Prédication du 22 décembre

Dieu ne peut se passer de nous. Il nous réquisitionne, chacune, chacun. Car hier comme aujourd’hui, Jésus-Christ, qui est né pour nous, ne naîtra pas sans nous.

D’après Matthieu 1 : 18 à 25  / et commentaire de Daniel Marguerat

       

 

Joseph est souvent le grand oublié de nos fêtes de Noël. Et ce n’est pas si étonnant que cela ; parce que, dans le fond, on ne sait pas très bien quel rôle lui donner.

Si vous êtes de celles et ceux qui ont sorti une crèche ces derniers jours, vous avez peut-être revécu ce sentiment bizarre. Dans la mise en scène, on commence souvent par poser la mangeoire et l’enfant Jésus au milieu de la crèche car ils sont au centre de l’attention.

Vient ensuite Marie, adossée à la mangeoire, au plus près de son fils.

Les légendes populaires nous font très vite poser le bœuf et l’âne tout près aussi… puisque leurs souffles unis réchauffent l’enfant.

Les bergers, que l’on place à la queue leu leu car ils sont en chemin, arrivent les premiers ; suivent les mages.

Et quand Joseph atterrit au creux de notre main, on le glisse à côté de Marie parce que ça nous paraît logique… Mais ce n’est pas une évidence dictée par le rôle qu’on lui reconnaît.

D’ailleurs, peut-être l’avez-vous remarqué, très souvent dans les tableaux de la Nativité, Joseph a un visage sans expression, comme s’il ne comprenait pas ce qu’il se passait. Et sur les icônes orthodoxes, il tourne généralement le dos à la scène en se grattant la tête.

Et pourtant, même si on ne sait pas trop qu’en faire dans nos représentations, Joseph est bien plus qu’un figurant dont l’histoire aurait pu se passer. La visitation de l’ange dont Matthieu se fait l’écho en est un signe.

Au moment de cette visite, imaginez que Joseph était en plein désarroi. Sa fiancée se retrouve enceinte, avant le mariage, d’un autre que lui. Selon la loi juive de l’époque, il devait la répudier. Secrètement s’il voulait lui garder la vie sauve. Au tribunal, s’il escomptait la voir lapider et lui jeter la première pierre.

C’est à la première solution que Joseph se prépare car il est un homme juste et il ne veut pas la mort de Marie. Alors qu’il semble déterminé dans son choix, voici que l’ange du Seigneur lui apparaît et lui dit : « Joseph, fils de David, n’aie pas peur de prendre chez toi Marie, ta femme. Oui, l’enfant qui est dans son ventre vient de l’Esprit Saint. Elle va mettre au monde un fils, et toi, tu l’appelleras Jésus. En effet, c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

On s’est tellement habitué à ces mots qu’ils ne nous étonnent même plus. Mais ils sont stupéfiants.

Cette demande d’accepter Marie chez lui est inconvenante. Comme je viens de le dire, elle est non conforme à la loi de l’époque. Si Marie était sûre d’être mal vue par ses contemporains. Joseph doit se préparer au même sort en acceptant d’héberger sa promise. Il en faut du courage pour cela.

Ensuite, que demande Dieu ? Que Joseph donne un nom à l’enfant. « Tu l’appelleras Jésus. » Ce faisant, Dieu demande tout bonnement à Joseph d’être le père de Jésus, parce que – en Israël autrefois comme chez nous jusqu’il y a peu – donner son nom à un enfant, c’est le reconnaître publiquement comme son fils.

Dieu demande donc à Joseph de faire une place à Jésus, de lui donner une famille, de s’engager à l’aimer, à l’éduquer, à le guider sur le chemin de la vie.

Et Joseph accepte. Permettant ainsi à Jésus de prendre sa place dans la communauté humaine, au sein de cette bourgade qu’est Nazareth. Dieu sait pourtant que ça n’a pas été facile. L’évangile le raconte aussi : Jésus a été menacé dès sa naissance par la colère meurtrière d’Hérode, et c’est Joseph toujours qui, averti en rêve, a sauvé Jésus de la mort en l’entraînant avec Marie en Egypte.

Il a encore permis à son fils de devenir un homme, en lui donnant comme tous les pères juifs une instruction religieuse ; il l’a présenté au Temple, suivant la coutume, pour consacrer au Seigneur le premier-né de la famille, et il l’a fait circoncire. Et puis, il lui a donné un métier, son métier : constructeur du bois.

Autant dire que notre embarras face à la crèche quand il s’agit d’y placer Joseph n’est rien en regard de l’extra ordinaire destinée qui est la sienne. Et avec lui, celle de Marie et de Jésus.

A l’époque, Dieu a eu besoin de Marie et de Joseph pour faire éclore sur terre le projet qu’il avait pour l’humanité.

Aujourd’hui encore, Dieu ne peut se passer de nous. Il nous réquisitionne, chacune, chacun.

Car hier comme aujourd’hui, Jésus-Christ, qui est né pour nous, ne naîtra pas sans nous.

Jésus nous est donné, c’est le message de Noël. Mais il ne peut être “Dieu-avec-nous” sans nous.

C’est de nos mains et de nos paroles dont il a besoin aujourd’hui pour faire naître le monde au projet de Dieu.

Préparons-nous à l’accueillir activement. Pour lui. Pour nous. Pour le monde.

Amen