Prédication du 24 juin 2018 par la pasteure Sarah-Isaline Golay

Marc 4.35-41 et Esaïe 30.15-21

Silence ! Calme-toi !

Inconscience, indifférence, innocence ou confiance ?

On pourrait se poser la question du drôle de type qu’est Jésus dans cet épisode de la tempête !

Car pris dans une telle aventure, avec une barque qui menace de se renverser, avec le risque de couler et mourir… moi j’ai peur !

Jésus fait preuve ici à mon avis d’une belle inconscience voire même une indifférence pas très sympa pour ses compagnons…

Les disciples, on peut l’imaginer, doivent s’affairer entre proue et poupe pour écoper, redresser la barre, sauver l’embarcation, cela devait s’agiter dans tous les sens… mais Monsieur Jésus lui dort tranquillement sur son petit coussin…

Ni la tempête, ni le bruit des vagues ne réveillent du sommeil du juste Jésus… Seules les paroles des disciples le réveilleront, leur appel à l’aide, leur cri d’alerte… 

Et Jésus dans ce passage de Marc comme dans celui de Luc et contrairement au récit de Matthieu, agira en premier pour apaiser la tempête et ensuite enseigner ses compagnons…

Il part donc au plus pressé, à l’urgent de la situation pour fait retomber la panique, diminuer la peur, faire revenir le calme. Ensuite seulement il leur posera cette question : « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Seulement après s’être occupé du plus urgent vital, Jésus enseignera ses compagnons sur leur confiance en lui, fils de Dieu, ayant autorité sur les puissances de la nature… En fait les disciples de Jésus ne connaissent pas encore très bien qui est vraiment cet homme qu’ils ont décidé de suivre… 

Ils devront cheminer encore dans leurs apprentissage pour mieux connaître le Christ, mieux saisir qui il est vraiment fils de Dieu, Dieu lui-même…

Nous ne sommes en fait qu’au début, au chapitre 4 de l’Evangile, les aventures ne font que commencer et seront toujours source d’enseignement pour ses hommes en chemin…

Le récit de la tempête apaisée pour nous c’est du connu, du joli romanesque pour parler de Jésus aux enfants, un Jésus super fort qui peut tout faire… 

Pourtant ce récit nous interroge sur nos peurs profondes et pose pas mal de questionnements…

Au soir de la journée, Jésus décide de passer sur l’autre rive du lac, bizarre comme décision, on ne partait pas sur l’eau la nuit tombée, c’est prendre un risque, c’est naviguer dans la nuit, s’est se risquer vers l’inconnu…

Comme au soir de nos journées, quand nos doutes et nos peurs refont surface, que nous projetons l’avenir avec toutes nos craintes du pire…que nous embarquons pour la nuit avec toute sa cohorte de soupirs du jour passé, de craintes de demain, et qu’il faut laisser au corps le soin de récupérer, donc abandonner notre maîtrise, se laisser aller, s’en remettre à l’inconscient.. 

Sur la barque Jésus dort la tête appuyée sur un coussin, nous aussi nous aimerions poser sur le coussin nos têtes trop pleines, trop stressées, trop remplies de tout, sombrer dans une certaine inconscience ou une certaine indifférence, que je dorme ou sois réveillé cela ne va rien changer au monde et à ce qui doit arriver, la vie se déroulera, les tempêtes passeront… sur le coussin du détachement au courant du monde, il ferait peut-être bon poser sa tête !

Au cœur de la tempête Jésus ne se réveille pas, peut-être a-t-il simplement confiance, confiance en ses amis qui arriveront à se débrouiller, confiance dans le potentiel de survie de l’être humain qui se démènera pour s’en sortir, confiance que tout finira bien… 

Jésus n’interviendra pas à moins qu’on le lui demande…  Tant que les disciples seront agrippés à leurs peurs, agités à s’en sortir par eux-mêmes, tant qu’ils iront de droite et de gauche pour écoper, se sauver, survivre sans lui, alors il restera endormi sur le coussin…

Ce n’est qu’à leurs voix, leurs appels à l’aide que le Seigneur agira avec toute puissance et restaurera le calme dans la barque.

Ce récit nous interroge sur nos peurs paralysantes ou agitées, celles qui nous clouent sur place ou celles qui nous font nous activer frénétiquement pour s’en sortir… 

Dans toutes nos peurs, où est le Seigneur ? Ou est notre foi en lui ?

La peur la plus profonde de l’homme c’est la perte, perdre sa vie, perdre sa dignité, perdre la maîtrise de son existence, perdre…. Ne plus avoir, ne plus posséder, ne plus pouvoir manier la barre de nos barques comme nous l’entendons…

Alors le texte de ce matin nous encourage à crier au Seigneur : « Cela ne te fait-il rien que nous soyons au bord de la mort ? Cela ne te fait-il rien que nous soyons au pire de la tempête de nos vies ? Cela ne te fait-il rien que nous soyons dans la détresse qui nous fait sombrer ? »

Ces paroles peuvent être un peu dures à dire et à entendre mais nous avons peut-être besoin de réveiller Dieu au cœur de nos peurs les plus profondes pour qu’il nous en sauve, pour qu’il agisse avec puissance sur nous et nous enseigne avec fermeté à ne pas sombrer, à ne pas chavirer dans la tempête de nos ténèbres.

Si Jésus dit à la tempête : « Silence ! Calme-toi ! » 

On peut penser qu’il a cette parole pleine d’autorité aussi pour nous : Le Seigneur pourrait nous dire : « rien ne sert de t’agiter, de te laisser sombrer dans les angoisses, calme-toi ! Regarde-moi, réveille-moi et reviens à la confiance que tu as en moi ton Dieu quand tout va bien…. Voilà que tout va mal, fais-moi donc un peu confiance, regarde ta petite foi et apprends !

Ne laisse pas tes terreurs prendre le dessus de ta vie. Ne laisse pas l’angoisse t’engloutir ! Fais silence, calme-toi et écoute-moi ! Je ne quitte pas la barque de ta vie, je suis toujours là, réveille-moi pour que je puisse prendre la barre en main, pour que je puisse te guider et te sauver… »

Alors le vent tomba et il y eut un grand calme…

Je nous souhaite de pouvoir vivre ce calme là au cœur de toutes les tempêtes que nous avons à traverser. Je nous souhaite de poser sur l’oreiller nos craintes et nos doutes, je nous souhaite de réveiller le Seigneur pour qu’il prenne la barre de nos vies en main, je souhaite qu’il continue à nous enseigner avec fermeté et amour à avoir toujours plus confiance en lui de jour comme de nuit, sur une rive ou sur l’autre, dans la barque ou sur la terre ferme… 

Amen.