Prédication de la veillée de Noël 2017 par le pasteur André Joly

Prédication veillée de Noël 2017

Cette année, tout semble aller au mieux.

Niveau neige.

Cela faisait longtemps.

C’est ce que m’a dit une petite fille en visitant la crèche l’autre jour: Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu Noël !

C’est vrai ! 

365 jours, c’est long.

Ça fait beaucoup de dodos, a-t-elle rajouté !

365 dodos, on n’arrive même plus à compter.

Mais quand Noël arrive, alors on laisse les calculs de côté, on imagine un temps ensemble avec ceux que l’on aime, on pense à eux,

et certains magasins vous aident à penser à ceux que vous aimez.

Ce n’est pas tous les jours Noël !

Certains journaux vous aident même à composer votre menu de Noël.

Parce que la fondue chinoise, c’est bon, on a donné !

Et quel bonheur que se retrouver ensemble avec  nos nouveau habits, nos nouveau parfums, nos nouveau gels à cheveu.

Et on mange ensemble, on parle ensemble, on partage ensemble ce temps qui nous redit que ce qui est au coeur de nos vies, ce sont les relations humaines.

Les grincheux ont changé de costumes, 

les maussades ont pris une douche,

ce n’est plus le temps des bougonneries.

Il y a comme une volonté, un projet, un objectif d’être ensemble.

Et puis à 23 h on fera au FaceTime avec le cadet qui est à New-York, il sera juste en train de se préparer avant d’aller retrouver ses amis.

Noël, c’est ça: ce moment qui réunit tous ceux qui ont besoin de retrouver un moment de chaleur humaine. Les mages et les bergers, les lointains et les proches, les riches et les pauvres, les exclus et ceux qui ont trouvé une place dans notre communauté.

Se réunir, se rassembler, pour faire corps ensemble,

parce qu’ensemble il fait plus chaud,

parce qu’ensemble il fait plus fort,

parce qu’ensemble il fait meilleur.

Noël, c’est tout ça,

et en même temps ces jours des événements qui séparent les hommes à cause de la politique, de l’économie, des stratégies militaires, des guerres civiles aux conséquences dramatiques en termes de migration, des conditions climatiques si changeantes.

Comme si tout ce qui nous fait du bien, venait à être contesté par les folies et les ivresses des hommes.

J’ai toujours eu de la peine à tenir ces deux choses ensemble: le bonheur des uns et le malheur des autres, la joie et les larmes, la sécurité et la fragilité.

C’est pourtant ce que nous connaissons tous, n’est-ce pas ?

Ce va-et-vient entre la tendresse et la rudesse des choses, entre la paix et les batailles, entre des hauts et des bas,

tout cela nous le connaissons.

Noël n’est pas un cataplasme qui viendrait calmer une crève.

Noël, c’est le rappel que Dieu vient dans chacune de nos réalités.

Certaines sont belles et heureuses.

D’autres lourdes et souffrantes.

Noël est vrai pour les unes comme pour les autres. Les apparences n’y sont pour rien, le porte-monnaie non plus, les histoires personnelles encore moins.

Noël est le temps de l’année, précédé de 365 dodos, qui est offert à tous, qui que vous soyez, d’où vous veniez, quoi que vous pensiez.

Aucun préalable, aucun examen de vie ou de foi, aucun faire-valoir pour se tenir devant ce Dieu qui se fait tout-petit devant nous.

Tout-petit, sans défense, sans prétention, sans attente, juste que nous nous tenions à notre tour devant lui, tels que nous sommes,

avec nos larmes et nos prières,

avec notre nouvel habit,

avec notre angoisse ou notre paix,

avec tout ce qui est en nous.

Le grand malentendu avec Dieu, c’est de penser qu’il est réservé aux autres: à ceux qui ont fait catéchisme – comme d’autres font polytechnique, aux illuminés de la foi, aux grands bâtisseurs de relations, aux faiseurs de paix. 

Le grand malentendu avec Dieu, c’est de croire qu’on doit d’abord s’y faire avant de comprendre, vous savez comme lorsqu’on monte un meuble IKEA.

Le grand malentendu avec Dieu, c’est de vouloir à tout prix qu’on s’entende, que ça passe entre lui et nous, vous savez comme dans un couple idéal.

Dieu nous entend. Il sait le tintamarre intérieur que nous vivons, les errances, les combats pour soi et pour d’autres.

Dieu sait tout cela, et à certaines il offre des moments de bonheur tout simples. 

Simples comme le regard d’un enfant.

Simples comme une naissance qui vient de nous.

Simples comme se tenir autour d’un grand feu et le regarder nous remplir de chaud.

Ce qui compte, c’est juste ce moment ensemble devant Dieu.

Comme des petits et des grands devant le sommeil d’un enfant.

Noël,

devant le souffle de Dieu.

Amen