Prédication du 22 avril 2018 par la pasteure Sarah-Isaline Golay

Prédication Jean 14.15-26 et 1 Jean 4.12-16

Viens vivre chez moi ! Il y a de la place !

Viens vivre chez moi ! Il y a de la place ! Vraiment ? Car ce n’est pas juste une petite visite en passant, mais l’intimité durable d’un foyer partagé que propose Jésus à ses disciples comme à chacun de nous… Et pas seulement Le Christ, mais avec le Père et l’Esprit, les trois débarquent et désirent s’établir en nous, au cœur de nos vies, au cœur de nos âmes, dans l’intime de chaque croyant. 

Cela en fait du monde !!!

Jésus dit à ses amis dans ce long discours d’adieu de l’évangile de Jean : Mon Père et moi viendront chez vous et nous habiterons chez vous. En plus il promet l’envoi, par son Père, d’une aide, d’un puissant défenseur, l’Esprit qui sera toujours avec chacun. 

Voilà toute une petite tribu à loger !

Y a-t-il assez de place en nous pour accueillir ?!

En même temps nous affichons un quotidien tellement rempli de toutes sortes de choses, et cela déborde, avec le travail, la famille, les loisirs, et on n’a jamais le temps de rien mais nous affichons aussi une solitude souvent très marquée, en manque, déshydratée de l’essentiel. Paradoxe de notre monde qui se remplit, se gave pour trouver sens à sa vie, et dont les quêtes restent vaines souvent, avec ce sentiment d’inconfort si profond que nous sommes isolés, abandonnés.

Ce passage de l’Evangile de Jean nous dit essentiellement une chose, même s’il est enrobé de thématiques trinitaires, de la mort et la résurrection du Christ, d’un avant-goût de Pentecôte, même si ce passage est particulièrement dense, compliqué, développé de manière circulaire….bref Jésus vient dire à ses amis : Rassurez-vous je ne vous laisserai pas orphelins, vous ne serez plus jamais seuls et il n’y aura aucune solitude qui ne sera insurmontable.

Quand Jésus dit je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous, il ne parle pas de la fin des temps, de son retour glorieux qu’annoncent de nombreux passages du Nouveau Testament, non car dans ce cas nous resterions orphelins jusqu’à la fin des temps. Cette venue du Christ n’est pas non plus celle des apparitions du ressuscité après Pâques, auprès des disciples que cela soit à Emmaüs, Jérusalem, au bord du lac, juste avant son ascension, non, l’auteur de Jean nous révèle que cette venue du Christ, s’accomplit dans la venue de l’Esprit. En annonçant que le Père donnera un autre esprit, Jésus désigne l’Esprit comme un autre lui-même, qui par sa présence permanente assurera un soutien indéfectible à tout croyant. 

Cet Esprit dont il est question, c’est le paraclet, en grec, littéralement « celui qu’on appelle auprès de soi », c’est le défenseur, l’avocat, le consolateur, le soutien. C’est aussi une sorte de répétiteur, dans le sens que son rôle et de faire ressouvenir tout ce que Jésus a dit, un faire-mémoire. 

Animés par cet Esprit qui vient s’établir en nous, sur nous, nous pouvons entrer dans un cercle d’amour, dont l’expression dépasse toute logique : l’amour réciproque du Père et du Fils, dévoilant ainsi comment et combien nous sommes aimés en retour. 

Alors Dieu n’est pas à chercher dans des hauteurs insondables, ou dans un mysticisme qui ne serait à la portée que de quelques élus, mais dans une relation intime, profonde, encrée au cœur de notre intérieure. 

Et pour que la colocation intérieure se passe bien, soit source de vie, de confiance, d’élan et de rayonnement, il n’y a qu’à faire un peu de place et nous appliquer à observer les commandements du Seigneur. 

Facile non ?

Si seulement il ne fallait pousser que quelques meubles… voilà que c’est notre âme, notre cœur, notre corps qu’il faut aménager pour la venue des trois qui souhaitent loger en nous. Devenir le temple de Dieu comme l’a écrit Paul, c’est pas si facile que cela… 

Il n’y a pas de recette,  pour faire place nette, pour laisser entrer Dieu dans nos existences… il n’y a que le saut de la confiance, le saut de la croyance, faire ce premier pas, une fois, toutes les fois, à chaque instant et oser risquer, se lancer, répondre oui… oui humblement je reconnais qu’il y a des manques en moi, oui je reconnais que j’essaie de combler et gaver ma vie pour ne pas y penser, oui tout au fond de moi il y a la solitude, l’abandon, l’absence… alors viens Dieu, Père  Fils et Esprit Saint, viens chez moi je te fais de la place, viens loger en mon centre, viens rayonner en moi, viens demeurer ici.

Alors je connaîtrai l’amour indéfectible, alors je saurai ce que c’est de ne plus jamais être seul, alors j’essaierai de suivre tes voies, d’écouter tes murmures, de prendre soin de moi et des autres…

Pour faire ce pas de la foi, il est bon de pouvoir compter sur cet Esprit dont parle la Bible, ce souffle, soutien et défenseur puissant, cette aide précieuse, cet enseignant patient… 

Comme pour les disciples du récit de ce jour, en proie aux doutes, aux angoisses, aux peurs de réaliser maladroitement que Jésus va bientôt les quitter, il y a cette grande promesse de l’Esprit offert par Jésus.  

Au centre de notre intérieur, Dieu vient s’installer dans la vie et le cœur de l’homme. Nous croyons en un Dieu qui descend dans la vie… dans nos vies. 

Carl Jung a parlé dans son schéma de la personnalité du SOI, de l’OMBRE, du MOI et de la PERSONA. Le Soi étant le noyau du centre, Imago Dei, dit-il, le reflet du divin, notre ADN spirituel. Pour Jung, ce SOI, est incassable, intouchable, toutes les horreurs et malheurs de nos vies ne peuvent le fissurer, c’est l’image de Dieu en nous, le lieu de la colocation avec Dieu, c’est le centre précieux et lumineux que rien ne peut atteindre, le lieu de notre mission profonde d’être humain, dont chacun est amené à dérouler le tapis personnellement. 

Alors ce matin, puissions-nous prendre le temps pour dérouler le tapis et ainsi faire place à celui qui est tout amour… laisser couler la source, ouvrir l’espace, aménager le lieu pour Dieu … et dire simplement : viens chez moi, il y a de la place…

« Laisse couler en toi la source et tu sauras combien tu avais soif

Laisse passer en toi la vie et tu sauras combien tu étais mort

Laisse respirer en toi le désir et tu sauras combien tu étais lié

Laisse vivre en toi l’amour et tu sauras combien tu étais seul

Laisse naître en toi la Présence et tu sauras combien tu étais absent

Laisse-toi trouver par Celui qui est le visage de ton humanité et tu te sauras à jamais enfant de l’Esprit »

Francine Carrillo, Braise de douceur, éditions Ouverture.

Amen.