Prédication veillée de Noël 2018 par le pasteur André Joly

Prédication veille de Noël 2018

Je discutais l’autre jour avec un quadra sur les bienfaits, et les limites de Facebook, et ces moyens de communication qui permettent à des artistes ou des sportifs de partager avec des millions de followers leurs états d’âme, leur vie sentimentale, leurs achats ou leurs projets.

Quelques-uns d’entre nous utilisons ces réseaux sociaux pour communiquer, pour le meilleur et le moins bon. Mais au-delà de cela, nous appartenons tous à des communautés, en plein ou en creux d’ailleurs.

Nous avons des cartes Cumulus ou Supercard, nous sommes affiliés à des associations, des partis politiques ou des syndicats, nous chantons dans un choeur, nous faisons partie du Club alpin, certains même se reconnaissent dans une communauté spirituelle et quelques-uns se sentent concernés par des solidarités de partages et de soutien.

Mais il y a d’autres communautés constituées de personnes qui n’ont pas choisi d’en être: les exclus, les marginalisés, les laissés-pour-compte.

A côté de cette grande communauté des malades, des personnes résidant en maisons de retraite.

Nous appartenons tous à une communauté, parfois sans nous en rendre compte: nous consommons, nous voyageons, et même, nous payons des impôts. Si, si.

Et aujourd’hui, nous avons décidé de faire partie de cette petite communauté de personnes qui avons décidé de vivre un temps ensemble à l’occasion de la fête de Noël.

Sans carte de fidélité, sans compte Facebook, sans passeport.

Mais nous y avons été préparés. Impossible de passer à côté. On s’y est tous mis. Partout. Et de mille manières. Lumières, musiques, achats, ça mobilise. Ça électrise ! Ça vous met aussi une pression.

A propos de pression, je me suis toujours demandé comment ce jeune couple de fiancés devait vivre: une jeune fille vierge enceinte. C’est plus qu’un oxymore, c’est une réalité inconcevable pour la société de l’époque. On se marie, et ensuite on fait un bébé. Mais quand on attend un bébé sans avoir fait la chose.

Sans avoir fait la chose !

Ça vous marginalise !

Ça vous exclut de la grande communauté sociale et religieuse de l’époque. Pire: ça pouvait entraîner la mort.

C’était pas Noël pour tout le monde.

Déjà.

Dieu fait problème, avant même de pousser son premier cri.

Dieu fait problème. 

Probablement au jeune couple.

Très certainement à leur communauté.

Mais Joseph est un sage. Il ne lâche rien.

Le recensement est convoqué. Il y répondra. Même s’il faut se déplacer et marcher une petite huitaine avec une femme enceinte qui a entendu cette phrase improbable de la part de l’ange Gabriel: «Rien n’est impossible à Dieu ».

Il croit encore à une intégration possible, à un retour en communauté avec sa fiancée et l’enfant qui doit naître.

Mais les choses ne se passent pas comme il avait pensé:

– souvent les événements surviennent au moment où ils sont le moins invités –

sa famille se voit repoussé à l’extérieur des murs. Les migrants sont presque toujours repoussés à l’extérieur d’endroits qui pourraient assurer une certaine forme de sécurité. Comme beaucoup d’entre nous qui traversons des épreuves qui nous font craindre la perte de tous les repères capables de nous tenir droits et de continuer à vivre en communauté.

Dieu fait problème et se voit repoussé hors les murs.

Ça ne pouvait pas commencer plus mal.

Et au coeur de ce désordre, Dieu naît en la personne de Jésus.

Au coeur de notre désordre, Dieu naît.

Je sais, dit ainsi, c’est un peu massif. Mais s’il avait fallu qu’il naquît (oui, qu’il naquît) dans le confort d’un pouvoir, celui de la tradition, de la sécurité religieuse, cela aurait certainement été rendu possible.

Noël, Natale, naissance.

Dieu naît parmi nous – sinon ce moment ne serait qu’une simple veillée de contes, 

et Dieu naît en nous.

La question en a déstabilisé plus d’un, y compris quelque grand spirituel qui ne comprenait pas que notre relation à Dieu pouvait être comparable à la manière dont nous le laissons naître en nous.

Certains pensent que l’Eglise est la seule maternité capable de donner quelques soins adéquats au bébé;

d’autres pensent que l’Eglise est la maternité où il y a le plus d’erreurs spirituelles.

Certains croient qu’il ne faut jamais changer de maternité, puisqu’ils ont les dossiers, d’autres sont convaincus qu’il ne faut pas mourir idiots et qu’un peu de changement d’air leur ferait pas de mal.

Mais de quoi parle-t-on ?

Des décorations, des cadeaux, des repas ?

Nous parlons de ces réalités qui naissent en nous et qui nous désignent l’essentiel. Vous savez, ce qui nous relie à nous-mêmes, aux autres et à plus grand que nous. 

Vous êtes venus ce soir avec ce qu’il y a de plus précieux en vous: cette conviction, ou ce pressentiment, que nous sommes précédés par une vie qui nous porte et qui ne cesse de se déployer pour envisager la suite du chemin.

Et je suis là pour réaffirmer que Dieu naît en nous comme il naît au monde totalement désarmé, sans prétention, sans autre autorité que la place que nous voulons lui accorder.

Même si ce n’est qu’une grotte sombre, même si nous le regardons de loin, même si nous l’attendons avec impatience.

Même si….

Même si le monde n’en veut pas. Occupé à faire l’inventaire de ses stocks, à planifier ses prochains investissements ou à construire des murs qui ne le protègeront pas de ses angoisses et de ses peurs.

Vous souvenez-vous de ce qui est né de beau en vous ? Et qui grandit en vous aujourd’hui ?

Refaire connaissance.

Refaire co-naissance ensemble. 

C’est le projet de vie de Dieu pour notre temps, comme pour celui d’il y a 20 siècles. Devenir solidaires de ce que les hommes vivent, jusqu’à traverser nos exclusions, nos mises à l’écart, et nos auberges trop pleines.

Mais Noël ce n’est pas que cela, c’est aussi la promesse de voir quelques-uns se réjouir, des savants et des bergers, des gens simples et des gens riches, des gens à l’éducation poussée et des gens qui sont si peu considérés,

et ce sera aussi autour de nos tables la place de nos aînés, et celle de nos plus petits, de nos porteurs de projets et de ceux qui aimeraient plus de calme dans leurs tempêtes.

Avec tout ce que chacun porte d’histoire en elle ou en lui.

Dieu sera aussi là. 

Parce que vous l’aurez invité.

Ou parce qu’il se sera invité.

Il se fera discret, mais sera présent dans vos regards, vos sourires, et dans cette part indicible et tellement réelle de votre coeur.

Amen