Prédication du Nouvel-An 2019 par le pasteur André Joly

Prédication du jour de l’an 2019

Après les embrassades du 1er de l’an, les voeux de santé, de prospérité, de beaux projets et de bonheurs incontestés, il y a ce petit moment que l’on garde généralement pour soi et qu’on veut le plus court possible, qui se résume en ces quelques mots: mais qu’est-ce qui va bien nous tomber sur la tête en 2019 ?

On sait qu’on ne va pas passer entre certaines gouttes:

l’augmentation des primes d’assurance-maladie, les impôts, les travaux en ville de Lausanne,

mais aussi la fête des Vignerons, le renouvellement du Conseil d’Etat, le 2019 qui sera moins bon que le 2018, mais qu’on boira quand même.

Pour le reste, merci de bien vouloir vous référer au Messager boiteux qui vous dira tout.

Mais pour l’autre reste, il y aura forcément des changements. Vous y avez pensé ? Vous les avez planifiés ? 

Nous nous tenons face à cette nouvelle année comme face à une inconnue. Bien sûr nous nous souhaitons le meilleur et nous allons tout faire pour que ça joue au mieux, mais nous pensons au temps qui est devant nous  comme à une carte de Tribolo, on ne sait pas ce qu’il y a derrière, mais on va gratter quand même en espérant que la chance sera de notre côté.

Mais la valse entre espoirs et angoisses va s’inviter, c’est sûr.

On est comme ça, on ne se refait pas. On a tellement besoin de savoir, de maîtriser, de planifier.

Et on investit de soi, en soi, pour que ça aille au mieux,

en se rassurant avec cette phrase définitive:

« Tant qu’on a la santé ! »

Tant qu’on a la santé…on a quoi ?

On a le moral ?

On a des perspectives ?

On n’a pas à se plaindre ?

Il y aura quelques échéances, c’est sûr. Mais pour le reste….

Pour le reste du temps, c’est vrai, la Bible en parle avec des mots parfois angoissants, la fin des temps sera comme une secouée météo avec des événements incroyables à l’oeil humain, mais la fin des temps en 2019 ?

Vous n’y pensez pas ! 

La Bible, toujours elle, s’intéresse au temps présent, comme si l’éternité se donnait dans ces instants un peu fuyants et qui devront nous échapper bientôt. 

Le temps est capricieux, il passe trop vite, ou trop lentement, trop dur ou tellement doux. 

Mais il est comme le viatique dont nous ne pouvons pas nous séparer. 

 

Pour la Bible, ce qui est au coeur du récit, ce sont d’abord les circonstances, les événements, les joies et les bonheurs, les batailles et les galères qui traversent nos chemins, et ce que nous en faisons.

Le peuple juif se trouve dans une situation particulière du temps de Moïse, en errance depuis longtemps, en quête de racines, de terre promise, de changements, et surtout en marche dans un milieu peu accueillant, et les bergers sont mis en route grâce aux facteurs célestes qui les mettent en mouvement, en route, en déplacement. 

Ces événements, et mille autres, vont constituer la marque de l’histoire de Dieu avec les hommes. Il y aura des repères, des cérémonies religieuses, des cantiques et des histoires, des rencontres et des paroles, et c’est tout cela qui va habiter le temps.

Des paroles.

Qui nous relient les uns aux autres, et à Dieu.

Nos paroles. 

J’ai entendu tellement de paroles, de celles qui apaisent, qui encouragent, qui relèvent, qui signifient l’affection, la solidarité, la présence.

J’en ai aussi entendues qui jugent, qui rabaissent, qui méprisent. Et 2018 n’en a pas manqué.

Au premier jour de l’an, Dieu nous offre une perspective nouvelle, parce que toujours à renouveler, en nous proposant des comportements, des attentions, des postures différentes de l’ordinaire.

En plein projet de fixation des règles religieuses pour la communauté – le sanctuaire, le célibat, les lampes entourant l’arche, la consommation de viande, c’est-à-dire le quotidien, Dieu s’adresse à Moïse comme pour le rappeler au coeur de la vocation humaine: la bénédiction.

Au milieu des contingences, Dieu rappelle ce qui fonde toute chose: la bonté.

La bénédiction est le signe de la bonté de Dieu. Ce n’est pas une parole pieuse anti-douleur, mais un engagement de Dieu. Et cette bénédiction produit ce qu’elle dit. Elle transforme concrètement celui ou celle qui la reçoit.

Mais la bénédiction, comme la déclaration d’amour n’est pas un vaccin administré une foi pour toutes. A la manière de ce Vaudois à qui un pasteur demandait quand il avait dit à son épouse qu’il l’aimait. Et lui de répondre: « Ben, c’était mon mariage. Et donc, elle doit le savoir, que je l’aime ».

Nous nous nous nourrissons tous les jours, et tous les jours aussi nous avons besoin de nourriture pour notre esprit, pour  notre âme, pour notre propre image, pour évoluer paisiblement dans notre communauté.

Nous avons besoin de bénédictions pour renoncer au jugement, à la critique, à l’exclusion. 

Nous avons besoin de bénédictions pour nous permettre de continuer à vivre dans un monde dont il nous est dit qu’il va à sa perte.

Nous avons besoin de bénédictions pour poursuivre notre histoire avec notre conjoint, avec nos enfants, avec nos amis et notre entourage.

Nous avons besoin de bénédictions pour croire que le temps qui vient fasse sens, malgré tout ce qu’on nous bombarde de menaces, de reculs, de catastrophes.

La bénédiction n’est pas une coquetterie religieuse, comme la cerise sur le gâteau qui décorera notre vie de foi.

La bénédiction est constitutive de notre vie en Dieu et avec les autres.

Et la bénédiction va nourrir la louange.

Luc ne nous parle pas de la condition sociale des bergers, mais il raconte que Dieu s’insinue dans leur histoire pour leur faire découvrir qu’ils ont reçu un Sauveur.

Un enfant qui leur permet de croire qu’ils ne sont ni abandonnés, ni oubliés, ni rejetés, mais qu’avec cet enfant, Dieu se fait tout proche d’eux.

A Noël, Dieu s’est fait humain, il a mis pied à terre parce que nos histoires sont précieuses pour lui et qu’aucune d’elles ne doit être rejetées.

Voilà ce qui les pousse à la louange, parce qu’ils se sentent bénis.

Que ferons-nous de l’année nouvelle  ?

Nous la découvrirons au fil des jours. Et nous serons confrontés à des défis pour sûr.

Mais aujourd’hui, je nous laisse ces paroles que Dieu a transmises à Moïse, et qu’il nous demande d’offrir à d’autres:

Que le Seigneur vous bénisse et vous protège !

Que le Seigneur vous regarde avec bonté et vous accueille favorablement!

Que le Seigneur vous manifeste sa bienveillance et vous accorde sa paix ! 

Alors très bonne année !

Amen