Pâques 5 – 29 avril 2018 – prédication par le pasteur André Joly

Prédication de Pâques 5 – 29 avril 2018, autour de Jean 15: Jésus, la vraie vigne

Aujourd’hui, ce qui compte c’est d’être connecté.

Il suffit d’entrer dans un transport public pour observer les minois concentrés sur leur portable dans un isolement parfois proche de l’extase.

Mais loin de moi l’idée de leur intenter un procès d’intention. Ce qui se passe dans un bus n’est que le reflet de ce qui se vit un peu dans nos vies: une partie de nos achats passe par le net, nos appels téléphoniques sont maintenant relayés par une vidéo – gratuite au demeurant, et si nous cherchons un restaurant, un cinéma, un lieu où boire un verre, il suffit de se connecter, et la machine vous fera des propositions.

Nous réalisons nos paiements et nos réservations par le net, et si vous avez le malheur de ne pas appartenir à cette communauté-là, alors vous êtes un peu largués.

Nous devenons des geeks par défaut, des accrocs au virtuel, au point que certains de nos ados ont besoin de ce doudou pour exister et se sentir en sécurité.

Et certains sociologues, thérapeutes n’hésitent pas à identifier nos mal de vivre dans cet isolement à privilégier cette manière de fonctionner.

Dans la communauté des disciples, et plus largement celle de ses contemporains, Jésus est confronté à la question des relations avec les autres.

Ce n’est pas un chapitre de la psychologie des profondeurs qu’il ouvrirait pour en dégager les tenants et les aboutissements, mais bien une des questions centrales de l’Evangile, de cette parole qui est annoncée à ceux qui sont confrontés aux difficultés d’être en relation.

Des relations sociales, mais aussi économiques, politiques, spirituelles. 

Si Dieu nous rejoint, ce n’est pas pour  développer et défendre un système intellectuel, mais bien parce qu’il veut interroger nos vies, nos rapports avec l’autorité, avec le semblable, la communauté, le religieux, avec l’argent, avec la loi, avec lui aussi.

Et le tout grand défi auquel les hommes, tous les hommes, sont confrontés, c’est celui de la rupture, de la cassure, de l’absence de relations.

Cela est avéré aujourd’hui dans le monde proche-oriental, mais aussi en Corée, en Afrique, et tout autant en Europe où les injures antisémites, les exclusions sociales, les courses au profit indécent plutôt qu’à une économie au service de l’être humain.

Ailleurs, des êtres humains meurent physiquement de manque de relations, ici des êtres humains sombrent dans cette absence de sens, de respect, de reconnaissance.

Jésus, en utilisant cette image de la vigne, ne pose pas un pansement sur les plaies de l’absence. Il marque de manière claire les essentiels des règles de vie en rappelant qu’elles ne sont possibles que si nous sommes rattachés 

  • c’est l’image du sarment et de la vigne.

Être rattachés: aux yeux de Dieu, ce n’est pas une option, c’est le coeur de son projet de vie pour nous. 

Dit ainsi, tout le monde signe, bien sûr – surtout les chrétiens.

Mais quand on est au fait et au prendre,

quand les bombes sifflent pendant plus de 8 ans, 

quand on voit ses enfants tomber sous des balles de détraqués,

quand trop de gens sont laissés au bord du chemin parce qu’ils sont malades, au chômage, trop peu performant,

quand des êtres humains n’ont plus que les combines pour s’en sortir,

comment voulez-vous parler de relations ?

Être rattachés, c’est la seule manière de tenir droit, d’être relié, de recevoir la sève – autre image pour la vie. 

Et donc la question qui est posée par le Christ résonne dans ces mots: à quoi, à qui sommes-nous reliés ?

Quel est notre carburant de vie ?

Le travail, la famille, les souvenirs, les hobbys, tout cela est certainement très important, voire vital, mais au fond du fond, à travers toutes les circonstances de vie, les immenses joies comme les batailles, comme les questions qui viennent heurter notre manière d’être au monde et que nous nous sentons secs comme des sarments coupés à terre, qu’est-ce qui nous permet de continuer à vivre ?

C’est le Christ.

Il nous faudra le dire, le redire, le proclamer, le chanter, le prier pour que s’inscrive en nous non pas un article de foi, non pas une posture théologique, non pas une déclaration d’intention, mais une expérience.

Le Christ n’est pas le catalogue d’André Fleurs où il suffirait de choisir  nos arrangements en fonction des saisons de notre vie.

Le Christ donne et permet la vie entre Dieu et nous, entre les autres et nous, et entre lui et nous, comme la vigne porte les sarments et sans laquelle ils ne portent aucun fruits.

Alors oui, il y a des tailles, 

oui, cela peut parfois faire très mal,

oui, on doute quand on ne voit ni bourgeon, ni feuille,

oui, il faut entrer dans l’invisible des choses pour croire qu’il y aura récolte.

Mais la vie est à ce prix-là. Comme l’embryon qui va devoir grandir 40 semaines avant de trouver l’air de nos jours,

comme l’enfance et l’adolescence qui cherchent des voies de sens,

comme la mort qui nous demande de lâcher pour un avenir inconnu et différent.

Mais sans le Christ,

sans cette présence invisible et pourtant active, 

sans cet esprit qui fait de nous des personnes auxquelles Dieu tient,

sans cette confiance que le temps m’est offert par un Autre pour une raison et pour une mission,

sans lui je ne suis relié qu’à moi-même.

Cela ne signifie pas que nous sommes les gardiens de cette relation-là. Pas plus la morale que les Eglises ne peuvent revendiquer cette réalité-là, encore moins le politique et l’économie.

Mais Dieu est plus grand que tout cela, et il s’inscrit dans le monde.

En décidant d’être relié à lui, nous découvrons que toute notre vie est portée par lui, comme la vigne porte les sarments, nourrie par lui, avec les promesses qui lui sont liées.

C’est le temps de se remettre au jardin étaux balcons.

C’est le temps de se remettre en Christ, le ressuscité, celui qui est revenu de la mort à la vie.

Amen