Prédication du 28 juillet 2019 par le pasteur André Joly

Prédication du 28 juillet 2019 autour de Luc 12, 13 à 21: parabole du riche insensé.

Tout est parti de cette magnifique armoire vaudoise qui trônait dans le salon depuis plus de 60 ans et qui était devenue l’objet du désir secret des deux enfants. A la mort de leur mère,  la situation a explosé. Chacun la voulait expressément, et leur conjoint ne se privait pas de rajouter un peu d’huile sur le feu. Juste ce qu’il faut pour garder la flamme.

Les histoires d’héritage ne manquent pas. Et vous en avez tous une à raconter, de celle qui ont fait exploser les relations au prétexte que certains ont besoin de quelques biens matériels pour être reconnus, respectés. Et les choses deviennent particulièrement difficiles quand les élémentaires répartitions légales ne sont même pas respectées.

Mais enfin, la loi, c’est la loi. 

Et puisqu’on ne peut pas se faire entendre, alors consultons l’autorité qui fait autorité. Pour cet homme, ce devait être Jésus, qu’il avait entendu répondre aux intellectuels et aux légistes de l’époque en leur rappelant la loi voulue par Dieu et qui n’est en aucun cas ajustable.

Le sentiment d’être une victime.

On peut se débrouiller tout seul, on n’a besoin ni de Dieu ni de ses saints, mais quand les situations deviennent intenables, inextricables, alors il faut bien l’autorité extérieure, objective, indiscutable pour remettre les choses d’équerre.

Au fond, Jésus serait le livret ETI des situations victimaires. 

Nous avons tous été victimes un jour ou l’autre: des railleries à l’école, des mépris, des injures, des rejets, des jalousies.

A des degrés divers.

A des intensités variables.

A des circonstances particulières.

Alors Jésus répond par une histoire.

Comme il aime tant le faire.

C’est d’abord l’histoire d’une réussite éclatante.

Le vernis est magnifique. Extérieurement cette situation ne peut que forcer l’admiration.

L’abondance, dont cet homme n’est que très partiellement responsable, mais dont il bénéficie sans état d’âme,

l’abondance l’aspire dans une inflation hypnotisante. Il faut s’agrandir, amasser les biens, construire, et se regarder vivre dans le plaisir pour éviter la souffrance. 

Plus il a, mieux il croit se sentir heureux.

Jésus n’a jamais condamné la richesse, ni d’ailleurs le reste de la Bible. C’est un signe de la bénédiction de Dieu, mais pas une condition, et encore moins une conséquence. Je suis riche donc j’ai droit à la bénédiction.

Mais ce qui intéresse Jésus, c’est l’usage que cet homme va en faire. Parce qu’au bout du compte, c’est une question de vie ou de mort. 

Pour Dieu, tout est question de vie ou de mort: pas seulement biologique, mais d’abord relationnelle, communautaire.

La croissance, et par elle l’accumulation de richesses s’inscrit dans le plan divin: connaissances, découvertes scientifiques, médicales, technologiques, culturelles. Les hommes éclairés nous rappellent sans cesse que notre terre a de quoi nourrir toute sa population, mais qu’au gré des dilapidations et des excès de quelques-uns, elle se trouve dans des déséquilibres inacceptables. Les richesses, instrumentalisées par quelques-uns, érigent des murs, de béton ou de grillage, des murs administratifs, croyant ainsi mettre ses biens à l’abri, mais qui créent en réalité des bombes à retardement qui, un jour ou l’autre, leur sauteront à la figure.

La question est donc bien de savoir: au profit et au service de qui sommes-nous prêts à mettre à disposition notre richesse. Ce que Jésus condamne, ce n’est pas de recevoir un héritage, ni de devenir riche, mais bien l’accumulation pour soi. De confondre l’objectif et les moyens.

Notre société est assez douée pour trouver les moyens de devenir riche: nous avons développé des connaissances, des astuces et des trucs pour vivre mieux, nous sommes tous au bénéfice d’un héritage que nous sommes tentés de confisquer pour nous seuls.

Or, l’alternative du Christ est claire: soit nous nous replions sur nous-mêmes, nous nous enfermons dans nos greniers, et donc nous mourrons dans notre sommeil, sans nous en rendre compte, soit nous nous mettons à inventer des manières d’être au monde qui nous font intégrer les autres.

En qualifiant ce riche d’insensé, Jésus ne fait que mettre le doigt sur une réalité incontournable: la recherche de sens. L’insensé est celui qui a perdu le sens, le mouvement, la direction, la raison d’être au monde. 

Il a perdu le sens parce que tout se focalise sur lui. Réécoutez maintenant ces deux versets et identifiez ce centrage sur lui seul:

Voici ce que je vais faire: je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y amasserai tout mon blé et tous mes autres biens. Je me dirai ensuite à moi-même: Mon cher, tu as des biens en abondance pour de nombreuses années; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi.

En deux versets, il n’y a pas moins de douze fois la première personne. Cet homme ne pense ni à Dieu ni aux autres. Cet homme pense à lui.

C’est bien là tout l’enjeu de nos histoires. Nous pensons qu’en capitalisant nous pourrons nous en sortir et ainsi jouir de la vie. Ne nous focalisons pas sur l’argent uniquement, mais sur les objectifs.

Le vertige de cet homme est de croire que l’accumulation sera une façon de maîtriser le temps. Son succès l’enivre de projets, de rêves, qui, pense-t-il, devront le porter longtemps.

Quels sont les objectifs de notre existence ?

Chacun répondra à cette question.

Si nous relisons attentivement cette histoire, il n’y a aucune proposition du Christ au sujet de notre richesse aux yeux de Dieu. Nous avons le champ libre.

Le champ libre.

Qu’on ne vienne pas me dire que le christianisme est le chantre de l’aliénation des personnes.

Le Christ est le chantre de la liberté.

D’une liberté constructive, ouverte sur les autres, et qui partage.

Avons-nous besoin d’une posologie pour créer, imaginer, inventer un projet de vie qui refuse de se terrer dans les sous-sols de notre possessions? 

Nous avons tout en nos mains pour que chacun puisse se sentir reconnu, et au bénéfice du même héritage.

D’un héritage qui partage,

parce que nous avons tout reçu par grâce.

Ne  nous cachons pas derrière nos angoisses nourries par des questions de droit en convoquant le Christ au service de notre bon droit.

Rappelons-nous que notre véritable sécurité ne peut se trouver qu’en Dieu.

Cela, non seulement permet, mais aussi invite à toutes les audaces.

Et là où il y a des hommes, il y a des comportements à inventer, à ouvrir, à nourrir, et à fêter.

Amen