Prédication de la nuit de Noël

 

 Pour les croyants, il n’y a pas que le diable qui se cache dans le détail. Le détail apparaît d’abord comme le lieu privilégié de l’éclosion, de la manifestation de Dieu au monde et pour le monde.

 

D’après Esaïe 9: 1 à 6 et Luc 2: 1 à 20

 

Il est donc né !

Il est donc né et, quelque 2000 ans plus tard, on se rassemble encore, le cœur en joie, pour célébrer sa venue au monde.

L’esprit est à la fête, cela se voit sur vos visages. Cela s’est vu, cet après-midi, où des dizaines et des dizaines d’enfants sont venus, les yeux pétillants.

Il est né ; et aujourd’hui encore, grâce à lui, on se réunit, le cœur à la fête.

Mais je devrais sans doute être plus exacte dans mes propos. Et dire : Il est né et, quelque 2000 ans plus tard, on se réunit enfin, le cœur en joie, pour célébrer sa venue au monde.

Enfin… et non encore…

Car ce jour-là, en Israël-Palestine, le cœur du peuple n’est guère à la fête et la naissance du Messie passe quasi inaperçue…

Il avait pourtant été annoncé très à l’avance.

Il avait été attendu très longtemps.

Et de lui, on attendait énormément … qu’il dise Dieu aux hommes d’une manière encore inédite ; qu’il l’incarne comme aucun autre Dieu ne l’avait encore été ; qu’il charrie avec lui une bonne dose de paix et une justice vraie.

On le rêvait fort, vainqueur, solide…

On était sûr que, quand on le croiserait, on saurait que c’était lui. D’un seul regard et sans aucun doute.

On était sûr que, quand il arriverait, le monde entier exulterait, le célébrerait et s’agenouillerait devant sa grandeur.

On était sûr de plein de choses et on rêvait ce Messie de mille et une manières grandioses.

Mais Dieu fait rarement les choses comme on s’y attend ! Il a donc fallu regarder ailleurs et autrement que tout ce qui avait été imaginé. Dans un pays bousculé et déchiré. Où la violence sévit.

Comme on l’entend parfois chez nous, les habitants d’alors, en Israël-Palestine, se plaignent d’un sentiment d’insécurité croissant… il y a de la peur dans les rues, du désespoir dans les logis.

C’est que l’occupant romain est fort. Fort et menaçant.

Il veut être sûr de ce qu’il a à ses pieds. Son pouvoir, il veut l’asseoir, en sachant exactement combien de personnes il peut assujettir.

Il veut gouverner, et dans sa perspective, gouverner c’est prévoir, et prévoir c’est compter, recenser… comme on marque au fer son bétail et qu’on l’encadre d’un enclos qui ne lui laisse que l’illusion de la liberté…

Tel est l’occupant qui, pour mieux contrôler son peuple, en exige cette marche forcée qu’est le recensement… Alors même que les dirigeants restent posés sur leurs sièges. Et le roi Hérode agrippé à son trône.

Je ne sais pas combien ils étaient à aller se faire recenser. Mais si tout le peuple est en mouvement, je vous laisse imaginer le remue-ménage. Vous conviendrez que dans ce contexte, la naissance de Jésus est anecdotique. Il n’est qu’un grain de sable dans le désert ; un minuscule fétu de paille dans l’étable.

Dans un tel chaos, l’accouchement de la femme d’un charpentier venue de loin bien que proche du terme de sa grossesse, n’est qu’un détail.

Pour le monde environnant, à cette époque-là, la naissance de Jésus a quelque chose d’insignifiant… et pourtant, nous savons qui il est devenu au fil du temps.

Dieu faisant rarement les choses comme on s’y attend ! Doit-on s’en étonner ?

Son incarnation implique

un changement de paradigme.

Un retournement de situation.

Des perspectives inversées.

Telle est peut-être la plus belle des nouvelles de Noël. Ce retournement des valeurs. Avec la conviction qui en découle : l’histoire, que certains écrivent parfois avec un H majuscule, se joue fondamentalement dans le cumul de toutes nos petites histoires.

Pour les croyants, il n’y a pas que le diable qui se cache dans le détail. Le détail apparaît d’abord comme le lieu privilégié de l’éclosion, de la manifestation de Dieu au monde et pour le monde.

Il nous y avait déjà habitué un peu…

Souvenez-vous : un murmure pour faire jaillir la création ; des hommes, des femmes, des enfants comme vous et moi pour transmettre sa parole ; des nomades hébreux qui fuient l’Egypte en pleine histoire des pharaons ; un petit d’homme, Jésus, fétu de paille dans la lutte pour le pouvoir qui oppose les romains aux juifs.

Dieu agit au cœur du détail et la Bible est l’écrin de ces tout petits riens auxquels la foi donne sens pour en faire plus que de l’anecdote.

Dieu agit au cœur du détail. Parce qu’il sait qu’on ne change pas la face du monde sans le consentement de celles et ceux qui le peuplent… sauf à vouloir le despotisme ou le terrorisme !

Dieu agit au cœur du détail et, paradoxalement, c’est peut-être pour cela qu’on en parle aujourd’hui encore.

Parce que nos vies sont faites d’une foultitude de détails.

 Mais pour que la naissance de Jésus donne pleinement sens à nos vies, encore faut-il accepter d’être, par lui, mis en mouvement. D’être, par lui, décentré.

Car c’est vraiment dans l’ADN de Dieu de nous surprendre. Et de ne pas faire les choses comme on s’y attend.

J’entends souvent des personnes dire avoir peur du changement, peur du mouvement.

Si inconfortables puissent-ils paraître, je suis persuadée qu’ils sont porteurs de vie. Et que nous pouvons avoir confiance. Même face à l’inconnu.

Faire confiance.

Comme Marie et Joseph qui ont consenti à bousculer leurs projets de vie pour faire naître au monde le Sauveur.

Comme les bergers, les exclus et les parias d’alors, qui ont osé quitter leurs champs pour la crèche

Comme les mages d’Orient, suivant l’étoile.

A leur suite, mettons-nous en route.

Jésus est né. Il nous attend. Et c’est en nous penchant sur son berceau que nous vivrons notre face-à-face avec le Dieu très haut.

Belle rencontre de vous à Lui et réciproquement,

Amen