Passion 5 – 18 mars 2018 – par le pasteur André Joly

Prédication du 18 mars 2018 – Passion 5 autour de la question: Avons-nous encore besoin de Dieu ?

Texte biblique: Marc 10, 35 à 45

De quoi avons-nous besoin pour vivre ?

Cette question est récurrente à tous les âges de la vie, comme sa réponse d’ailleurs, selon qu’on est jeune, en formation, dans la vie adulte, en couple, seul, ou dans ce temps de la retraite, en bonne santé ou devant batailler pour sa santé.

Nos besoins changent, évoluent au fil du temps et de nos expériences.

Mais généralement, nous pourrions prendre la déclaration des droits de l’homme et on aurait déjà un vaste panorama des besoins à satisfaire.

Cette question des besoins fondamentaux est aussi liée aux situations particulières. Nous ici, avec nos défis personnels, d’autres ailleurs, dans la Ghouta orientale, au nord du Congo, ou dans les prisons des dictatures.

Les êtres humains entendent cette question à partir de leurs conditions de vie personnelles et communautaires. Mais ce qui peut les réunir, et ainsi attester de la condition humaine universelle, ce sont des notions aussi importantes et vastes que la sécurité, le respect, la solidarité, la fraternité, la reconnaissance des particularités, le droit de conscience et d’opinion.

De quoi avons-nous besoin pour vivre ?

Cette question est très souvent comprise à l’ouest par :

De quoi avons-nous envie pour vivre ?

Le besoin et l’envie jouent à cache-cache dans nos esprits, et se plaisent à se déguiser avec les habits de l’autre.

Mais s’il fallait aller plus avant dans cette question du besoin et de l’envie, on pourrait affirmer que la première se vit au risque d’un dépouillement, et que la seconde dans le désir d’un amoncellement.

C’est dans l’expérience d’un déménagement que ces soeurs ennemies se côtoient sans ménagement.

La question des disciples – ou plutôt leur demande: nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander – s’inscrit dans un ballet de questions et de sentiments très divers: le monde dans lequel ils vivent où les malades et les plus faibles sont expulsés de la communauté, une société de classes favorisant une petite caste, les questions du mal, de la souffrance, le rapport à l’Etat, et à l’occupant romain, la place des femmes, l’impuissance face à la lourdeur de la tradition, et l’attachement à ce Christ dont ils attendaient peut-être une révolution plus en profondeur et en efficacité.

De quoi les disciples ont-ils besoin pour vivre ?

Ont-ils besoin de Dieu ?

Ils ont, pour sûr, envie que les choses changent, et ils sont confrontés à leur propre impatience et à une vision du monde dans lequel Dieu est attendu.

Comme les chrétiens du nord Congo,

comme les habitants de la Ghouta,

et peut-être comme nous qui attendons que Dieu se mouille encore plus.

Aurions-nous besoin de Dieu pour pallier à nos propres impuissances face au mal, au monde déchiré, à nos luttes et à à la mort ?

Depuis les trente glorieuses, notre monde a changé de fond en comble: pensez à tout ce que vous avez acquis depuis les années ’70. Transport, communication, confort, médecine, pouvoir d’achat. La liste n’est pas exhaustive.

Et en même temps nous n’avons retenu aucune leçon de l’histoire récente. Après les deux déflagrations mondiales de guerres généralisées, nous n’avons pas attendu pour nous lancer dans une succession de conflits qui vont de la guerre d’Indochine à la Ghouta orientale.

Nous n’avons besoin de personne pour alimenter les conflits.

Nous n’avons besoin de personne pour augmenter notre niveau de vie en vendant des armes de guerre, et en jouant les boîtes aux lettres financières.

Nous n’avons besoin de personne.

Surtout pas de Dieu.

Surtout pas de Dieu.

Vous imaginez s’il venait à prendre elles devants et à nous interroger sur nos intentions et nos besoins.

Alors les disciples prennent les devants.

Et à défaut de voir la situation changer, ils décident de prendre des options pour la vie glorieuse d’après. 

Ce qui ne peut être changé dans la vie de maintenant, peut-il l’être dans la vie de l’au-delà ?

Parce que, tout de même, ces disciples sont les poids lourds du groupe.

Alors, par dépit, par lassitude, par fatigue ou par impatience, ils demandent au Christ ce que lui seul est capable d’accorder: une réservation dans la loge de la gloire du Christ. 

Si la vie ne vaut pas la peine d’être vécue maintenant, alors investissons sur la vie à venir.

Après le renoncement, 

après les luttes vaines,

finalement après le sapin.

J’ai rencontré tant de gens qui me parlaient d’une forme de paradis qu’ils se réjouissaient d’aller rejoindre pour revoir ceux qu’ils avaient aimé. Comme si la vie éternelle n’était qu’un copier-coller de notre vie.

Le Christ, qui se prépare à entrer triomphalement à Jérusalem, va leur rappeler, avec un ton ferme et rempli d’affection, que les défis de Dieu se situent dans la vie de maintenant.

Et la promesse est claire:

« Que celui qui veut être le premier d’entre vous, soit l’esclave de tous ».

Ou dit en d’autres mots: 

C’est maintenant que tout se joue. Dans notre mise à disposition des autres.

Soit la récusation à la fois de nos ivresses de besoins insatisfaits, et tout autant des options que nous aimerions prendre sur l’éternité.

Je sais les dévouements et les engagements souvent discrets.

Je sais les silencieuses attentions aux autres.

Je sais les petits gestes qui n’y paraîtront pas.

Je sais le lent et incontournable chemin que le Christ prend pour que nous ne cultivions pas nos besoins d’absolu, mais que nous soyons habités de l’envie de Dieu.

C’est en cela que la lutte de Martin Luther King pour les droits civiques prend tout son sens: parce qu’elle s’inscrit dans l’attention à tous ceux qui ne sont ni puissants ni grands.

Certains me rappellent à juste titre qu’il n’est pas besoin d’être chrétien pour s’engager auprès des plus petits. 

Bien entendu.

Mais regardons juste devant notre porte avant de vouloir ajuster l’humanité à notre intelligence.

Jésus ne récuse pas cette question, mais renvoie les disciples à qui ils sont.

Si vous avez des rêves de grandeur, abaissez-vous jusque dans l’attention que vous pourriez porter à plus petits que vous.

Autour de vous, comme un parent dépendant, comme un enfant qui bataille pour une place reconnue, à un proche qui doit lutter contre ce qui menace sa vie corporelle.

Tout le reste,

à la Ghouta, comme au nord Congo,

comme ici,

est laissé à la vie que le Christ s’apprête à donner pour que le monde nourrisse une autre espérance que celle qui veut sortir les marrons du feu.

C’est le dur chemin de la Passion. Et nous n’aurons que notre foi en Dieu pour que nous ne nous perdions pas et que nous ayons envie de Dieu.

Amen