Pâques 2018 – prédication du pasteur André Joly

Prédication de Pâques 2018 autour de Luc 24, 1 à 12: Elles ne savaient qu’en penser.

Pâques !

la glorieuse proclamation que Jésus est vivant.

Pâques !

ce premier jour d’un temps nouveau qui ouvre à la foi et à l’espérance.

Pâques !

Passage de la mort à la vie.

Nous le chantons.

Nous le vivons ensemble.

Nous le partageons avec les signes que le Christ a permis et ordonné avant sa mort: le pain, signe de son corps; le vin, signe de son sang qui nous restitue à notre humanité et à notre fraternité, puisque que nous sommes devenus enfants de Dieu.

Pâques !

Enfin, ça n’a pas commencé tout à fait dans la joie. 

Je vous la refais courte:

depuis l’arrestation de Jésus, son procès, un seul disciple s’est manifesté, Pierre.

Et encore, pour le renier.

A la croix, puis juste après sa mort, il n’y aura qu’un condamné à mort, un officier romain et un éminent membre du tribunal religieux juif – le Sanhédrin, qui ont été touché par le Christ.

Alors, quand les femmes se rendent au tombeau pour faire ce qui était attendu par la tradition, ce n’est certainement pas pour s’attendre à autre chose qu’un cadavre bien en place.

Mais que pensaient-elles faire ?

Rouler la pierre à quelques-unes ?

Alors quand elles voient que tout est ouvert, elles ne savent qu’en penser.

La Résurrection, vous en pensez quoi ?

Parce que ça occupe pas mal de gens depuis pas mal de siècles.

La mort, y’a pas de doutes.

Mais la Résurrection… ?

La déconfiture d’un projet qui avait mobilisé un petit groupe de proches, parfois une foule enthousiaste, souvent une hostilité.

Alors, il faut pas s’étonner que le cercle rapproché fasse tête basse. 

Vous en pensez quoi de tout ça ?

Pâques !

L’expérience du passage.

D’un passage qui vient remettre en doute nos certitudes aussi solides et indiscutables que la mort.

Mais pas que…la mort.

Il y a mille et une choses que nous croyons appartenir à l’ordre des choses indépassable, incontournable, et notre vie personnelle et communautaire est confrontée à ces règles que nous croyons, 

dont nous sommes convaincus qu’elles sont indépassables, immuables, éternelles, 

comme l’impossible changement des règles, 

comme le règlement des conflits par la violence,

comme la domination des humains par les règles économiques,

comme l’inutilité de la différence souvent perçue comme une menace.

Les femmes en allant au tombeau,

vers ce lieu indiscutable de la réalité,

ont besoin de vérifier que ce qu’elles savent est vérifiable.

On le sait, seuls les cadavres, permettent de s’ôter d’un doute.

Alors quand l’apparente réalité s’échapper, il y a de quoi ne plus savoir quoi penser, et même d’avoir peur.

Certains chrétiens sont accrochés à l’idée que tout se jouera après la mort, comme un grand moment de justice distributive. On reconnaîtra ceux qui ont été bons, et pour les autres, il faudra bien solder le carnet du lait. Et quand cela sera fait on pourra enfin participer à la grande gloire éternelle de Dieu. C’est souvent ce qui a été donné à voir par les oeuvres des peintres. En bas les méchants, en haut les bons, et tout en haut la lumière de Dieu.

« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? »

Ce qui est au coeur de ce dialogue intime entre les femmes et ces deux hommes aux vêtements brillants, ce n’est pas la vision d’un monde après la fin, 

fin du compagnonnage avec la Christ,

fin d’une vie emmenée par la confiance et la foi,

fin des relations,

fin du sens que le Maître pouvait offrir,

ce qui est au coeur de ce dialogue, c’est cette question qui restera sans réponse,

pourquoi cherchez-vous un mort, alors qu’il est vivant ?

Voilà le grand basculement qui est au coeur du coeur de la foi chrétienne, c’est qu’au premier jour de la semaine,

aux commencements,

aux recommencements,

il y a ce renvoi à la vie.

Celles de Marie-Madeleine, de Marie mère de Jacques et Jeanne,

comme aux nôtres.

Chaque dimanche est comme le rappel de la Résurrection, 

le rappel que la mort est morte,

et que ce qui fait la valeur, le sens, la joie aussi, c’est de pouvoir être ferments de vie là où nous sommes, là où nous vivons, au travers des événements choisis ou imposés.

Cette vie-là n’est pas un sparadrap qu’il suffirait de porter pour qu’on aille mieux.

Cette vie-là n’est rendue possible avec les autres que dans la relation au Christ.

Pas tant en servant avec force le menu de nos convictions, qu’en la nourrissant avec attention.

Pâques !

C’est le passage avec le Christ au travers de notre vie.

C’est notre passage avec le Christ au travers du temps, du beau comme du gros temps.

Pâques !

C’est le renvoi, 

à partir de nos pierres tombales, 

à une existence qui a été voulue, désirée, portée par Dieu, et qu’il a décidé d’accompagner par son Fils pour que nous soyons emmenés vers d’autres horizons que nos tombeaux.

Sans d’autres explications que cette déclaration:

« Il n’est pas ici; il est revenu de la mort à la vie. »

Etonnant ?

« Pierre retourna chez lui, très étonné de ce qui s’était passé. »

Vous êtes-vous étonné de ce que le Christ a fait dans vos vies ?

Vous l’êtes-vous déjà rappelé, raconté ? 

C’est pourtant bien de cela dont il s’agit, de cette présence quotidienne parfois ignorée et qui pourtant est celle qui nous désigne la vie comme le lieu de la révélation et de l’engagement de Dieu.

Et la vie n’est pas un cimetière,

elle est là ce matin,

chez vous tout à l’heure,

ailleurs plus tard.

La vie reste la vie,

une vie si précieuse que Dieu refuse que nous la perdions.

Alors il nous confie son Fils, le Vivant pour toujours.

Amen