Prédication du 29 octobre 2017 par la pasteur Sarah-Isaline Golay

Prédication Actes 2.44-47 et Luc 12.32-34

Quelle communauté l’Evangile construit-il ?

Thème 3 R500

Quelle communauté l’Evangile construit-il ? C’est avec cette question complexe que nous arrivons au bout de notre année en lien avec les 40 thèmes de ce petit livret « Réformés et alors ? » 

Quelle communauté ? L’Evangile construit-il vraiment une communauté  aujourd’hui ?

Notre Eglise réformée n’est pourtant ni une communauté monastique, ni un fan club ! Et D. Bonhoeffer a écrit : « la communauté chrétienne n’est pas un sanatorium spirituel » (tiré de : « De la vie communautaire », page 67)

Alors c’est quoi ?

Le livre des Actes nous montrent des disciples qui vivent en communauté, partageant leurs biens, mettant en commun, aussi bien leurs richesses matériels, que les repas, vivant ensemble des temps de prière et de louange… 

Est-ce encore aujourd’hui ce à quoi nous sommes appelés en nous revendiquant chrétiens, protestants réformés ? Cela ne ferait pas un peu baba cool, soixante-huitard ou bobos si on le faisait aujourd’hui ?

Si on regarde nos communautés de croyants, de protestants, nos paroisses, il y a en a de fortes diverses, et on a toujours tendance à imaginer que chez le voisin c’est mieux, c’est plus vivant, plus fervent, plus jeunes et qu’il y a du monde !!!

Ah avoir du monde à l’église comme c’est important pour certains, seule échelle admise pour dire : « Voyez comme cela marche bien chez nous ! Notre belle communauté vit et vit bien ! »

A la question quelle communauté l’Evangile construit-il ? On pourrait répondre aucune… car ce n’est pas une communauté qui est construite mais des milliers, avec des sensibilités, des richesses, des accents tellement divers et variés… 

Je n’arrive pas à répondre qu’il y a une communauté, une seule.. Notre protestantisme multitudiniste est en pleine explosion que cela soit dans notre canton ou ailleurs, même dans d’autre religions les choses bougent, les communautés se diversifient, comme par exemple au Danemark (femme imam Sherin Khankan à Copenhague) ou c’est une femme imam mène la prière !

Pour répondre à la question d’une communauté au singulier, il faudrait débroussailler et toiletter toutes nos différences, nos particularités, notre cosmétique, pour essayer de retrouver le noyau dur, le point zéro, le fondement, l’essence qui nous relie….

Le grand rabbin Marc Raphaël Guedj, ancien rabbin de Genève, (cf. article Protestinfo) parle de coquilles dures  et de coquilles molles… Ce qui relie c’est l’amour du texte, la nourriture spirituelle comme un bien commun de nos communautés. Certains ont besoin de coquilles dures parce qu’à l’intérieur c’est fragile et mou, l’enrobage est ce qui est visible de l’extérieur, c’est ce qui donne sens, soutient, guide et pour d’autres du moment que l’intérieur spirituel est assez riche et solide, alors peu importe la coquille. A partir du moment où l’intérieur est nourri d’une spiritualité qui se pose des questions, qui se travaille, qui interprète, qui accueille le différent et l’inattendu, alors plus besoin de coquille dure ultra-sécurisante… Car en soi il y a tout pour être assez solide pour passer le cap des épreuves au sein de toute communauté.

Quelle communauté l’Evangile construit-il ? L’Evangile ne construit pas de communauté, je crois, mais l’Evangile fait naître en chacun, patiemment, une cellule qui se divise à l’infini pour prendre corps et forme un noyau de foi unique et propre à chaque individu. 

Alors oui à la définition du mot communauté qui relève d’un groupement spontané de personnes qui partagent un ou des intérêts ou des habitudes communes, on peut dire que l’Evangile nous relie en communauté fraternelle, et ici ce matin en communauté géographique à la Cathédrale, mais nous ne partageons pas tous et tout le temps le même avis, la même spiritualité, la même pensée. 

L’Evangile construit aujourd’hui une communauté du moment et de l’instant, de l’ici et maintenant, du temporaire et de l’éphémère, le temps de la prière en commun, le temps de l’écoute du texte biblique, le temps du partage du repas… Après cette communauté ne se dissout pas mais s’ouvre vers l’extérieur des portes du temple, s’ouvre vers l’autre à rencontrer. Nous ne sommes pas appelés à rester entre nous pour tout le temps, nous ne sommes ni moines, ni religieuses, nous ne sommes ni au temps de Jésus ou de Paul…

C’est parce que nous avons été nourri ici et maintenant d’un temps communautaire, c’est parce que nous avons au cœur de notre cœur cette foi en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, c’est parce que nous croyons tous différemment mais avec comme unité cette bonne nouvelle du Christ que nous pouvons poursuivre le chemin dans la solitude et la communion avec tous et chacun, qu’il soit protestant, catholique, juif, musulman ou athée. Le cœur de notre noyau est assez solide pour que nos coquilles ne soient ni des prisons, ni des clubs !

Notre communauté est de l’ordre de l’invisible d’une spiritualité qui nourrit assez et en abondance pour oser sortir de nos murs et côtoyer l’autre, sans avoir peur, sans vouloir convaincre à tout prix. 

Notre noyau est assez dur pour vivre dans un monde en mouvance, différent et difficile… sans avoir besoin d’un repli communautaire pour nous sécuriser et nous sauver…

Ce noyau, c’est je le crois, la vie du  Christ qui tout au long des Evangiles nous dit et nous redit l’amour de Dieu pour chacun, qu’un lien est tissé entre le Père et ses enfants et que cela change tout ! Dans ou hors d’une communauté, nous ne sommes jamais seuls, dans ce monde qui nous paraît aberrant nous pouvons nous mettre en travers par la foi et y vivre bien, ensemble ou isolés.

Jésus dit dans l’Evangile de Luc : N’aie pas peur petit troupeau ! C’est à nous membres de communautés paroissiales, ecclésiales, familiales qu’ils s’adressent… avec l’appel de mettre nos richesses dans les cieux ou elles ne peuvent disparaître, ou les voleurs ne peuvent les prendre, ou les vers ne peuvent détruire… Pour nous aujourd’hui ces paroles peuvent résonner par l’appel à ne pas craindre si nous désespérons de nos communautés, si à côté c’est tout feu tout flamme, si ailleurs c’est mieux, si ce dimanche la prédication était décevante, car ce qui est précieux, unique, aussi dure que le roc, c’est quand nous partageons des moments de cœur à cœur, des moments où l’on peut se retrouver en face d’un frère ou d’une sœur déparasité de toutes nos coquilles, nos cosmétiques, nos artifices, nos doctrines, c’est quand on se sent relié pour une seconde ou pour plus dans le respect, la bienveillance, l’amour au nom de Dieu. 

C’est là nous redit le Christ que sont nos richesses, là qu’est notre cœur.

La communauté que l’Evangile peut construire n’est qu’une communauté de relations, de vivants, d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent chacun des temps très différents, ici ou ailleurs sur terre, qui ont chacun leur culture, leur langue, leur héritage, qui ont chacun leur parcours de vie, leurs blessures, leurs rêves, mais avec un seul point commun, une richesse céleste, le cœur du noyau de leurs cœurs : Jésus, visage de Dieu, qui devient alors le tout proche de chacun et de tous en nous redisant : « N’aie pas peur petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume. » C’est peut-être là, dans le Royaume, que le mot communauté-communion prendra alors tout son sens.

Amen