Prédication de Vendredi-Saint, 2 avril

Série de cultes musicaux sur les 7 paroles du Christ en croix: « Père, entre tes mains je remets mon esprit », ou comment Jésus nous encourage à être acteur de notre vie jusqu’à la toute fin.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Telle est donc, pour l’évangéliste Luc, la dernière parole de Jésus en croix…

Ces paroles, il y en a 7, cela fait maintenant plusieurs semaines que nous les égrenons, que nous les méditons l’une après l’autre. Vous l’aurez donc sûrement repéré : Un des points communs entre la première et la dernière, c’est qu’elles sont toutes deux adressées au Père.

On a souvent remarqué qu’une personne en fin de vie appelle sa maman. Jésus, lui, en appelle à son Père. C’est son dialogue avec lui, un dialogue jamais interrompu, qui donne ainsi le cadre à toute son agonie.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

En l’entendant, on pourrait imaginer que cette parole se prononce dans un murmure.

Le murmure d’un homme épuisé par la cruauté et la douleur d’une crucifixion ; exténué par la lenteur d’une telle mort.

Le murmure d’un homme résigné qui, en ce jour-là et à cet instant précis s’avoue vaincu.

Le murmure aussi auquel on associe les expressions « rendre son souffle, rendre son dernier soupir » ; dans le fond, cette fin de vie que l’on souhaite à tous les mourants que nous accompagnons : une fin calme et paisible plutôt que douloureuse et tourmentée.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Comme souvent avec Jésus, il ne faut pas se fier aux apparences. Ne vous y trompez donc pas !

Il ne s’agit pas ici, pour lui, de laisser une ultime fois s’échapper le petit filet d’air qu’il peut encore émettre dans la position insupportable qui est la sienne. Petit filet d’air qui nous donnerait à penser qu’il parle d’une petite voix fluette.

Non, si on traduit littéralement le grec, « faisant entendre sa voix d’une voix grande Jésus dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Et le texte précise bien aussi que Jésus ne laisse pas simplement son souffle lui échapper, il le remet à son Père. Il le lui présente, il le lui donne.

Si proche de la fin, Jésus est encore pleinement là ; pleinement vivant, ai-je envie de dire. Il meurt en étant en vie. Jusqu’à la toute fin, il est acteur de ce qui se passe.

Quelle leçon ! En tout cas pour moi. Quelle leçon, quel encouragement aussi !

C’est parfois tellement difficile de ne pas baisser les bras quand on a l’impression qu’on ne va pas y arriver. Parce que la douleur physique ou la souffrance psychique nous enserrent. Que l’injustice nous frappe. Que des propos voire des actes de violence nous blessent. Faire le dos rond. Capituler pour que cela cesse, une fois pour toute. C’est une tentation que j’ai connue plus d’une fois. J’y ai même cédé.

Alors, en réentendant cette parole de Jésus aujourd’hui, je me dis que j’aimerais la garder en mémoire longtemps. L’avoir en réserve pour les moments difficiles. Non pour mesurer l’écart entre lui et moi. Mais pour puiser l’énergie d’y croire encore, de me battre pour la vie, de m’accrocher lorsque je me sens submergée.

Avec Jésus, ne pas oublier qu’après la nuit vient le jour, que toutes les ténèbres ont une fin.

Se souvenir qu’après les pleurs, il y a la consolation.

Oui, puiser force et espérance dans l’ultime parole de celui qui meurt victime d’injustice et de violence. Trouver dans sa mort, dans sa manière de mourir ou dans son attitude face à la mort, un nouvel élan pour ma vie.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Ou pour le dire un peu autrement « Père, entre tes mains, je confie mon souffle de vie ».

Ces mots révèlent qu’au moment du plus profond dénuement, au cœur de cette déchéance de la crucifixion, quand tout est devenu dérisoire et que le monde se moque de lui.

Quand il n’y a plus aucune raison ni d’avoir confiance ni de faire confiance, Jésus confie au Père son souffle de vie.

Faisant fi de tout désespoir, de tout cynisme, de toute méfiance, Jésus achève sa vie terrestre en disant sa confiance à Dieu avec force, à voix haute. Et sa confiance fera éclore celle de millions d’hommes et de femmes qui jusqu’à aujourd’hui encore font confiance, envers et contre tout… avec, bien sûr, des moments de doutes, mais c’est normal.

Le doute est normal, parce que la confiance que Jésus nous enseigne sur la croix n’est pas théorique ; elle est chevillée à ce qu’il vit, à ce que nous vivons.

On est loin de la méthode Coué qui veut nous faire croire qu’il suffit de se convaincre d’une chose pour qu’elle soit réelle. Loin du positivisme qui, en affirmant qu’il y a du bon en tout nie le côté absolu du mal. Loin de la tyrannie actuelle de la réussite à tout prix.

La confiance que nous enseigne Jésus, c’est la capacité à prendre ce qui nous est donné, jour après jour, à avancer pas à pas, à faire avec et à s’en remettre à Dieu pour tout ce qui nous dépasse.

Oui, je crois qu’avec cette dernière parole, avec ce dernier geste de confiance, Jésus nous encourage à prendre notre vie en main, jusqu’au bout, dans la reconnaissance pour ce que nous pouvons faire et l’abandon serein pour ce que nous devons remettre à plus grand que nous…

Amen