Prédication du 18 avril

La lumière de Jésus ne condamne pas ; elle ne tue pas. Elle suscite, elle encourage la vie.

D’après Jean 8: 12 à 20

La thématique de lumière, elle est présente dans la Bible depuis le tout début jusqu’à la toute fin.

 

« Que la lumière soit ! », c’est la première parole de Dieu au début la création. Il y a ensuite, vous vous en souvenez, la séparation entre la lumière et les ténèbres. Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le premier jour.

A l’autre extrémité, dans le livre de l’Apocalypse, nous retrouvons un thème déjà présent dans le Premier Testament. C’est le fait que dans la ville nouvelle, dans la Jérusalem céleste, l’humain n’aura plus besoin ni d’astres ni de quelque source de lumière que ce soit car le Seigneur lui-même sera le lumière.

Entre ces récits, entre Genèse 1 et Apocalypse 22, et bien la symbolique de la lumière, elle est appliquée à l’homme. Deux exemples emblématiques. Tout d’abord lorsque Jésus dit : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres … »

Mais aussi quand, sur la montagne, il s’adresse à ses disciples en ces termes : « Vous êtes la lumière du monde. »

 

Alors, sachant qu’on ne parle pas d’ampoules électriques, que recouvre cette lumière qui définit toute à la fois Dieu, Jésus, chacune et chacun de nous ?

Avant d’apporter quelques éléments de réponse à partir du récit que nous venons de réentendre, je me permets trois remarques.

 

Premièrement, gardons à l’esprit que Jésus n’est pas né au 21ème siècle. Oui, j’en ai conscience, ça fait un peu ridicule de dire les choses ainsi. Mais souvenons-nous que Jésus n’est pas né à l’ère des leds ou des spots. Il n’a connu ni les projecteurs ni les enseignes lumineuses de vitrines bien achalandées.

Jésus est né à l’époque des lampes à huile. Ce qu’il connaît, c’est une lumière fragile, diffuse… qui ne pointe rien de particulier, mais qui permet grosso modo de voir où on est, de voir où on met les pieds.

 

Deuxièmement, quand Jésus affirme être la lumière du monde, il n’enchaîne pas en précisant que, de ce fait, il n’y aurait plus de ténèbres.

Et on le sait, on l’expérimente. Il y a dans la vie en général et dans chaque vie en particulier, des éclats de lumière et des zones d’ombre, des réussites et des échecs, des élans et des découragements, des sourires et des grimaces. Les uns ne vont pas sans les autres. Y compris pour les disciples de Jésus.

Il n’y a que lorsque le soleil brille au zénith que les ombres disparaissent. Reconnaître que Jésus est lumière n’implique pas qu’il n’y ait plus de ténèbres.

 

Troisièmement, et c’est assurément un des points d’achoppement avec les pharisiens, Jésus se définit comme la « lumière du monde », la lumière du cosmos si on reprend le terme grec, c’est-à-dire de l’ensemble du monde créé.

Il ne se définit pas comme une lumière pour les Juifs, sous-entendu pour son peuple, ni même pour les seuls croyants.

Il a une vision clairement universaliste. Et, ce faisant, il fait éclater tous les cadres qui balisent la vie et la pensée des pharisiens. Les pharisiens qui se définissent et qui définissent leur environnement par des différenciations, des distinctions : entre le pur et l’impur, le sacré et le profane, les juifs et les païens.

En affirmant « je suis la lumière du monde », Jésus se place au-delà des frontières socioreligieuses largement admises à son époque. Il ne sépare pas le monde en x parcelles et en se plaçant lui-même de tel ou tel côté, Il embrasse l’entier du cosmos et assure du coup à chacun sa juste place.

 

Et c’est ce troisième point qui nous permet de commencer à cerner ce qu’est cette lumière qui définit Dieu, Jésus, les humains.

Jésus est lumière du monde en ce sens qu’il éclaire la vie d’une lumière nouvelle. Il nous permet d’en découvrir des aspects, des dimensions que nous méconnaissions. Il nous sort de nos niches, de nos enfermements, de nos aveuglements, voire de nos obscurantismes.

Comment ? Et bien précisément en se plaçant au-delà des frontières socioreligieuses communément admises.

En fréquentant les infréquentables, en s’approchant des malades physiques et psychiques, en parlant avec les femmes et en les acceptant à sa suite, en se faisant accueillir par un collecteur d’impôts, Jésus modifie le regard que les gens de son époque posent sur le monde.

Il choisit de mettre en lumière l’humanité de chacune et chacun plutôt que de focaliser son regard sur ce qui pourrait être considéré comme inhumain ou anormal en telle ou telle personne.

Jésus subvertit ainsi ce que nous croyons savoir des autres.

Il nous rappelle que nous sommes toujours plus que ce que nous paraissons, que ce que nous donnons à voir, que ce que nous disons ou faisons. Telle est la première caractéristique de la lumière lorsqu’elle s’applique à Jésus. Elle nous révèle que ce que les humains montrent au grand jour n’est jamais l’entier de ce qu’ils sont.

 

On apprend encore de Jésus, lumière du monde, qu’il ne juge pas ; et que s’il juge, c’est dans la vérité. La lumière a donc quelque chose à voir avec le non-jugement et avec la vérité.

Vous vous en souvenez peut-être, l’épisode qui précède directement le passage que nous avons réentendu, c’est celui où Jésus se retrouve face à la femme adultère. Les pharisiens aimeraient bien l’acculer. Le prendre au piège de sa propre rhétorique. Jésus n’entre pas dans leur jeu.

Dans les faits, il ne va ni condamner, ni lapider, ni excuser la femme adultère. Il va simplement lui offrir l’opportunité de vivre une nouvelle histoire ; de continuer sa vie avec un élan nouveau.

La lumière de Jésus ne condamne pas ; elle ne tue pas. Elle suscite, elle encourage la vie. Quel cadeau ! Et quel contraste avec ses opposants !

La foi, la religion, telles que Jésus les comprend ne condamnent ni ne tuent. Elles ne sont pas non plus moralisantes ou castratrices… Jésus ne fait pas avancer les débats à coups d’interdits. Il libère. Il relève. Il en appelle à la liberté de conscience de chacun et à l’éthique qui en découle.

Dit autrement, il nous considère comme des adultes responsables ; capables de faire des choix et d’en assumer les conséquences. Capables, surtout, de développer une éthique respectueuse des autres.

 

La lumière, enfin, a à voir avec la vérité. Et ça, c’est peut-être plus étonnant pour nous, même si d’autres récits y font allusion.

En grec, le mot vérité se dit αλήθεια (aléthéia).

De même que le français connaît le -a- privatif, ce mot grec commence par un α privatif. Puis vient le mot “léthè“ qui signifie l’oubli.

La vérité est donc littéralement l’absence de l’oubli. Selon les linguistes, plus que le souvenir, se joue dans ce mot, quelque chose de l’ordre du dévoilement, de la révélation.

La lumière de Jésus nous révèle à nous-mêmes. Elle nous révèle ce que nous sommes, ce que nous sommes appelés à devenir, à faire, à espérer.

Alors que le fouillis et l’urgence du quotidien nous enfouissent si souvent sous mille obligations et nous tiennent éloignés de l’essentiel, la lumière de Jésus nous rapproche de notre vérité, de ce que nous sommes au plus profond lorsque nous nous plaçons sous le regard de Dieu.

 

Alors, si à la suite de Jésus, nous acceptons son exhortation à devenir nous aussi lumière du monde, c’est cela qui nous est demandé.

Non pas juger, condamner, dénigrer voire tuer au nom des dogmes, de la tradition, des lois connues.

Mais éclairer le monde. Comme une lampe à huile.

Éclairer le monde…

…C’est-à-dire permettre à chacun d’opérer ses choix en ayant une connaissance des enjeux la plus large possible.

Encourager la libre pensée.

Aimer et respecter.

Et toujours, mais je préfère dire “tous les jours“ susciter l’élan de la vie là où nous sommes.

 

Amen