Prédication du matin de Noël 2018 par le pasteur Virgile Rochat

MATIN DE NOEL 2018

« Je crois en Jésus Christ, son Fils unique, conçu du Saint Esprit et né de la vierge Marie ».

C’est ainsi que commence le deuxième article de notre crédo, du symbole des apôtres.

Née de la vierge Marie. Né d’une vierge… 

Vierge.

Voilà bien un aspect de la foi chrétienne qui ne revêt pas une unanimité… unanime. 

Naître d’une vierge, c’est impossible. Un garçon, en plus…    

Remarquez au passage, que ce n’est guère plus impossible que de ressusciter un mort… mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui.

Né de la vierge Marie donc. Ca passe mal, c’est trop pour nos esprits cartésiens, et bien souvent, si nous sommes chrétiens, nous en faisons un non-sujet (et nous nous disons intérieurement, que la fécondation ait passé pas Joseph ne nous dérange pas plus que cela).
Libre à nous… mais il faut toujours savoir que, avec la Bible, quand un texte résiste, quand quelque chose est exagéré de notre point de vue, il y a toujours un message extrêmement intéressant qui s’y cache, quelque chose qui ne nous vient pas à l’esprit spontanément et qui, précisément, peut amener du neuf (amener du neuf, notons cela !)

Bon.

La naissance virginale, qu’on le veuille ou non, fait partie des dogmes chrétiens, c’est-à-dire une formulation, une mise en mots d’une vérité spirituelle. 

Comme tout dogme, on peut le recevoir comme tel, comme vérité à croire d’en haut… 

Mais on peut aussi le voir comme l’expression d’un désir, d’une attente, d’un besoin profond, peu conscient, mais intensément désirable.

Et ça change tout ! 

En d’autres termes, de quoi la naissance virginale est-elle le nom ?

Si nous n’avons pas sombré dans le nihilisme, le cynisme ou le fatalisme (et votre présence ici ce matin témoigne que ce n’est pas votre cas), la naissance virginale peut être reçue comme l’expression d’une attente fondamentale qui nous habite tous en tant qu’êtres humains.

Un besoin d’une origine pure, vierge, sans taches, un besoin d’une origine limpide, d’une certaine manière d’une page blanche, ou en tous cas non grevée de mille hypothèques et servitudes, non chargée de vielles casseroles

Cette nostalgie de pureté s’exprime la plupart du temps secrètement de diverses manières : pour l’adolescent : « ah si j’avais pas ces parent-là », pour les parents : « ah si j’avais pas ces parents-là… » (hi hi), pour le patron d’entreprise : « ah si l’équipe d’avant avait pris la bonne décision à temps ». Pour le politicien : « c’est mon prédécesseur qui nous a mis dans cette situation… » Pour le patient dans le cabinet du psy : « ah ! si j’avais été aimé quand j’étais petit… »

Cette page blanche secrètement désirée, c’est quelque part une aspiration à pouvoir devenir nous-même sans être sans cesse freinés, entravés par tout ce qui nous tire vers le bas… A pouvoir cesser de reproduire névrotiquement le passé, se réaliser soi-même, être libre, trouver le bonheur et le partager autour de nous (ce que globalement nous promettent les programmes de « développement personnel »).

Or nous le savons bien, quand nous venons au monde, nous sommes tout sauf une page blanche, des milliers de choses y sont inscrites, nos gènes, notre hérédité psychologique, notre milieu social, et tant d’autre choses encore… 

Tout cela n’est bien sûr pas négatif en soi, mais traîne, charrie des gravats dont on se passerait bien (et les psychologues qui sont ici le savent bien puisque c’est la matière de la psychothérapie d’y voir clair)…

D’une certaine manière, nous sommes des palimpsestes. Les palimpsestes sont de manuscrits écrits sur des support qui ont déjà été utilisé une fois auparavant, papyrus ou vélins et dont l’écriture de dessous (pourtant effacée) interfère avec celle que nous voulons y inscrire… 

En sommes-nous prisonniers ?

La réponse serait oui si, précisément, il n’y avait pas eu Noël ! 

La force, la beauté, la puissance de la foi chrétienne, c’est d’apporter du nouveau, de la virginité, du possible !

Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’oeil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment.10Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.…

C’est de sortir des chemins battus, des cercles vicieux, de la mort… 

C’est quelque part virtuellement, potentiellement, possiblement pour nous la fin de cette grande histoire de malheur dont les premières pages de la Genèse nous parlent. Inaugurée au jardin d’Eden, avec le fameux mythe de la chute où Adam et Eve, sont l’image de l’humanité qui se précipite dans la difficulté. Difficulté qui ne cesse de se reproduire au cours des temps. 

Structure de malheur qu’on nomme faute de mieux « péché originel », cette réalité souvent mal comprise qui ne fait que décrire la situation comme elle est. Situation qui empoisonne nos existences (et qui exprime tous ces gravats et casseroles dont j’ai parlé) le voici comme effacé, déjà à la crèche,

Ce n’est pas pour rien que Jésus représente le Nouvel Adam, celui qui recrée le monde sans le péché. Ce n’est pas pour rien que Marie est la nouvelle Eve qui précisément, vient non plus croquer le fruit, mais donner son fruit de salut au monde…

La présence des boules sur nos sapins rappelle à la fois le funeste événement et sa rédemption. L’arbre de la connaissance et le fruit croqué subsumé à Bethléhem…

Et cette possibilité d’une pure origine ne débouche pas sur une volonté de toute puissance que rien ne pourrait freiner, elle nous communique notre divine origine. Conçu du St Esprit signifie qu’en lui nous pouvons retrouver la part divine qui git en chacun de nous… 

Et ainsi peu à peu ressemble toujours plus à ce Jésus des Evangiles dont l’humanité est d’une telle beauté qu’elle est en mesure de transfigurer le monde, de lui redonner une virginité , de le donner sa dimension divine.

Vous voyez, je l’espère, un peu mieux, l’impact existentiel de ce dogme de la virginité de Marie (dogme qui. Au passage a été encore renforcé dans la tradition catholique romaine et affirmant que Marie elle aussi était née sans péché, l’immaculée conception fêtée le 8 décembre… qui, qu’on le partage ou non redouble encore ce désir de pureté).

Mais voilà, vous me direz peut-être comme Marie disait à l’ange venu lui annoncer la nouvelle qu’elle serait enceinte : Comment cela est-il possible ?   

Oui, comment cela est-il possible ? 

Vous aurez peut-être remarqué que je n’ai fait aucune différence entre Jésus et nous tout au long de la prédication.

Par la foi, tout est impliqué et c’est Jésus qui vient lui-même en nous pour accomplir son œuvre de salut…   

Cette naissance virginale et spirituelle s’opère mystérieusement en nous par la foi, il suffit de la de la laisser naître en nous…

Notre foi est un processus de naissances successives jusqu’à la fin de notre parcours terrestre avant de naître au ciel 

Amen