Prédication du 29 décembre

La vie n’est pas un conte de fées. L’Evangile non plus!

D’après Exode 2 :1 à 10 et Matthieu 2 :13 à 23

 

 

 

La naissance de l’enfant sauveur tout juste célébrée. La page dorée de l’histoire des mages à peine tournée, voici déjà les récits de la fuite en Egypte et du massacre des garçons de Bethléem.

Triste suite à l’histoire de Noël… Terrible dureté pour un dernier dimanche de l’année. Mais telle est la réalité dans l’Evangile de Matthieu : Jésus, le nouveau-né, nous est d’emblée présenté comme un être confronté au mal.

Pas de trêve ; pas de parenthèses pour nous faire fantasmer une vie qui ne serait que joie et douceur. Mais un lendemain d’hier au goût amer.

Ces épisodes durs et violents ont place là, au tout début de l’Evangile, car la vie n’est pas un conte de fée. L’Evangile non plus. Ce n’est pas parce que le Messie est né que le mal s’en est allé. Le mal, il y en a et il y en aura toujours…

Face à cette réalité, il ne s’agit néanmoins pas d’être fatalistes ni de se résigner. Mais de puiser, dans la profondeur de l’évangile, l’inspiration pour faire face au mal, pour lui résister ; l’inspiration pour donner sens à l’existence envers et contre tout.

Dans cet esprit, j’aimerais, vous partager ce matin, trois impulsions.

La première chose que j’ai envie de vous dire :

Ménagez-vous des temps de sommeil suffisamment grands et écoutez vos rêves !

Dormez et écoutez les conseils que vous apporte le sommeil.

Parce que… imaginez que Joseph n’ait pas prêté garde à son rêve et au message que Dieu lui transmettait par ce biais…

Imaginez, que ce qu’il a peut-être perçu à son réveil comme une intuition, il ne l’ait pas suivie sous prétexte qu’elle était bien trop invraisemblable pour avoir une quelconque pertinence …

Imaginez que plutôt que de déceler dans son rêve la parole de Dieu… Joseph n’y ait perçu que les élucubrations d’un homme extrêmement fatigué et bouleversé par ce qu’il venait de vivre…

Je n’ose l’imaginer !

Alors bien sûr, il y a dans le récit de Matthieu, quelque chose de simplificateur qui dérange. Dieu parle dans un rêve, Joseph entend, il obéit et tout roule !

Dieu a sans doute régulièrement affaire à des sujets plus récalcitrants que Joseph.

Quant à nous, même si nous sommes nombreux à garder en mémoire un rêve qui nous a particulièrement marqué ; même si des études tendent à prouver que les rêves peuvent nous en apprendre beaucoup sur nous-mêmes, sur nos peurs, nos désirs… les choses sont rarement aussi simples que dans l’Evangile.

Mais n’empêche ! Ce qu’il y a de fondamentalement intéressant dans l’interaction entre Joseph rêveur et Dieu, c’est que la communication de Dieu ne se contente pas d’agir sur la conscience éveillée et sur la raison.

Dieu est ici présenté comme un être qui entre en relation avec la totalité de notre personne y compris avec une part de nous-mêmes qui nous échappe et sur laquelle nous n’avons que peu de prise : notre sommeil et nos rêves !

C’est pourquoi je vous le redis : prenez le temps du repos et écoutez vos rêves… qu’ils soient d’inspiration divine ou pas, au travers d’eux, aujourd’hui encore, peut surgir une solution pour affronter les forces du mal, pour les contourner de manière non violente, pour donner sens à notre existence.

Deuxième impulsion

A travers ce rêve de Joseph au lendemain de Noël, Dieu nous est aussi présenté comme celui qui encourage son protégé à fuir le mal, purement et simplement ; le fuir sans tenter d’en rien résoudre.

Fuir le mal… choisir ou accepter l’exil quand notre vie est mise en danger…

Voilà qui n’a rien d’évident.

Voilà qui ne fait pas partie de ce que nous appelons une noble attitude. La fuite, c’est pour les lâches pense-t-on souvent.

Dans certains cas, peut-être, mais pas toujours.

Ici, la fuite, c’est la sagesse, c’est le salut…

… pour peu qu’un accueil réponde à la fuite, qu’un asile s’offre à l’exil. Exil, asile, on ne peut séparer les deux termes de ce couple. La fuite ne peut être synonyme de salut qu’à la condition qu’il y ait, de l’autre côté, un refuge.

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se serait passé si l’Egypte d’alors avait refuser à la famille le droit d’entrer ? Si elle avait estimé que la barque était pleine ? Si elle avait auditionné les requérants pour établir les preuves d’une réelle menace et que ses critères n’aient pas été remplis ?

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se serait passé si, une fois la famille revenue dans sa patrie, on avait puni ses membres pour lâcheté, traîtrise de ceux qui sont partis seuls sans essayer de sauver d’autres enfants ? Alors qu’ils savaient ! Lâcheté et traîtrise de ceux qui sont partis sans épargner à d’autres parents l’horreur d’un tel massacre ?

Je n’ose me le demander !

Et pourtant, le récit d’une famille qui fuit un massacre parce que le père en l’intuition ou même la conviction que leur vie est menacée, c’est un épisode qui n’a cessé, qui ne cesse, de se répéter dans l’histoire humaine… d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre… perdurance incroyable du mal qui met l’homme en fuite, sans assurance d’être accueilli.

Sachons nous souvenir aujourd’hui que l’histoire de Dieu parmi nous est celle d’un tout petit qui a connu l’exil, qui a trouvé l’asile et a ainsi été épargné.

Au nom de ce souvenir-là, interdisons-nous toute indifférence vis-à-vis de celles et ceux qui fuient leur pays parce que des horreurs s’y déroulent, parce que des drames y couvent.

Cela dit, l’Evangile de Matthieu laisse entendre que si la fuite peut être une solution au mal, elle est une solution provisoire. C’est ma troisième impulsion.

Après l’exil en Egypte, il y a pour Joseph, Marie et Jésus, le retour à Nazareth.

Le mal est toujours là ; il existe toujours, différent, mais incroyablement tenace. Jésus va l’expérimenter durant les 3 ans de sa vie publique.

Mais durant ces trois ans, Jésus va lui aussi changer, évoluer et savoir se montrer différent…

A tel point que, quand tout ira au plus mal pour lui, dans le jardin de Gethsémané, il aura le désir d’échapper aux souffrances et à la mort qui l’attendent : Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi… Mais il ne fuira pas ; il affrontera ce qu’il a à vivre, il affrontera la souffrance et la mort, montrant ainsi qu’il nous accompagne sur tout ce chemin lorsqu’il devient nôtre.

La venue du Messie, n’a éliminé ni le malheur, ni les difficultés, ni les souffrances…

… Mais elle nous apprend que le rêve, la fuite, le face-à-face sont 3 manières possibles de confronter le mal et d’avancer dans nos vies.

A nous de les expérimenter, l’une ou l’autre selon les circonstances et selon nos forces ; à nous de les expérimenter jour après jour, nuit après nuit. Nous souvenant que Jésus a tout parcouru de notre chemin d’humain et qu’il nous accompagne dans tout ce que nous vivons.

Amen