Prédication du 4 novembre 2018 à 18 h par le pasteur Virgile Rochat

Message adressé aux participants de la prière de Taizé du 4 novembre 2018, 18h. à la cathédrale de Lausanne.

Marc 12, 28-34

Un scribe, c’est-à-dire un lettré, un théologien de l’époque s’approche de Jésus et lui pose une question : quel est le premier de tous les commandements ? Le plus important. Poser cette question, ce n’est pas faire une classification juridique, c’est poser la question centrale du sens de la vie. Quelles sont les valeurs de base sur lesquelles fonder sa vie. Qu’est-ce qu’une vie juste, une vie digne et belle. Pourquoi s’engager, voir se battre ?

C’est nos questions, je l’espère. Et si c’est pas le cas, cela vaut la peine de commencer à y penser…  

  

Et Jésus de répondre non pas immédiatement énonçant une loi, un commandement, un ordre, mais en posant un verbe, un mot tout simple qu’on utilise tous les jours : Écoute. Ouvre tes oreilles, laisse entrer avec attention une parole, un message, un sens. Il ne dit pas « entends » ce qui peut être passif. Ecouter c’est une action : tendre l’oreille, se mettre en situation de réceptivité.

Ecoute Israël. Israël est bien le peuple de Dieu, mais c’est bon de se souvenir que l’étymologie du mot Israël c’est : « qui lutte avec Dieu » (ça vient de l’histoire de Jacob avec l’ange). Qui lutte avec Dieu… Comme nous finalement, qui luttons avec le doute, avec des épreuves… Ecoute,  Important donc de bien se mettre en situation, car nous sommes nous aussi des personnes qui luttent avec Dieu : doutes, épreuves, incompréhensions, révoltes…  

Ecoute Israël le seigneur est un.  Est « un ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

C’est ici de monothéismes dont il est question. Le monothéisme est parfois reçu comme un vilain mot, la source des violences et de l’intolérance… (le danger existe).

Mais rien de tout cela en vérité, l’unité de Dieu, l’unicité de Dieu pour nous chrétiens, c’est la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Le Père qui aime le fils dans l’Esprit…

 Ca veut dire que Dieu lui-même est une communion d’amour le père et le fils dans l’esprit c’est une boule d’amour, une énergie incommensurable d’amour ! c’est ça que veut dire que Dieu est UN !

Et Jésus de continuer après ce préambule, et de donner le commandement « tu aimeras le seigneur ton Dieu ». Ton Dieu, celui auquel tu fais confiance, celui avec lequel tu as une relation personnelle, celui à qui tu dis « Tu » et qui te parle.

De tout ton cœur. Le cœur dans la tradition hébraïque et le lieu de la volonté, du discernement, l’être intérieur… 

de toute ton âme. Dans la tradition hébreue, c’est le souffle de vie (la Ruach) qui nous anime (anima = âme) 

De toute ta pensée, ça mobilise la réflexion consciente, la raison… et c’est important, la raison ! 

 et de toute ta force, la dimension corporelle, la dimension de l’action. L’amour n’est rien s’il ne se concrétise.

Et Jésus de continuer sur la lancée, en « même temps », comme dirait quelqu’un : « et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Manière de dire de la même manière que tu t’occupes de toi, fais-le à l’autre, ou mieux dit : « fais lui ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi ! (la règle d’or).

 

Voilà le double commandement…

Mais tout aussitôt se pose une question : une question assez énorme, une objection même :

Peut-on commander à aimer ? peut-on enjoindre quelqu’un à l’amour : lui dire : « Aime moi ! » A cette question la réponse est non. On l’amour ne se commande pas !

Alors comment Jésus peut-il donner ce double commandement ? 

Si vous m’avez suivi, vous avez remarqué que Jésus ne commence pas par le commandement, il comment par « Ecoute » le Seigneur est UN, il est entièrement amour. Et parce qu’il est amour et que c’est ton Dieu, alors tu peux aimer..

(rappel de : « je suis l’éternel ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte. A l’origine des 10 commandements, il y a la libération de l’esclavage…)

Cette communication d’amour est présente dans la matérialité du texte par l’usage du futur. il n’est pas dit : « aime ! », à l’impératif, mais tu aimeras, au futur.

Si tu es en communion avec moi, la source de l’amour, alors, comme une conséquence, tu aimeras. Ca coule de source

Extraordinaire !

Quand on sait que pour aimer il faut être aimé…

On est dans la vie !

Et aimer notre prochain, c’est aimer les humains, bien sûr, les aimer eux, mais c’est aussi aimer les conditions qui lui permettent de vivre et de s’épanouir. C’est aimer ses conditions de vie, c’est porter attention à la nature, à la création, aux animaux, au végétaux, au minéraux… c’est veiller à la biodiversité. C’est très important de le dire à notre époque où plus rien n’est respecté, où tout est exploité, et où on hypothèque l’avenir même des conditions de vie sur la terre…

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Revenons à notre question inaugurale : « quel est le premier de tous les commandements « ? quelle est la question centrale de la vie. Quelles sont les valeurs de base sur lesquelles la fonder.. Pourquoi s’engager, voir se battre ?

Vous l’avez compris, c’est l’amour !

Si vous entendez cela et que vous fondez votre vie sur cela, alors Jésus pourra vous dire à vous aussi : « en vérité tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » !

AMEN