Prédication du 25 février – Passion 2 – par le pasteur André Joly

Prédication autour de Marc 9: la transfiguration pour Passion 2 – 2018

Il n’y avait pas grand monde hier en ville.

Comme un samedi de relâches.

Comme un samedi de froid.

Et les gens étaient disponibles, prévenants, polis.

Comme si un grand soleil les habitait.

Alors on a léché les vitrines.

Les collections de printemps sont de retour. Les couleurs vivres, quasi joyeuses, vous rappellent qu’il faudra vous laisse tenter.

Et on le sait, on ne règle vraiment le problème de la tentation qu’en y succombant.

Ah, les vitrines qui annoncent le printemps.

Par -2°

Ce ne sont pas seulement les vitrines qui vous font de l’oeil. Tout est organisé, prévu, planifié pour que votre surmoi vous rappelle à la nécessité de la dépense. On ripoline les nouvelles voitures, on fait défiler des filles qui ne ressemblent à personne, on vous enfile des produits dont vous êtes les seuls à ne pas savoir qu’ils vous sont indispensables. 

Notre monde est écartelé entre ce que nous croyons ne pas avoir et ce que nous retirons à d’autres, comme la sécurité, la paix, la justice. 

L’économie de la consommation transfigure notre perception du  monde et veut nous faire croire que le monde réel n’est pas celui dans lequel nous vivons.

Mais si nous étions capables de tout obtenir ce que la société de consommation nous propose, il y aurait encore un autre monde à acquérir, et puis encore un autre, et encore un autre. L’illusion ne tarira jamais.

Face à tout cela, il y a ces immenses mystères que nous ne comprenons pas: ces tueries humaines abominables, ces injustices organisées, ces rackets insupportables, même la figure d’un Dieu qui demande l’impossible à un être humain, à savoir de sacrifier ce qui lui est de plus cher.

A quoi pouvons-nous résolument nous accrocher ? Quand tout dérape, tout vacille, tout conteste la radicale humanité ?

Pourquoi donc Jésus a-t-il pris ce trio de disciples pour leur faire vivre l’expérience de sa propre transfiguration ?

Pour leur offrir une vision mystique ?

Pour leur donner à voir un secret qu’ils sont les seuls à pouvoir garder ?

Comme récompense à leur fidélité ?

Pour les rappeler au plan divin ?

Ils ont traversé les railleries, connu les questions face à la maladie, l’injustice et la mort. Ils ont été confrontés à une société capable d’exclure, de condamner, d’affamer ses enfants.

Ils ont décidé de suivre ce Rabbi – ce maître – qui semblait être intéressé par ce que les hommes vivent.

Alors, à quelle réalité doivent-ils s’accrocher ? A la leur, ou à celle  que Jésus leur fait voir et qui nourrit chez Pierre une grande frayeur ?

La question de la mort – pas seulement la mort biologique, mais aussi la mort sociale, la mort religieuse, la mort économique – traverse toute l’histoire des hommes. C’est la constance qui interroge. Pourquoi faut-il que ce que nous mettons tant de temps, tant de peine, tant d’efforts à construire, se voit toujours menacé ? 

Cette question-là est incontournable. Et elle va s’insinuer jusque dans notre intimité, comme pour Abraham. Elle questionne nos espérances, menace notre foi, fait vaciller nos courages. Pourquoi  nous faut-il mourir ?

La vision – c’est-à-dire ce qui se donne à voir – que Jésus offre à ses disciples, c’est une réalité qui n’est pas la leur. Ou dit différemment qu’on peut pas attraper, réduire à notre volonté. La foi ne consiste pas à rejoindre une autre réalité que la nôtre.

La foi, c’est d’abord le défi de vivre dans notre monde face à tout ce qui le défigure, le conteste.

Et cette foi n’est pas une fuite des contingences, même si nous les renvoyions à Dieu lui-même comme seul auteur, mais la seule manière de continuer le chemin en continuant d’être l’humain que nous tentons d’être.

Jésus n’extrait pas ses amis de leur réalité, comme il ne va pas fuir le rendez-vous avec la mort, mais il leur donne à voir cette promesse qu’il règne en gloire dans le temps au travers de l’histoire passée, présente et à venir.

Les disciples sont aveuglés, comme le sont certains d’entre nous face aux vitrines d’une saison qui n’est pas encore là. Ils veulent arrêter le temps, en faire une constance.

Ils veulent être acteurs, décideurs, entrepreneurs d’un mieux, d’une gloire dont ils sont témoins.

La seule chose à laquelle ils sont laissés dans cette folle expérience, c’est une parole.

« Ecoutez mon Fils bien-aimé. »

Pas de discussion avec les figures historiques de la foi, pas de séminaire sur les bienfaits de l’espérance, pas d’enseignement des secrets qui peuvent transformer une silhouette, un projet de vie, un horizon de foi.

Juste le rappel que la parole est le seul lien entre le Très-Haut – qui s’est abaissé très bas – et nous. Et que même si notre chaire venait à être menacée, comme Abraham, comme les enfants de la Ghouta, et comme nous un jour ou l’autre, il ne restera toujours qu’une parole, celle de Celui qui vivra tout ce qui nous sera donné à vivre, et qui nous conduira plus loin que ce que nous pouvons imaginer, ou ce que d’autres veulent nous voir rêver.

Alors comment comprendre cette consigne de silence ?

Parce qu’elle est liée à la Résurrection, et qui dit Résurrection, dit mort. 

Et c’est ce vers quoi le Christ se dirige. Il ne fera pas l’économie de la mort. C’est de cela qu’il faut que nous soyons conscients: la vie n’est pas un sale moment à passer, elle est tout ce que nous avons, et elle est promise à autre chose que sa disparition. Alors vivons-la avec cette foi que rien, pas même la mort ne peut menacer notre foi.

Cela lui donne tout son prix.

Le prix qu’un être humain a aux yeux de Dieu, comme le fils d’Abraham, et qui ne peut pas être sacrifié.

Et si Dieu le voulait,

alors il reviendrait sur sa décision.

Parce que Dieu change d’avis,

ce qu’il a fait tant de fois vis-à-vis du peuple d’Israël,

pour rappeler que face à la violence des hommes, il n’y a que la vie, rien que la vie, toute la vie du Christ.

Amen