisonnements à convaincre, il y a des spécialistes pour cela, jusque dans les ténèbres.

Ce qui fait l’Eglise, dans ce pays, 

comme dans tous les pays du monde,

ce sont ces personnes qui croient que leur existence, au-delà même de la mort, peut s’élargir au contact avec le Christ.

Un contact qui n’est pas d’agrégation, un contact de signature au bas d’un contrat d’appartenance,

mais un contact qui permet à notre vie d’être regardée pour ce qu’elle est aux yeux de Dieu.

On n’appartient pas à Dieu en raison de notre histoire, de nos pré-requis, de notre appartenance à telle ou telle communauté. Le vertige que désigne le Christ, c’est de croire que nous en sommes, simplement parce que nous l’aurions décidé. Même notre parole peut être une oeuvre si nous la répétons comme un mantra, 

j’en suis, j’en suis, j’en suis, donc merci d’en tenir compte.

Le Christ ne veut pas de chrétiens de nom.

Le Christ veut des chrétiens de vie.

Cela ne signifie en rien qu’il faille retourner terre entière pour gagner un bout de sens à notre vie,

cela signifie que cette relation avec lui passe par cette écoute de Dieu qui veut nous indiquer un chemin.

Et non pas une arrivée.

Nous ne sommes pas arrivés, parce que nous ne sommes pas des arrivistes en matière de foi, nous sommes justes des personnes qui nourrissent à longueur de temps, à longueur de vie une relation avec Celui qui rappelle que la vie est toujours plus grande qu’un livret de service.

La vie est ce que nous en faisons aujourd’hui.

Le grand enjeu de la foi,

c’est de nous mettre à l’écoute d’une parole pour aujourd’hui.

Et d’une parole qui ne décore pas nos intérieurs spirituels, mais qui transforment le monde.

D’une parole qui n’accumule rien, mais qui partage,

d’une parole qui accueille ou lieu d’exclure,

d’une parole qui relève au lieu de rabaisser,

d’une parole qui nous met en route pour aimer, et pour obéir.

Si nous nous sommes rassemblés aujourd’hui pour rendre un culte à Dieu, c’est parce que nous avons une petite voix qui nous dit que notre pays a un rôle à jouer dans le monde: au niveau de la paix, des bons offices, de la justice, de la solidarité aussi. 

Ce pays, notre pays, que tant d’ancêtres ont contribué à façonner, à sécuriser par ses institutions et sa démocratie,

ce pays sera ce que nous en ferons avec notre expérience et nos mémoires. Et Dieu nous enjoint d’en être les protagonistes actifs.

Mais ce qu’il nous rappelle, c’est que nous serons de l’aventure humaine en nous mettant à l’écoute de sa parole et à sa mise en pratique.

Nous ne sommes pas des sportifs en regardant Roger VIII,

nous ne sommes pas des chrétiens en nous disant que nous en sommes, 

mais, là où nous sommes, 

dans les petites choses qui parlent de notre obéissance.

Et chacun trouvera son chemin là où il vit.

Parce que nous ne sommes qu’un seul corps et qu’une raquette a besoin de la main, des bras, des jambes et de la tête.

Nous avons tout cela.

Entrons à nouveau dans la vie en donnant ce que nous pouvons.

Amen