Prédication du 13 août 2017 par le pasteur André Joly

Prédication du 13 août 2017 autour de Matthieu 14, 22 à 33: Jésus marche sur le lac

Alors, voilà, c’est parti !

Les candidats au Conseil fédéral fourbissent leurs arguments, battent les villes et les campagnes et vont se faire aimer pour pouvoir accéder au fauteuil.

Et pour chacune et chacun des candidat-e-s, c’est un projet de succès auquel il/elle travaille.

Parce que lorsqu’on se lance, c’est pour gagner.

Pour gagner.

Là, Jésus, les disciples, les incroyants, les déçus, les bien-portants et les malades, les résistants et les collabo, tous avaient été emmenés dans une expérience de gagne.

Bien sûr, il y avait eu la mort de Jean-Baptiste, cela avait dû leur faire un choc aux amis de Jésus,

mais là,

après le succès de la multiplication des pains et des poissons, 

5000 personnes, tout de même,

c’était un succès éclatant.

Alors vous pensez bien que la route était toute rêvée.

Je suis certain que vous rêvez votre route.

Quelques prédicateurs enthousiastes n’hésitent pas à invoquer les avantages d’un compagnonnage avec le Christ.

Vous allez avoir du succès, vos soucis disparaîtront, et vous allez gagner de l’argent.

Reprenons le récit.

Après la multiplication des pains et des poissons, Jésus retire tout de suite les disciples de ce succès et les envoie de l’autre côté du lac. Après l’ivresse des réussites, il y a les menaces du temps. Jésus monte sur une colline pour prier, et ses amis sont ballottés par les vagues et le vent. Comme si les succès ne devaient pas s’enchaîner obligatoirement. 

Les chauds-froids de la vie viennent taper contre la foi, comme les vagues contre une coque de bateau.

Et lorsque Jésus décide de les rejoindre, il prend un chemin un peu mystérieux, il coupe par le lac.

Et c’est là que les choses basculent dans l’esprit des disciples et du premier d’entre eux, Pierre.

Il veut se hisser au niveau du Christ

« Si c’est bien toi, ordonne que j’aille vers toi sur l’eau ».

L’ivresse ne l’a pas quitté. Il en veut autant que lui.

Cela devrait être possible, n’est-ce pas ?

Alors le Christ dit: d’accord. 

Si c’est bien cela que tu te sens capable de vivre. 

Si c’est bien cela que tu veux.

Si c’est ce que tu as compris de notre relation, alors: essaye.

Pierre fait un bout de chemin, mais lorsqu’il prend conscience de l’environnement, des menaces, peut-être même de la mort, alors il prend peur.

Et à un certain moment, ce n’est plus le Christ qui habite le disciple, c’est la peur.

La peur, nous l’avons tous expérimentée,

et peut-être que nous ne nous en sommes pas débarrassé totalement. Elle fait partie de nos intérieurs, de ces dialogues que nous tenons avec nous-mêmes au sujet de notre conjoint, de nos enfants, de nos parents, de nos amis, et même de nous-mêmes. Que va-t-il se passer ?  Comment vais-je m’en sortir ? Et eux ?

La peur, c’est d’abord ce qui vient contester la gagne. Et certains sportifs et politiciens se font coacher par des spécialistes qui les aident à vaincre leur peur. 

Par un travail d’analyse, d’hypnose ou de coup de gnôle afin de les désinhiber. 

Alors certains s’essaient au saut à l’élastique, au stage de survie, à l’île déserte, au parachute.

Pour vaincre leur peur.

Pierre n’en est pas là. Il veut vivre près du Christ, peut-être veut-il se rapprocher du Christ, au point de lui ressembler et de quitter ses peurs.

Avait-il pensé à cela ?

Peut-être avait-il pensé ou cru qu’avec le Christ tout près de lui, ses peurs allaient disparaître.

N’est-ce pas ce que nous croyons au fond de nous ? Qu’avec le Christ, tout n’est que réussite.

Qu’on aurait tout à gagner.

Pas seulement après le sapin, mais maintenant déjà. Comme un juste retour des choses.

Le coeur de cette histoire, c’est bien une question de foi. Pierre, au pire moment de sa vie, s’écrie: « Seigneur, sauve-moi ! »

Il est passé d’une vision des choses où il croyait que Jésus lui appartenait, à celle où il réalise que c’est lui qui appartient au Christ. Tout l’enjeu réside dans cette bascule.

Les choses changent du tout au tout lorsque Jésus tend la main à Pierre et qu’il monte avec lui dans la barque des disciples. Le Christ devient  maître de l’événement lorsque Pierre retrouve sa foi en lui.

La grande expérience, c’est d’avoir changé de perspective. De réaliser que le Christ est au coeur de la tempête avec les siens.

La peur s’est-elle apaisée avec la tombée du vent ?

Nous n’en savons rien.

Pierre, a-t-il décompensé par une crise de nerfs ou une prostration ?

Nous n’en savons rien.

Parfois, nous traversons des tempêtes en pensant que Dieu est loin de nous, loin de tout. Tout se bouscule en nous, l’incompréhension, l’injustice, la frustration, la peur et l’angoisse d’être englouti. 

Comme dans un cauchemar,

comme si la foi,

du moins ce que nous croyons être la foi,

pouvait nous retirer du doute et de la peur.

Parce que nous nous sommes dit qu’en nous lançant avec Dieu, nous devrions avoir la gagne.

Notre vie, sous le regard de Dieu, n’est pas une vie de catalogue,

ripolinée, sans aspérités, sans vagues – 

  • mais nous le croyons tellement souvent, parce que nous faisons des efforts pour atteindre une existence que nous nous sommes tant rêvée.

Pierre a-t-il rêvé sa vie ?

Ce n’est pas la question.

Il découvre qu’après le succès de la multiplication des pains et des poissons, l’effroi  qui annonce la mort, le Christ est là.

Ce n’est pas une question de mérite,

ce n’est la réponse de Dieu à nos exploits spirituels,

c’est sa présence tout auprès de nous avec le Christ.

Tout près de nous.

Près de nos succès, comme au coeur de nos détresses.

Jusqu’au bout.

Amen