Prédication de l’Ascension par la pasteure Sarah-Isaline Golay

Prédication de l’Ascension 2018

Marc 16.15-20 et Actes 1.6-12

Quand il faut y aller, faut y aller!

Ça y est ! Faut se lancer ! Fini le temps du maternage avec Jésus, fini le temps du disciple qui apprend, écoute, recueille, marche, mange, rit, pleure, dort et vit avec Jésus… Il faut se séparer, quitter, plonger dans la vie autrement sans le Christ. Ça y est voilà les amis de Jésus au temps de l’âge adulte.

La fête de l’Ascension, c’est la fête de la coupure, du lâcher prise, du laisser partir, de la séparation, la fête du travail à accomplir, de l’action, de la mission…

L’Ascension marque la fin de la vie terrestre et tangible de Jésus, la fin de sa présence physique auprès de ses amis. Désormais, il sera présent par son Esprit et dans la foi. Ce n’est plus le domaine de l’évidence, de la vision, mais une présence secrète et mystérieuse qui n’est reconnu que par celui qui croit.

Laisser partir, se séparer, c’est ce que nous apprenons toute notre existence, et ceci depuis notre premier souffle de nouveau-né. Hors du nid douillet du ventre maternel qu’il nous a fallu quitter pour découvrir autre chose, un autre univers fait de multiples apprentissages, de découvertes et d’échecs, nous passons notre vie entière à devoir se séparer de quelque chose ou de quelqu’un…. Cela commence par lâcher petit à petit la main qui nous aide à tenir sur nos deux pieds… le petit commence à évoluer de manière indépendante, et les parents apprennent parfois douloureusement à laisser leurs oisillons voler de leurs propres ailes, puis il y aura le temps du nid vide, sans enfants ou juste en coup de vent pour faire un bec. La vie de famille est perpétuellement rythmée par des séparations et des lâchers prise…. Sans oublier la séparation tellement douloureuse de perdre l’être aimé.

Dans notre vie personnelle aussi, nous apprenons à lâcher certains rêves, certains espoirs, quelques désirs de toute puissance, de perfection, de santé, de richesse ou reconnaissance…. Et nous nous sommes séparés au fil du temps qui passe et qui éloigne de certains amis ou connaissances…

Ce matin, le texte du livre des Actes nous relatent une de ses séparations. Jésus l’ami des disciples s’en va. Et c’est probablement douloureux pour eux, c’est la fin d’une époque, la fin d’une histoire telle qu’ils l’ont vécue jusqu’ici… la fin de quelque chose et le nez en l’air, les disciples nostalgiques ont de la peine à quitter Jésus, et à quitter ce qu’ils ont toujours connu avec lui.

Cette séparation marque l’entrée des disciples dans l’âge adulte. Ils sont appelés à devenir apôtres, annonciateurs de la Bonne Nouvelle par leurs paroles et par leurs actes. Ils sont des chrétiens adultes, responsables de cet Evangile qui leur a été transmis par Jésus. C’est à eux qu’il incombe de relayer pour notre monde ce qu’a vécu le Christ, ce qu’il a accompli pour le bonheur des hommes sur cette terre.

Ce que j’aime dans la fête de l’Ascension c’est qu’elle met en lumière en même temps la tristesse de la séparation mais aussi l’avenir qui est possible après, après la coupure….  On ne reste pas bloquer à un passé idéalisé, dans les larmes du nid vide, du manque, mais il y a un avenir possible, un demain qui sera différent d’hier, mais un demain à créer et à saisir…..

Et dans l’évangile de Marc, entendu ce matin, l’avenir est corsé, rempli de toutes sortes de missions extraordinaires, typiques du temps des premiers chrétiens, pêle-mêle, il y a les exorcismes, le parler en langues, les guérisons, les miracles, les serpents tenus dans les mains… Personnellement à la lecture de ce passage de Marc, j’ai plutôt flippé… ce n’est pas du léger, du facile, du simple qui est proposé. Je ne me vois pas du tout comme porteuse de miracles, malgré la foi qui me soutient…

Je serai plus volontiers, celle qui reste le nez en l’air à regarder le Christ s’envoler au ciel. 

Mais bon quand faut y aller, faut y aller… 

Dans l’évangile les disciples partent annoncer la Bonne Nouvelle et le Seigneur les aide dans ce travail par des miracles. Dans le livre des Actes, les disciples, ont besoin de deux anges pour leur rappeler de ne pas rester coincé au passé, mais d’aller de l’avant.. Deux éclairages différents de la fête de l’Ascension.

C’est avec ce mélange contrasté qu’il nous faut cheminer dans notre quotidien.. entre toutes nos séparations difficiles à assumer, tous les deuils à faire et refaire, à surpasser mais aussi avec toutes les reconnaissances pour les instants bénis, et en plus tout ce qui attend, demain, devant, la vie d’adulte à vivre envers et malgré tout. Auprès du Père, Jésus est monté au ciel peut-être avec tout cela, enrichi de tout ce passé vécu avec ses compagnons et laissant comme dernière offrande tout l’avenir à vivre et espérer pour ces hommes de foi que sont les disciples et il y aura l’aide de l’Esprit bientôt à Pentecôte…

La fête de l’Ascension est cette fête de l’équilibre de celui qui marche, qui a levé un pied d’hier pour marcher demain, mais qui n’a pas encore posé l’autre pied par terre, ce temps du balancier, du mouvement qui peut aussi bien aller en arrière qu’en avant, ce déséquilibre équilibré qu’il nous faut jouer au quotidien entre hier et demain, entre nostalgie et séparation, entre aventure de la mission et main à la pâte dans ce monde…

Ce matin, une seule chose peut-être à retenir de ma prédication : quand faut y aller faut y aller…

Pas forcément pour les serpents, les miracles et les guérisons, pour l’extraordinaire mais pour le tout ordinaire de nos vies, plonger comme croyant rayonnants et oser agir, dire, vivre, l’Evangile en nous et auprès de celles et ceux qui croisent nos vies… le job est là, dans nos mains ouvertes et parfois serrées, au bout de nos nez parfois en l’air parfois à terre, au creux de nos âmes parfois solaires parfois ténébreuses… 

Pas de recette miracle pour y aller.. Seulement le cœur bien accroché à celui qui est, qui était, qui vient, qui ne lâchera jamais aucune main. Francine Carrillo a écrit «…grandir n’est pas fuir, mais choisir, élire son orient, consentir au vent qui souffle où il veut. On peut se raidir sous les bourrasques, se perdre dans la rébellion, on peut aussi s’assouplir et accueillir le miracle d’être emmené sur la terre des vivants par le souffle de tout instant. »

(page 69 « Vers l’inépuisable », Francine Carrillo)

Alors que le souffle de tout instant nous donne confiance et force pour un demain à saisir et à créer, quand il faut y aller, faut y aller, plongeons donc le plus sereinement et joyeusement dans la vie ! Amen.