Prédication du 19 novembre 2017 par le pasteur André Joly

Prédication du 19 novembre 2018 autour de Matthieu 25, 14 à 30: paraboles des talents ou des trois serviteurs.

Le paradis,

tout le monde en rêve,

non pas tant en une réalité de l’après-mort,

mais d’un royaume d’avant,

d’un lieu qui satisferait aux envies de ne rien faire,

ou de faire que ce dont on a envie,

au gré des humeurs,

du temps, des tentations.

Sans contrainte,

sans devoir rendre des comptes,

juste à jouir.

Jouir,

c’est le maître mot des maîtres es finances qui se sont échinés durant toutes ces années à détourner, emberlificoter, corrompre, contourner le fisc pour continuer à s’en mettre plein les poches, en utilisant les canaux de dérivation afin d’arriver à leur fin: en avoir encore plus.

Les Paradise Papers, c’est le joli nom qu’ont donné des centaines de journalistes investigateurs en raison des paradis fiscaux qui se cachent sous les cocotiers, et quelques-uns en Mer du Nord.

Cela interroge notre relation à l’argent. Pas seulement celui qu’on mobilise, mais aussi celui qu’on immobilise, ou celui qui, souvent sans le savoir, voyage d’ouest en est, de nord au sud, tout en restant en Suisse.

Que des gens suprêmement intelligents se donnent autant de mal, et autant de plaisir à tromper les règles communes, cela non seulement me désespère, mais m’écoeure profondément. Se croire au-dessus de la loi commune, interroge aussi ma condition de réformé.

Un réformé qui ne craint pas de parler d’argent, et qui se remet volontiers à l’écoute de l’évangile, 

qui n’est pas là pour enchaîner, mais pour libérer.

L’argent n’est ni sale, ni dégoûtant, ni tabou.

Jésus en fait un élément central, et il ne craint pas de l’introduire dans une réflexion sur le Royaume des cieux, càd cette réalité qui est placée sous l’autorité de Dieu.

Et il va le faire jouer comme élément révélateur: comme en photographie.

Mettre en lumière ce qu’il cache, ou ce qu’il voile. Et Jésus va utiliser une réalité que tout le monde connaît, soit parce qu’il manque, soit qu’il abonde, soit qu’il suffit.

L’hypothèse de départ, c’est que nous sommes tous au bénéfice d’un héritage. Que le Royaume des cieux, comme la vie, n’est pas réservé à quelques privilégiés, mais qu’il est une donnée, une offre, un cadeau, une grâce.

Nous sommes tous héritiers de la vie que nous n’avons pas choisie mais qui nous a été confiée par d’autres, et par un Autre.

J’enfonce une porte ouverte en disant cela. Mais ce que Jésus précise dès le départ, c’est que l’héritage n’est pas le même pour tous.

Il y a ce que nous avons reçu,

ce que nous aurions aimé recevoir,

parfois ce que nous regrettons d’avoir reçu.

Le donné n’est jamais égal pour tous.

La vie n’est jamais égale non plus, suivant qu’on naît dans une chambre feutrée d’une clinique suisse ou dans les gravats, ou la grotte d’un lieu improbable.

Et les différences peuvent être colossales. Cela Jésus en est conscient.

Mais la question n’est pas là.

La question est: qu’est-ce que nous allons faire de ce que nous avons reçu ?

Et là, deux comportements se dégagent.

Le premier, certainement motivé par l’audace d’entreprendre, le courage, le discernement, le culot peut-être, va faire fructifier ce qui a été reçu.

Là, en Suisse, on comprend assez bien ce que cela veut dire: faire fructifier, ça on sait faire. Et loin de moi l’idée que cela serait mauvais. Le capitalisme, dans l’esprit de Calvin, est une bonne chose, non en ce sens qu’il permet l’accumulation de biens pour soi, mais bien dans le projet d’améliorer les conditions de vie de la communauté. 

Je ne me laisserai pas entraîner dans une dissertation sur l’impôt heureux, mais il y a un peu de cela. Ceux qui gagnent paient des impôts qui permettent à d’autres d’être intégrés dans la communauté humaine: école, hôpitaux, équipements, sécurité sociale, entre autres.

Gagner donc de l’argent n’est ni mauvais, ni répréhensible.

Même si je pouvais avoir Jésus sous la main, je l’aurais quand même interrogé sur la manière.

Le second comportement, c’est celui qui est dicté par la peur.

Peur de ne pas réussir,

peur d’être jugé,

peur de ne pas savoir,

peur de demander conseil, 

de chercher avec d’autres un chemin possible.

Alors on cache, on enfouit, et là on est sûr que ça ne va pas bouger et qu’on va retrouver les choses telles qu’on les a laissées.

La peur est le meilleur safe de l’existence. On sait ainsi que personne n’aura accès à ce que nous cachons.

Les valeurs qui nous ont été léguées par nos parents, et qui nous ont façonnés, qu’en faisons-nous ? 

La liberté d’agir au regard de tous,

la solidarité en vue d’un bien-être commun,

l’attention aux plus faibles,

le libre arbitre et la liberté de conscience,

la différence, religieuse, sociale, économique qui ne doit jamais stigmatiser les êtres humains,

la confiance en un système politique qui n’a jamais sa fin en lui-même, mais doit toujours être au service de la communauté,

le système bancaire – et pourquoi pas ? – qui est un outil, jamais un objectif.

Lorsque Luther et Calvin ont effectué leur révolution copernicienne, ils ne l’ont pas vécue comme un trip spirituel, leur ligne de coke qui les emmenait ailleurs dans des visions port-mortem.

Ils se sont mis à l’écoute de la parole du Christ qui leur désignait la réalité humaine comme horizon.

Celui qui enfouit ce qui lui a été confié ne regarde plus l’horizon. Il se rapproche du cimetière, là où on enterre les morts. Et Dieu ne veut pas de cela pour nous.

Luther et Calvin ont pris la mesure de la parole de Dieu. 

La mesure du monde dans lequel nous vivons.

Et cette mesure se résume à cette question ce matin: qu’allons-nous faire de nos vies ?

Allons-nous nous asseoir sur notre histoire personnelle, familiale, religieuse, en nous disant qu’il faut la préserver au point de la cacher ?

Ou alors allons-nous oser en faire quelque chose ?

Parce que si c’est le cas, préparons-nous à  recevoir autant que ce que nous sommes prêts à donner. L’abondance sera à la mesure de notre engagement là où nous serons placés. Et ce que nous aurons investi de notre temps, de nos valeurs, de nos convictions, 

et pourquoi pas ?

de notre argent, 

montrera cette part d’audace, de courage et d’inventivité et de foi qui nous font vivre.

Une chose encore,

et non des moindres,

Jésus n’attend pas un rendement de 100%.

Il sait que la fidélité dans les petites choses, comme dans les grandes ne rapportent pas toujours autant.

Mais il attend de nous un comportement minimum, ou du moins un comportement qui rapporte un minimum,

peut-être même le minimum.

L’histoire parle d’un placement à la banque.

Avec les intérêts que servent les banques ces jours, c’est vraiment le minimum du minimum.

Parce que si nous ne faisons rien, 

alors ce qui nous a été donné, risque bien de nous être retiré.

L’enjeu est maintenant.

Quittons ces postures qui nous font dire qu’avant tout était mieux, 

et au nom de cet avant, mettons-nous à nous engager pour qu’aujourd’hui continue d’être mieux qu’hier.

Aujourd’hui…c’est le souci de Dieu.

Amen.