Prédication du 8 mars 2020

Le Buisson ardent? La preuve que Dieu  ne nous veut ni meilleurs ni autres que nous sommes. Il nous prend comme il nous trouve. Sa force agissante fait le reste. D’après Exode 3: 1 à 12

 

Il est incroyable, ce récit du buisson ardent…

A chaque fois que je l’entends

– j’admire l’humanité de Dieu

– et je me dis que Moïse revient de loin !

J’admire l’humanité de ce Dieu, notre Dieu, qui regarde son peuple. Il le voit ployer sous le joug égyptien. Il mesure sa souffrance. Alors, dans un acte d’amour, il agit en vue de sa libération.

Quand je pense que l’humain est créé à l’image de Dieu, je regrette qu’il n’y en ait pas plus qui, comme lui, regardent autour d’eux et agissent pour le bien d’autrui. Car en termes d’oppression, de liberté bafouée, de conditions de vie inhumaines, notre époque n’a malheureusement rien à envier à celle de l’exode.

Quant à Moïse, et bien oui, il revient de loin. Si on regarde son passé, rien ne laisse imaginer une telle rencontre avec Dieu.

Souvenez-vous, au tout début de son histoire, il y a un miracle. Le miracle de la vie bien sûr ; mais le miracle de la survie surtout. Dans l’Égypte de Pharaon, à cette époque, on n’aurait jamais dû entendre parler d’un petit garçon du peuple des Hébreux qui soit vivant.

Plus tard, au tout début de l’histoire du jeune homme que Moïse est devenu, il y a un cri de révolte qui aurait dû lui valoir la mort.

Alors qu’il sort du palais pour découvrir ses frères et voir quelles sont leurs corvées, un Égyptien tue sous ses yeux un Hébreu…

… A la vue de ce meurtre, Moïse est assailli par une colère terrible, par une volonté de justice radicale…

… Pensant que personne ne le voit, il venge son frère, se rendant par là-même coupable de meurtre.

Là non plus, il n’aurait pas dû s’en sortir… mais réalisant le danger d’être dénoncé, il s’enfuit ; au cœur du désert ; au milieu de nulle part.

Et voilà qu’on le retrouve au tout début de sa vie d’homme, d’homme de Dieu. Le voilà devant ce buisson d’épines qui brûle mais ne se consume pas. Ce buisson du milieu duquel Dieu va s’adresser à lui.

J’aime que Dieu ait précédé Moïse sur cette montagne. Qu’il l’ait attendu. Qu’il ait initié un dialogue.

J’aime que Dieu ait agi ainsi vis-à-vis de Moïse. Et je crois qu’il agit ainsi avec nous tous.

Suivant le théologien catholique et psychanalyste Eugen Drewermann, je crois en effet que Moïse n’a pas eu ce jour-là l’exclusivité d’une telle expérience spirituelle. Mais qu’elle s’est répétée dans l’histoire et qu’elle attend tout croyant.

Drewermann, comprend le buisson comme une métaphore de l’être humain.

Le message fondamental du récit devient ainsi le suivant :

L’être humain serait vain, tel un buisson d’épines se consumant sous les rayons du soleil en plein désert, si Dieu ne se saisissait de lui pour se révéler en son sein.

Autrement dit, c’est au creux de chacune et de chacun, c’est au plus profond de nous, que Dieu se propose de loger pour rayonner au cœur du monde.

Devenant ainsi une source de lumière, une source de chaleur, qui peut nous métamorphoser, qui peut embraser nos vies, non pour les consumer mais pour leur donner leur véritable rayonnement… ce rayonnement qui est de source divine… tout comme notre origine est de source divine.

Beau projet pour nous !

Beau projet pour l’humanité !

Et au stade où nous en sommes de l’histoire de Moïse, rappelons-nous qu’il n’est qu’un tout petit homme. Il n’est pas encore le grand homme que nous connaissons.

Il est cet enfant survivant, qui en grandissant tue un Égyptien au nom de ce qu’il croit être la justice, s’exile dans le désert, épouse la fille du prêtre de Madiân et garde le troupeau de son beau-père.

C’est important de s’en souvenir. Car cela signifie que, pour faire sa demeure en nous, Dieu nous prend tels que nous sommes. Il ne nous refaçonne pas depuis le début ; il ne nous veut ni meilleurs ni autres que nous sommes. Il nous prend comme il nous trouve, avec nos faiblesses, notre petitesse, les pans sombres de notre histoire.

Conscient de son passé, lucide quant à ses limites, Moïse a bien essayé de dire à Dieu d’aller voir ailleurs.

C’est l’objection majeure qu’il formule sous forme de supplique, parce qu’il a la trouille : Pas moi, Seigneur ! « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? »

Autrement dit : « Vas-y, mais sans moi ! Tout ce que tu aimerais dire, Seigneur, dis-le… mais pas avec moi… avec moi cela ne peut pas marcher… je ne suis que Moïse… j’ai dû fuir et tu en connais la raison… je ne suis pas un homme de paroles, et en plus je bégaie… je ne saurais être un messager digne de ce nom. »

Et pourtant, malgré ses réticences, malgré l’image qu’il a de lui-même, Dieu l’envoie. Et Moïse devient le libérateur des Hébreux et leur guide dans le désert jusqu’à l’orée de la terre promise.

Dieu l’envoie avec une seule promesse : « Je suis avec toi ».

Vous avez remarqué ? C’est au moment où Dieu dit « je suis avec toi » que sa véritable identité est révélée à Moïse ; il qu’il peut accepter de devenir un libérateur et un guide.

Devrait-on comprendre que c’est dans un dialogue avec Dieu que chacune, chacun de nous peut découvrir qui il est, qui elle est, fondamentalement ? Dieu qui agirait à la manière d’un miroir déformant par rapport au regard que nous portons sur nous-mêmes pour nous dire qui nous sommes.

Une telle affirmation trouve un écho dans les évangiles. Songez à toutes les affirmations où Jésus lui-même assume de dire « Je suis » permettant ainsi à ses interlocuteurs de se positionner dans leur existence.

« Je suis le pain de vie, je suis la lumière du monde, je suis la porte, je suis le bon berger, je suis la résurrection, je suis la vie, je suis le chemin, je suis la vérité, je suis le vrai cep ».

Autant de jalons dans la relation qu’il nous propose de vivre, pour que nous sachions nous situer en fonction de ce qu’il discerne en nous.

– Des êtres affamés de pain, mais aussi de justice et d’amour.

– Des hommes et des femmes tâtonnant dans l’obscurité de leur quotidien, à l’affût de toute trace de lumière.

– Des hommes et des femmes accueillis dans la maison du Père. Guidés par un berger. Promis à un horizon où la vie est plus forte que la mort.

– Des pèlerins en quête de ce qui donne sens à l’existence.

– Des sarments jusqu’auxquels la sève s’écoule.

Je le disais au tout début.

Notre Dieu est pétri d’humanité. Il le manifeste dans sa volonté tenace de nous avoir comme partenaires et amis. A tel point qu’il est en chacune et chacun cette étincelle divine qui fait de nous des êtres uniques et respectables.

Et c’est peut-être là notre plus grand défi. Notre plus longue étape sur ce chemin de la Passion : reconnaître, dans le visage de tout être humain, l’éclat de Dieu.

                                                                                                                 Amen