Avent 3 – 2017 – prédication de la pasteure Sarah-Isaline Golay

Malachie 1.1-2a et 2.17-3.1

Malachie 3.13-20

Avent III

« Vous bondirez de joie comme des veaux au sortir de l’étable » Malachie 3.20

Avec Malachie on ne sait pas trop comment réagir… entre l’effroi et la joie, la responsabilité et la culpabilité, le silence de Dieu et les malheurs des hommes, entre amour et agacement… 

En résumé Malachie vient sonner les cloches aux prêtres et laïcs qui sont devenus un peu mous, négligeant dans leurs pratiques, désinvoltes, découragés et qui semblent se plaindre que les méchants ne soient pas punis par Dieu… alors à quoi bon ? Dieu semble laisser faire alors les Israélites peuvent bien faire quelques compromis, quelques compromissions, ajustements désinvoltes parce qu’il semble bien qu’ils soient lassés de servir Dieu dans un monde corrompu. Il est probable que Malachie prophétise au moment ou la présence des édomites, ancêtre d’Esaü, ennemis traditionnels des israélites, devient une menace, s’installant aussi en terres judéennes et s’impliquant dans la vie économique et sociale. Malachie s’oppose à toute intégration de ce peuple, défendant Jacob comme seul véritable serviteur de Dieu, Esaü s’étant exclu lui-même de cet héritage en léguant son droit d’aînesse. 

Bref ce n’est pas la joie chez les israélites qui ne respectent plus grand-chose, qui demandent toujours des preuves, qui bâclent le service divin, sont un peu ronchons et émettent des doutes sur l’action de Dieu qui est devenu un Dieu silencieux…

Face à ce découragement généralisé Malachie rappelle plusieurs éléments importants pour les israélites, à faire nôtres encore aujourd’hui….

  1. Le Seigneur nous aime. Ouf ! une bonne chose à se rappeler quand autour de soit tout part en cacahuète, et que l’on ne comprend plus rien au mouvement du monde et de nos contemporains ou que l’on se sent moins que rien, démuni, le cœur à vif…. 
  2. Malachie a des mots difficiles à entendre : « nous fatiguons le Seigneur avec nos discours », heureusement que l’on sait qu’il nous aime, car ce n’est pas facile à entendre!!! Les israélites se lamentaient sur l’inaction de Dieu, qui ne punit pas les méchants… sur l’absence de justice divine… aujourd’hui on pourrait avoir le même discours parfois, comment Dieu peut-il laisser faire cela ?? Pour tout le mal, les tortures, les viols d’enfants, les abus de pouvoir, l’esclavage, la domination les méchants il y en a à la pelle et Dieu dans tout cela ? A nos questions qui fatiguent, car ressassées de toute éternité, de toute humanité Malachie rappelle la venue d’un messager qui ouvrira un chemin qui rétablira la justice de Dieu, on peut y voir le retour d’Elie et  la figure de Jean-Baptiste chargé de préparer la venue de Jésus…
  3. Au jour de la justice de Dieu, Malachie rappelle que le Seigneur est un Père pour chacun des enfants qui l’aiment, qu’un jour tout sera rétabli, revenu dans l’ordre et l’équilibre des choses, que le soleil sera à la bonne place, que sa grâce surpassera toute culpabilité, que nous serons libres et que nous bondirons de joie comme les veaux au sortir de l’étable…

Voilà le petit résumé un peu corrosif du livre de Malachie de ce matin, avec sa statue sur notre Cathédrale…. Mais pour aujourd’hui, pour nous qui nous acheminons vers Noël, qu’est-ce que l’on peut bien en faire ?

Je me suis arrêtée sur les discours qui fatiguent le Seigneur, dixit Malachie… J’ai peut-être aussi des discours de ce type particulièrement à Noël, car cela revient chaque année avec son tra la la presque écœurant des lumières, des décorations, du gavage de cadeaux, du trop plein de travail ou de repas indécents… et que je me dis vivement que cela soit derrière moi !

Peut-être comme les auditeurs de Malachie nous nous sommes lassés de Noël, nous devenons désinvoltes, ce jour de la naissance de Jésus n’est plus l’occasion de louer le Seigneur, mais juste folklore des retrouvailles en familles ou entre amis, peut-être sommes nous tristes en cette période, la joie a quitté les cœurs, car il y a la solitude, le temps d’hiver, le manque de ceux que nous avons aimé et qui ne sont plus… 

Avec ces gros soupirs là on peut se dire qu’en effet on a un peu perdu la flamme de la bonne nouvelle d’un Dieu qui vient se mettre en travers du courant du monde, par son fils bien-aimé, qui vient prendre corps, vie et âme pour nous relier à Dieu autrement qu’avant… 

Comment alors retrouver la petite étincelle ? En ce rappelant ce qui dit Malachie : Le Seigneur nous aime avant et en tout premier. Et que oui les temps sont difficiles, douloureux ou complètement fous, mais à nous croyants de ne jamais désespérer et se répéter à soi-même inlassablement et comme aux autres, que oui ! Aucune situation n’est inéluctable, aucune haine n’est irréversible, aucune indifférence n’est irrémédiable, aucune raideur n’est définitive. Se répéter que la grâce vaut pour soi-même, comme pour son prochain, qu’il faut de la volonté pour agir, mais du courage pour attendre, que Dieu ne rompt jamais le fil qui nous relie à lui, par son fils, mais qu’à chaque fois qu’il casse que cela soit par nos faiblesses et nos peines, nos doutes et nos plaintes, par les épreuves, Dieu y refait un nœud et ainsi le fil devient de plus en plus court entre lui et nous….

Se répéter encore et encore que sous les ailes de Dieu chaque homme peut y retrouver ses racines, qu’il est possible toujours et encore de survivre, de vivre ici et maintenant dans ce monde, et que nous pouvons porter des fruits… C’est la bonne nouvelle de l’Evangile, qui nous permet alors de devenir à notre tour, à notre manière, des messagers, des « Malachie » des petits veaux qui gambadent remplis d’énergie, de fraîcheur de joie dans les prés…

Non je ne me laisserai pas noyer dans la morosité du monde, non je ne désespérerai pas de l’humanité, non je ne deviendrai pas mou, tiède, lassé, gavé…. Je continue à y croire, je m’accroche au fil, je veux être ce petit veau qui encore plein de jeunesse, de naïveté peut-être, d’énergie, de candeur croit encore et toujours en la vie, en Dieu, en son amour, en sa présence dans le pré de notre terre…

A Noël, c’est aussi un tout petit, un bébé qui s’est mis en travers du cours du monde pour chacun de nous… 

Il nous faut peut-être en ce troisième dimanche de l’Avent passer la débroussailleuse de nos trop plein, de nos doutes, négligences, lassitudes et fatigues, et faire un peu place nette dans le champ pour bondir à Noël autrement… C’est peut-être pour nous ce matin le challenge offert par les mots de Malachie….

« Le Seigneur déclare à son peuple : je vous aime…. 

J’envoie mon messager pour m’ouvrir le chemin !

Et alors vous serez libres et vous bondirez de joie comme des veaux au sortir de l’étable ! »

Amen.