Prédication du 17 janvier

Si vous êtes à la recherche d’un coach en communication, n’allez pas surfer sur internet pour dénicher la perle rare. Replongez-vous dans livre de Samuel et prenez Dieu pour modèle.  Il est très bon. D’après 1 Samuel 3

 

Si d’aventure vous aviez besoin d’un coach en communication, n’allez pas surfer sur internet à la recherche de la perle rare. Replongez-vous dans la lecture du livre de Samuel, analysez l’attitude de Dieu ; et vous verrez qu’il est très bon.

 

Il est très bon. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance.

  • Tout d’abord, parce que l’époque à laquelle se passent les faits est une période assez chahutée pour le peuple d’Israël qui est bien installé en Canaan mais qui peine à trouver une stabilité sociale. Le récit nous précise d’ailleurs d’emblée que la parole de Dieu était rare, tout comme les visions… L’impression qu’il y a un peu d’électricité dans l’air ou de friture sur la ligne.
  • Et puis, ce que Dieu a à communiquer n’est pas piqué des vers. C’est la radiation à vie, pour Éli et toute sa descendance, du registre des prêtres. Autant dire qu’on n’imagine pas qu’un tel message puisse être accueilli dans le calme et la pondération.
  • Quant à Samuel, et bien il n’est pas le tout petit enfant parfois représenté sur les toiles des grands peintres, mais comme jeune homme, il a quand même sacrément de peine à comprendre ce qui se passe. La manière dont il s’agite pourrait nous laisser songeurs.

Il y avait donc tout pour que ça foire. Il y avait tout pour que la communication ne passe pas. Or, Dieu se montre magistral. Retour sur une rencontre bouleversante entre un maître de la parole et un jeune garçon.

L’histoire remonte donc aux 10-11ème siècles avant notre ère. Le peuple d’Israël habite sur une large partie du pays de Canaan. Il est réparti en 12 tribus dirigées par des Juges. Mais comme je le disais, le peuple a beau être installé dans le pays, il peine à trouver sa stabilité. Il y a des heurts, des tensions, pas mal de corruption, jusque chez les prêtres puisque les fils d’Éli sont des vauriens qui trichent et volent.

À cette époque, quand Dieu veut faire savoir quelque chose à son peuple, il a pour médiateurs, pour porte-parole, les prêtes, dont Éli. Éli qui est responsable du sanctuaire de Silo, au nord de Jérusalem. Le sanctuaire le plus important de l’époque car il contient l’arche de l’Alliance. Pour être à ce poste, Éli est assurément un habitué de Dieu qui sait décrypter les signes ; qui sait entendre les paroles.

Or, une des choses qui se joue dans le récit qu’on vient de réentendre est une véritable révolution initiée par Dieu. Pour s’adresser au peuple, il va cesser de passer les prêtres et favoriser les prophètes. Son interlocuteur à Silo n’est plus Éli, le spécialiste du religieux, le spécialiste de Dieu. C’est désormais Samuel, jeune garçon avec peu d’expérience qui, en fin de récit, sera néanmoins reconnu comme prophète par tout Israël.

On assiste donc à un tournant de l’histoire entre Dieu et son peuple. Et les mots utilisés pour condamner Éli et sa descendance sont très durs : « Je le jure : rien n’effacera jamais la faute de la maison d’Eli » . C’est une condamnation absolue. Elle porte en elle de la violence. Et pourtant, la révolution se fait en douceur. À coup de paroles.

 

Vous l’avez remarqué, notre récit tout entier est tourné sur le registre de la parole et de l’écoute. Le verbe « appeler » apparaît une douzaine de fois ; les verbes « parler, prononcer » (c’est la même chose en hébreu), le substantif « parole » apparaissent aussi une douzaine de fois. 

Ça parle. Beaucoup. Pourtant en l’écoutant, on a l’impression que le récit lui-même bégaie. Que ça patine. Dieu doit s’y reprendre à 4 fois pour que Samuel comprenne ce qui se passe.

C’est quand même étrange. Surtout que je viens de vous vanter l’efficacité de la communication de Dieu. Mais je crois que c’est précisément dans ce bégaiement du récit que les éléments les plus fondamentaux se disent. J’en souligne trois. A partir de Samuel, d’Éli et de Dieu.

 

Samuel, pour commencer. Samuel, ce jeune homme consacré à Dieu ; dont la tâche était vraisemblablement de s’assurer que la lampe qui illumine le sanctuaire la nuit ne s’éteigne pas. Samuel qui, de par son parcours, doit bien savoir un certain nombre de choses sur Dieu ; il lui a été consacré par sa mère Anne et on n’imagine mal qu’elle ne lui en ait rien dit avant de l’emmener à Silo. Mais Samuel visiblement ne connaît pas Dieu puisqu’il ne le reconnaît pas lorsque Dieu s’adresse à lui.

Cette nuance, elle est intéressante même si elle est difficile à rendre en français.

Mais en hébreu, vous le savez peut-être, il y a un terme qui évoque le savoir théorique et un autre pour dire la connaissance intime. On utilise des fois l’expression « connaître quelqu’un au sens biblique du terme », cela signifie que nous avons, avec ce quelqu’un, une relation intime.

Ce que laisse apparaître notre récit, c’est que Samuel sait des choses sur Dieu, mais qu’il ne le connaît pas de façon intime.

Or c’est de façon très intime que Dieu s’adresse à lui.

Tout d’abord parce qu’il l’appelle par son prénom.

Et puis, l’intimité, elle nous est aussi suggérée par le fait que l’appel de Dieu à Samuel n’est audible que par Samuel lui-même. Éli qui est juste côté n’entend rien. Or, le récit nous précise bien que ses yeux avaient perdu de leur acuité, mais pas ses oreilles.

Dieu s’adresse donc à Samuel de façon intime, très intime. Et je crois que c’est encore son mode de communication aujourd’hui : il s’adresse personnellement à chacun. Et la communauté des croyants ne serait pas grand-chose sans la relation individuelle que Dieu tisse avec chacune et chacun.

Dieu s’invite dans notre intimité. Il murmure à nos oreilles, à notre cœur. Mais attention, sa Parole a sans doute un son autre que les paroles humaines. Elle est sans doute d’une nature différente, ce qui explique le bégaiement du texte : Samuel et Dieu ne sont pas immédiatement sur la même longueur d’onde. Il y a parole et Parole. C’est ce que Samuel va découvrir, mais pas tout seul.

 

D’où l’importance d’Éli.

Éli est vieux ; ses yeux n’y voient bientôt plus ; ses fils ont péché contre Dieu ; il s’est montré complaisant ; Dieu renonce à s’adresser directement à lui et le châtie durement. Ça sonne un peu comme une disgrâce.

Mais sans lui, Samuel aurait continué à s’agiter toute la nuit, persuadé que son maître l’appelait. Éli joue donc un rôle incontournable pour que Samuel réalise que c’est Dieu qui lui parle.

Il arrive parfois que nous rencontrions des personnes qui s’octroient le droit de nous dire ce que Dieu veut pour nous. Voyez l’intelligence et l’humilité d’Éli en comparaison.

Il reste en retrait, à sa place ; mais il donne à Samuel les clés pour débloquer la situation. Éli comprit que le SEIGNEUR appelait l’enfant. Il dit à Samuel : « Retourne te coucher. Et s’il t’appelle, tu lui diras : Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute. »

Se pourrait-il parfois que Dieu nous parle et que nous ne l’entendions pas ? Notre société est très individualiste, mais je nous y encourage. N’ayons ni peur ni honte de chercher autour de nous un Éli. Parce que c’est sûr, les temps passent, mais la Parole de Dieu demeure. Et se fait encore entendre.

 

J’en arrive à Dieu. Et je vous avoue que, lorsque je le découvre dans ce récit, je suis remplie de tendresse.

Il doit s’y reprendre 4 fois avant que Samuel lui réponde. A priori, pas très glorieux comme communication. Mais, qu’est-ce que ça nous apprend sur Dieu ?

Qu’il est patient. Qu’il est insistant. Qu’il est à l’initiative. Mais qu’il ne s’impose pas.

Ce n’est que lorsque Samuel est prêt, qu’il lui répond « me voici », que Dieu libère sa parole. En d’autres termes, Dieu ne parle que lorsque quelqu’un peut l’écouter, vraiment. Intimement.

 

Faisons donc silence pour entendre ce qu’il murmure à nos oreilles ; ce qu’il murmure à nos cœurs.

Amen