Prédication du 3 juin 2018 par le pasteur André Joly

Prédication du 3 juin 2018 autour de Hébreux 9, 15: le Christ est l’intermédiaire d’une alliance nouvelle.

Au début des premières rédactions du Nouveau Testament, les communautés chrétiennes primitives étaient dispersées sur un immense territoire allant de l’Egypte, à l’Italie, en passant par le Proche-Orient, et peut-être même la côte occidentale du continent indien.

Et chaque communauté, chaque famille était reliée non seulement par une culture propre, mais aussi par une liturgie propre, une langue propre. Et chaque communauté vivait dans un environnement particulier où les traditions faisaient face à cette Bonne Nouvelle qui remontait au Christ lui-même.

Et après 300 ans de vies séparées s’est posé la question suivante: qu’est-ce qui nous relie au-delà de nos différences culturelles ?

Nous ne sommes plus au 4ème siècle, mais après 500 ans de Réforme, un Réveil, une multiplication d’ecclésioles qui revendiquent toutes un rapport exclusif à la vérité, un oecuménisme toussotant et une radicalisation de certaines positions: qu’est-ce qui nous relie les uns aux autres chrétiens ?

Ma grand-mère m’a fait savoir, au milieu de mon adolescence, qu’il n’était pas nécessaire de lui présenter une bonne amie – c’est comme ça qu’on disait – catholique, et surtout pas de l’amener dans sa maison. Nos valeurs, à ce qu’elle disait, n’étaient pas les mêmes. Point.

C’était il y a 50 ans, pas 500 ans.

Et le monde a continué à se transformer. Les populations se sont brassées, la globalisation a accéléré les rencontres, les amours, les mariages internationaux, inter religieux, et nous voilà aujourd’hui dans une société multiculturelle, multi religieuse aussi.

Une crise identitaire forte a grandi, particulièrement parmi les migrants, et il s’est trouvé des responsables religieux pour défendre l’idée que le communautarisme valait mieux qu’une dissolution de la foi et des valeurs chrétiennes.

Qu’est-ce qui nous relie les uns aux autres ?

La Bible ?

Oui, bien sûr, mais quelle lecture en faisons-nous ? Historique, allégorique, morale, littérale ?

Les sacrements ?

Oui, mais quelle en est notre compréhension ?

Une récompense, une appartenance à une Eglise, un rite de passage ?

La doctrine ?

Peut-être, mais elle a conduit au premier grand schisme séparant ainsi les chrétiens d’Orient aux Chrétiens d’Occident.

Lorsque je lis l’histoire du christianisme dès sa naissance, et au plan mondial, je suis face à une succession de séparation, de schismes, de divisions.

Bien sûr il y a eu la fusion en 1966 dans ce canton. Mais qu’est-ce que cet événement face à l’histoire mondiale du christianisme ?

Jésus connaissait suffisamment l’âme humaine et ses sinuosités, ces va-et-vient entre les hauts enthousiasmes de la foi et ses côtés sombres et angoissés. Il en était conscient, et il n’a jamais mis le doigt où cela faisait mal. Il n’a jamais dénigré ses amis, il n’a jamais exigé d’eux qu’ils pensent la même chose, confessent la même chose, et soient épargnés du doute.

Mais ce qu’il a fait, pour eux, comme pour toutes celles et tous ceux qui ont croisé sa route, c’est de leur donner quelque chose: une guérison, une parole de redressement, une question, une mise à l’écart pour qu’ils trouvent une direction pour leur vie.

Parce qu’il ne sert à rien de confesser le Christ, si on ne discerne pas dans sa Parole, des miettes qui nous font continuer le chemin avec confiance, malgré nos refus et nos reniements.

Qu’est-ce qui reliait les disciples les uns aux autres ?

Deux choses: la Parole du maître, et les signes symboliques à partager.

Deux choses à partager, 

non pas à contrôler,

non pas à vérifier,

non pas à s’approprier,

mais à recevoir comme ces deux réalités qui nous font donner ce crédit à la vie que Dieu nous confie.

La Parole,

qui nous relie aux autres, à nous-mêmes et à Dieu,

les sacrements – baptême et sainte cène – qui nous relie à l’histoire passée et à celle en devenir.

Recevoir et accueillir ce Dieu qui se fait homme en Christ.

Sans prétention à vouloir harmoniser les esprits des humains, sans obsession à contraindre les coeurs à aimer sans limite, sans revendication à nous voir des comportements issus de la contrainte.

Les secousses que les communautés chrétiennes traversent ces temps, y compris la sainte Eglise vaudoise, sont alimentées par les désirs fous de quelques-uns qui oublient parfois ou souvent que nous avons été appelés et que nous avons reçu cette foi que Dieu a inscrit en nous.

Nous avons reçu.

Et nous recevons.

Où en êtes-vous ?

Dans les frustrations, 

ou dans la reconnaissance ?

La réponse à cette question est essentielle à votre rapport à Dieu.

Si vous êtes dans la frustration, c’est peut-être parce que vous voulez que Dieu corresponde à l’image que vous vous en faites.

Mais dans ce cas, alors vous ne serez jamais satisfait, parce que d’un désir naîtra un autre désir, d’une envie naîtra une autre envie, et pour les siècles des siècles.

Mais si vous entrez dans cette posture qui consiste à discerner et reconnaître ce que vous recevez de Dieu, alors vous ne serez jamais au bout de vos étonnements. 

Le repas de Pâques, que le Christ demande à ses disciples de préparer, symbole de cette libération d’un pouvoir coercitif symbolisé par le pharaon, s’oriente vers un temps qui redit que nous sommes réceptacles d’un amour.

Différent pour chacun, nécessaire à chacun, libérateur pour chacun.

Et c’est dans le partage du pain et du vin, que tout cela se répète, comme l’anticipation des dons à venir.

C’est ce que l’auteur de la lettre aux Hébreux a dit avec ses mots d’un autre temps et qu’il nous faut réapprendre à aimer.

Ce n’est pas par notre volonté de nous faire valoir que notre relation à Dieu s’en trouvera rendue digne.

C’est en accueillant le Christ comme celui qui brise les impostures, les frontières, les échecs pour nous conduire à Dieu.

Il est médiateur, intermédiaire, c’est-à-dire celui qui met en lien ceux qui n’ont a priori aucune raison de se rencontrer.

C’est ce que nous vivons par la sainte cène, par la participation au même pain et à la même coupe, nous voilà en lien les uns avec les autres, même avec ceux avec lesquels nous n’avons a priori aucune raison de les rencontrer.

Nous sommes en lien parce que nous recevons,

du Christ la ferme assurance que rien ne peut nous empêcher d’être reçu par Dieu,

de Dieu, cet amour immensément et intensément plus grand que ce que nous revendiquons en comprendre.

Ma grand-mère n’aura jamais su que j’ai épousé une catholique.

Reçue aussi de Dieu.

Amen.