Avent 1 – 2017 – prédication du pasteur André Joly

Prédication de l’Avent 1 – 2017 – autour de Zacharie 8: je vais sauver mon peuple.

Le très grand défi auquel doivent faire face la communauté amish – vous savez ces protestants radicaux qui refusent tout contact prolongé avec le monde contemporain, dont les hommes se laissent pousser la barbe, les femmes portent le bonnet sur leurs cheveux jamais coupés, et qui se déplacent en charrette couverte, se vêtant humblement, pas de cravate, ni de costumes élégants,

le grand défi donc pour ces croyants fermement attachés à la terre,

c’est la technologie d’aujourd’hui.

Pour faire court, l’informatique et le téléphone portable.

On ne baisse la tête que devant Dieu. La téléphonâtrie guette. Mais comment expliquer cela à des jeunes qui savent déjà depuis longtemps que l’avenir doit s’inventer à longueur d’années, que vivre c’est créer, et que l’extraction du monde, si elle était possible jusque dans les années 60, devient quasi impossible  aujourd’hui.

Les traites laitières sont désormais pilotées par des programmes informatiques, la vente du grain se passe par l’ordinateur, 

le monde n’est plus un choix.

Et l’homme dans tout ça ?

Ses valeurs, ses convictions, sa foi en une réalité divine, 

comment les accueillir et les faire vivre.

L’Avent marque un temps nouveau dans la respiration de l’Eglise.

Un temps ouvert à l’irruption de Dieu,

un temps promis à des changements,

meilleurs pour l’homme, pour la création.

Et les défis reprennent sans qu’on y voie la fin:

une paupérisation d’un grand nombre de femmes, d’hommes et d’enfants,

le spectre d’une fragilisation des conditions de  travail,

les comportements masculins inacceptables à l’égard des femmes,

le déséquilibre politique, économique et militaire d’un monde en fusion,

et cette insécurité liée à l’avenir, qui nous font nous tracasser autant pour nous que pour nos enfants.

S’il n’était question que de téléphone …

Zacharie vit d’une part parmi les retournés d’exil qui voient dans leur nouvelle vie une raison d’espérer, d’autre part parmi ceux qui se sentent frustrés de ne pas voir de changements si longtemps attendus.

Autant dire, le chaud et le froid.

Comment se sortir de tout ce qui nous paraît n’être qu’une grande démission de Dieu ?

Remettons-nous à l’écoute de la parole portée par Zacharie:

Dieu dit: Je vais revenir habiter au milieu de Jérusalem.

On a tellement fait de Dieu la voix des déserts, des ascensions spirituelles, des écarts réservés aux musclés de la foi.

Dieu vient dans notre cité.

C’est-à-dire dans le lieu-même que nous habitons, au coeur de nos activités, de notre travail, de notre culture, de notre vivre-ensemble.

Certains sont prompts à dénoncer la valse commerciale qui a commencé depuis quelques semaines,

d’autres rappellent le scandale d’une société qui fait la part belle à l’argent et à la consommation, et laissent les plus pauvres d’entre nous au spectacle des vitrines.

Nous n’en aurons jamais fini avec cette indignation-là.

Dieu vient au coeur de cette contradiction, et nous affirmons que cette promesse-là ne découlera jamais de nos cohérences inatteignables.

Cette promesse annonce déjà ce récit de la nativité qui nous redit que le Christ naît au coeur de nos agitations et de nos effervescences. 

Cela nous dérange ? Nous inquiète ? Nous rassure ?

Cela pourrait nous réjouir. 

Une rencontre où,

comme dit le texte,

vieillards et jeunes gens pourront s’asseoir et jouer dans nos rues.

C’est cette invitation-là qu’il nous faut entendre et prendre au sérieux: faire de nos lieux de vie des raisons de faire une place à tous, sans distinction de statut, de porte-monnaie, ni d’apparence.

Tous ceux qui, dans nos quartiers, se sont attelés à cette tâche. témoignent réellement de la présence de Dieu parmi nous.

Et Dieu dit: Je vais sauver mon peuple, exilé dans les régions de l’est et de l’ouest.

Nous dirions dans un langage plus contemporain:

Je vais sauver mon peuple écartelé entre des positions tellement opposées, relégué à des éloignements, des séparations, des éclatements.

Je vais sauver mon peuple d’une société  atomisée, et faire en sorte que les autres, y compris chacun de nous y ait une place reconnue. 

Je vais sauver mon peuple d’une course individuelle en vue d’un acquis post vitam, après la vie, comme un compte en banque qui nous aidera à voir venir quand nous serons en haut, dans la félicité de la musique des anges.

Le temps nouveau, voulu et inauguré par Dieu, c’est bien celui de maintenant, dans la cité, dans nos vies d’aujourd’hui, dans nos joies comme dans nos contradictions, dans nos exils lointains, comme dans nos divisions communautaires.

Le temps nouveau,

ce temps de l’Avent,

c’est le temps de maintenant.

Le temps possible de la paix, des récoltes abondantes, des pluies bienfaisantes, de la justice équitable, 

des bienfaits qui ne demandent qu’à être  partagés, jusque dans nos lieux les plus obscurs, jusque dans ces parts de nous-mêmes que nous aimerions invisibles et qui sont tout autant bénéfices dela promesse de Dieu.

Dieu vient, mes amis.

Amen