Prédication du Jeûne fédéral 2017 par le pasteur André Joly

Prédication autour de Apocalypse 5, 11 à 14 pour le Jeûne fédéral – 17 septembre 2017

Dire merci ne coûte rien….

Et les mauvaises langues de rajouter: parce que si cela coûtait quelque chose, ce ne serait pas très protestant.

Dire merci ne coûte rien.

On a beau être au bénéfice de la grâce divine, ce n’est pas interdit de dire merci.

Un petit mot qui rapporte gros

et qui enrichit l’image que les autres se font de nous.

Combien d’enfants ont été déclarés adorables parce qu’ils savaient dire bonjour, merci, s’il-vous-plaît, pardon, et au revoir.

Ça coûte quelques répétitions parentales, beaucoup de patience, et un peu d’espérance. Cela en vaut la peine.

Dire merci.

Dire merci à Dieu,

ou le louer, si vous préférez,

occupe les témoignages des auteurs de l’Ancien et du Nouveau Testament. 

Comme si la louange constitue le corps vertébré des croyants dans leur relation avec Dieu.

Mais comme demander pardon, implorer, confesser, faire mémoire.

Louer Dieu est une des nombreuses formes de relations que nous pouvons entretenir avec lui et qui s’inscrit dans notre manière d’être au monde.

Il n’y a pas de recette, pas de truc, pas de rituel imposés. C’est une manière, une posture devant Dieu.

Beaucoup pensent que c’est une bonne éducation que de dire merci pour les bonnes choses qu’ils reçoivent. 

Une forme de quittance: j’ai bien remarqué que ma vie a été dans cette circonstance au bénéfice d’une grâce, d’une bénédiction, d’un cadeau.

D’une réalité qui bouleverse et transforme par émotions mon existence.

Vous pensez très certainement à des bonheurs, que certains pensent être des chances.

Alors il faut fêter ça, prendre le temps de réaliser, et de dire merci.

Merci à Dieu, merci à la vie, merci à celui que je connais pas mais dont je sais qu’il y est pour quelque chose.

Louer Dieu, ne coûte rien.

C’est gratuit.

Comme le pardon.

Comme dire et redire à nos proches que nous les aimons et qu’ils sont importants pour nous.

La louange, comme le pardon, ne sont pas des vaccins une fois pour toutes.

Comme un acquis, établi et certain.

Mais la vie n’est jamais cela.

Comme les relations.

Comme la table partagée.

Comme le souffle inspiré,

nous sommes invités, et parfois contraints de les reconduire.

Sinon, pouic. Les choses s’arrêtent.

Vous connaissez cela, n’est-ce pas ?

Lorsque des relations se sont mises à se déglinguer, 

lorsque nous avons décidé que c’était à l’autre de faire le premier pas.

La louange, comme le pardon, ne sont pas des décorations de nos vies,

comme du papier peint décorent nos chambres.

La louange, comme le pardon sont ces attitudes qui nous tiennent devant Dieu et devant les autres.

Pardonner et dire merci.

Dans une expérience jamais achevée,

jamais épuisée. 

Louer Dieu, c’est-à-dire se tenir dans la lumière de ce qui a été donné, et pas dans l’ombre de la frustration,

louer Dieu, c’est-à-dire inviter nos lèvres à parler de ce qui nous aide à grandir, et pas de nos rêves inachevés,

louer Dieu, c’est-à-dire se comprendre soi-même comme une créature qui a besoin pour vivre de la vie reçue, et pas de celle qu’on aurait souhaitée,

louer Dieu, c’est-à-dire faire monter du profond de soi ce qui nous tire vers le beau, et pas regretter de ne pas avoir les bons pinceaux.

Nous n’en aurons jamais fini avec la louange,

comme avec le pardon,

comme avec cette façon de poser notre regard sur les autres.

Parce que nous vivons tout autant de cela: être relevé d’une situation apparemment sans issue, être remercié pour nos compétences et nos contributions, et être regardé pour quelqu’un digne d’être aimé.

Mais cela doit d’abord partir de nous, et de notre manière de nous comprendre devant Dieu.

Si nous croyons en un Dieu de la sanction, de la limite, voire de la punition, alors nous ne pourrons que renvoyer cette manière-là de témoigner.

Si nous croyons en un Dieu de la lumière, du pardon, des relèvements, alors nous pourrons être perçus comme des personnes portant une vie qui fait envie.

Ce projet-là n’est pas simple, sinon ça se saurait.

Oui, si nous considérons que le pardon, comme la louange doivent être exploités à partir d’une dose livrée à la naissance. Dans ce cas-là les limites risquent d’être atteintes rapidement.

Mais si nous comprenons notre existence comme une formidable occasion d’aller nous nourrir et nous abreuver à des sources de bénédictions, alors la parole du Christ du « soixante-dix fois sept fois », c’est-à-dire la totalité de la totalité, cette parole fait sens.

Ces sources résident précisément dans la louange et le pardon,

ou plutôt dans leur mise en application.

Arrêter de boire et de manger conduira à la mort.

Arrêter de louer Dieu et de pardonner conduira à une vie mortelle ou à des comportements de morts vivants.

Dire merci ne coûte rien.

Louer Dieu, c’est gratuit.

Louer Dieu, c’est une grâce qui ne s’épuisera jamais.

Et pardonner nous permettra de continuer à porter en nous, et autour de nous ces yeux et ces mots de reconnaissance pour tout ce qui nous a été confiés jusqu’à maintenant.

Amen.