Prédication du 3 janvier 2021

Culte de l’épiphanie: le Christ, comme une fève, se cache souvent où on ne l’imagine pas pour donner une saveur inattendue à nos jours.

D’après  Matthieu 2: 1 à 12

 

L’histoire d’aujourd’hui, celle d’une caravane qui traverse le désert d’Arabie, commence comme un conte oriental aux échos des mille et une nuits.

Il en faudrait peu pour que l’on perçoive les senteurs d’épices âcres et de parfums suaves qui ont traversé les mers et les sables…

… Il en faudrait peu pour que l’on entende les bruits de vie de cette caravane : La ferraille des ustensiles qui cliquète sur le dos des montures ; les murmures des hommes qui avancent lentement tout en échangeant leurs impressions ; le doux martèlement des sabots des chameaux dans les dunes.

L’histoire d’aujourd’hui qui commence comme un conte oriental aux échos des mille et une nuits, c’est celle d’une caravane lourde des fatigues du voyage, de la sueur des bêtes, des poussières de la route. Mais une caravane légère, aussi… légère de l’air du large et du goût de l’aventure.

 

Voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est l’enfant qui vient de naître, le roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile paraître en orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

 

Voilà tout ce que nous dit Matthieu sur ces hommes de l’épiphanie.

Il ne nous dit ni combien ils étaient, ni s’ils étaient rois, ni quels étaient leurs noms ou leurs origines… Tout cela viendra plus tard dans les légendes qui, comme des guirlandes, sont venues décorer les mages de nos crèches.

Pour Matthieu, il s’agit de savants, de mages tout simplement… C’est-à-dire de spécialistes des étoiles. D’ailleurs, la seule chose dont l’évangéliste juge utile de nous informer, c’est que ces hommes se sont mis en route pour un périple tout à la fois dangereux et lumineux ; long et exaltant ; parce qu’ils ont découvert une étoile dans le ciel de l’Orient. Et que c’est elle qui les a mis en mouvement.

 

De fait, ils sont venus de loin. Sans doute de l’Irak d’aujourd’hui. Pour arriver jusqu’à Jérusalem puis Bethléem, il leur a fallu traverser l’immensité du désert.

Et durant ce périple, ce qui les as tenus, ce qui leur a permis non seulement de trouver la motivation au départ mais de la garder tout du long, c’est cette unique étoile… histoire incroyable comme on n’en rêve plus malgré toutes les applications qui, sur nos smartphones, nous permettent aujourd’hui de décrypter le ciel.

 

Imaginez… découvrir une étoile et se mettre en route pour voir où elle mène. C’est quand même foi. Et ce qu’il y a de plus fou encore, c’est qu’ils étaient chez eux lorsqu’ils l’ont découverte. Jamais elle n’a cessé de luire à leurs yeux ; jamais ils ne l’ont lâchée du regard, jusqu’à leur arrivée au pied de la crèche.

 

Je vous l’avoue, ces hommes-là forcent mon admiration.

J’admire leur curiosité ; on en manque si souvent aujourd’hui. J’admire la curiosité qui leur permet de tout quitter pour suivre une lueur.

J’admire leur ténacité durant le périple.

J’admire leur émotion au pied de la crèche. Eux que le trajet avait sans doute endurcis la moindre mais qui « furent remplis d’une très grande joie… qui tombèrent à genou pour se prosterner devant l’enfant ; qui ouvrirent leurs trésors et lui offrirent leurs cadeaux… »

 

Ces hommes-là, ils me donnent du courage et ils ravivent en moi la flamme de l’espérance.

C’est que je ne peux pas penser à eux, à leur périple, à leur traversée du désert sans penser, symboliquement, à mes déserts, à nos traversées douloureuses et pénibles. 2020 nous a donné l’occasion d’en éprouver quelques-unes.

Mais… Que nous ayons souffert ou que nous souffrions encore de solitude, d’égarement, de fatigue, de manque de motivation, d’une cruelle absence de sens à ce que nous vivons.

Que ce soient des maladies, des échecs, des frustrations qui nous frappent.

Ou encore la précarité soudain surgie qui menace notre vie au quotidien.

Que ce soient des guerres et des violences qui nous accablent, je nous encourage !

Je nous encourage, coûte que coûte et quoi que nous vivions, à lever les yeux au ciel comme les nages pour y repérer la lueur qui guidera notre route.

 

C’est un des messages fondamentaux de Noël : Une lumière troue le coeur de la nuit.

Une lumière certes fragile qui ressemble plus à la flamme d’une bougie qu’aux puissantes décorations lumineuses de nos villes. Une lueur qui n’empêche pas le cours parfois sombre de l’histoire. La naissance de Jésus n’a pas stoppé net les injustices ou la souffrance. Lui-même est à la veille d’un exil pour sauver sa peau.

 

Emmanuel, Dieu-avec-nous, ne vient pas nous éviter les aléas de la vie. Il les traverse avec nous. Du de fait, je veux croire que la lumière de Noël n’est pas d’un jour, mais de chaque jour.

 

Les mages n’étaient pas juifs ; ils ne vivaient pas en Israël ; ils n’attendaient même pas que se réalisent les prophéties annonçant la naissance d’un Sauveur. Pourtant, éblouis par une lumière divine, ils se sont mis en route sans rien attendre. Et ils sont devenus ainsi des témoins privilégiés de l’incarnation de Dieu. Si ce fut possible pour eux, je vois mal ce qui rendrait ce mouvement impossible pour nous.

Telle est la première certitude que je voulais vous partager ce matin. Elle nous vient directement de l’Évangile : Une lumière troue toutes les obscurités. Elle a force de mobilisation, d’élan !

 

Mais comme je le disais tout à l’heure, les légendes autour de ces mages ont fleuri. Et bien que ce soient des légendes, je crois qu’elles peuvent aussi nourrir notre foi. En 3 points au moins.

 

Tout d’abord, ces 3 mages, on les nomme aujourd’hui Melchior, Gaspard et Balthazar… On laisse entendre qu’ils pourraient être rois. On dit volontiers que le premier est un vieillard, le deuxième un homme d’âge mûr et le dernier un enfant. C’est une manière de signifier que la naissance de Jésus intéresse tout un chacun, indépendamment de son âge.

Autrement dit, il n’y a pas d’âge limite légal pour vivre une rencontre avec Jésus-Christ et pour que cette expérience bouleverse notre vie.

 

Deuxième point : depuis le 15ème siècle, on a fixé que Melchior était un européen, Gaspard un africain et Balthazar un asiatique. Ces 3 hommes symbolisent ainsi les 3 continents connus à l’époque. L’intention étant de marquer que la naissance de Jésus a des impacts hors frontières. Qu’elle a une valeur universelle quand bien même elle s’inscrit dans l’histoire à un moment donné, dans un lieu donné, et au sein d’une famille toute particulière.

L’incarnation de Dieu peut bien être réelle, ponctuelle, délimitée. N’empêche. Elle rayonne et marque le monde au-delà des lieux, au-delà des temps.

 

La troisième impulsion, je la tire de la légendaire galette dans laquelle vous ne manquerez pas de croquer prudemment dans quelques jours. Je me plais à réaliser que même s’il y a des parts de gâteau inégales, le gâteau se partage.

 

La vie est partage, elle est communion. Et le Christ, comme une fève, se cache souvent où on ne l’imagine pas pour donner une saveur inattendue à nos jours.

 

Cette saveur, sachons la déguster et la partager.

 

Amen