Prédication du 23 mai, Pentecôte, série « De la pierre au souffle »

On ne voit ni le vent ni Dieu. Ce qui se voit, ce sont les effets de leur passage.

D’après Actes 10: 34 à 38

Jeudi dernier avec le récit de l’Ascension, nous avons évoqué l’entreprise de délocalisation et de mondialisation de la Bonne nouvelle initiée par le Christ.

L’expérience de Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui confirme cette ouverture sur le monde. Elle va un peu plus loin et y ajoute une petite touche de transgression, nous y reviendrons.

 

L’épisode de Pentecôte que nous avons réentendu dans une version moins traditionnelle que le chapitre deux du livre des Actes des apôtres est un récit passionnant ; riche en enseignement. J’aimerais ce matin revenir sur 3 de ses aspects.

 

  • Tout d’abord, je commencerai par quelques considérations sur le Souffle. Puisque, pour dire l’Esprit, tant l’hébreu que le grec utilisent un mot qui se traduit en français par « souffle » ou par « vent ».
  • Ensuite, nous redécouvrirons que, par l’Esprit, le culte est pour Qu’est-ce que cela a signifié à l’époque ? Comment le comprendre et en tenir compte aujourd’hui ? C’est ce que nous verrons.
  • Et puis, je terminerai par une évidence : lorsqu’il n’y a plus de frontière, il y a plus de relations, potentiellement en tout cas.

 

Donc, pour commencer, quelques mots sur le Souffle.

Pour parler de l’Esprit, les traditions hébraïque et grecque utilisent chacune un mot que l’on traduit communément par souffle ou vent, רוּחַ (ruah en hébreu) et πνευμα (pneuma en grec). Même s’il ne s’agit pas forcément d’une bise à décorner les bœufs, cette manière de parler évoque quelque chose qui ébouriffe, qui décoiffe. Elle contient aussi la notion de mouvement, de circulation, comme les pneus (mot qui vient de πνευμα), les pneus qui permettent aux voitures de se déplacer.

 

Ce qui est intéressant dans le fait d’utiliser ces mots pour évoquer l’Esprit, donc pour dire certaines facettes de Dieu, certaines de ses actions, de ses manières d’être, c’est que le vent ou le souffle, ce n’est ni quelque chose ni quelqu’un.

 

Le vent, c’est impossible de le voir, de savoir à quoi il ressemble ! Le souffle, il est illusoire de vouloir le saisir et le contenir dans une boîte, une pièce ou je ne sais quoi… hormis, très régulièrement, quelques secondes dans nos poumons (poumon, mot qui vient d’ailleurs aussi du grec πνευμα).

Quand on parle du vent ou du souffle, nous sommes dans l’incapacité de les décrire. Parce, que comme tels, nous ne les voyons pas. Ce que nous pouvons voir, ce sont leurs effets, leurs retombées, leurs conséquences. C’est uniquement dans la mesure où ils produisent quelque chose sur nous, sur notre environnement, sur le monde, que nous pouvons les décrire.

 

Quand on utilise l’image de l’Esprit pour parler de Dieu, c’est pareil.

Nous reconnaissons que Dieu n’est ni quelque chose (comme un banc, un pneu ou même une cathédrale, on l’évoquait dimanche dernier), ni quelqu’un (comme vous et moi). Nous essayons de dire Dieu, mais il échappe à notre langage. Nous essayons de le penser mais il excède nos concepts. Il est toujours plus que ce que nous pouvons en dire ; nous ne savons pas à quoi il ressemble.

 

Par contre…

Par contre, lorsqu’il agit sur nos vies, notre environnement ou le monde, alors nous en voyons les effets. Il n’a y pas de passage de Dieu qui ne laisse d’empreintes.

Quand bien même nous peinons parfois à trouver les justes mots pour dire les traces de son passage, pour en décrire les effets, le sentiment de sa présence qui fait vibrer nos cœurs et nos vies n’en est pas moins réel et agissant.

 

Parler de Dieu en utilisant l’image de l’Esprit, c’est reconnaître qu’il nous échappe. Il est présent, mais on ne le voit pas. On ne sait pas le décrire, mais il ne nous laisse pas indifférent.

 

J’en viens maintenant au côté transgresseur de l’Esprit de Dieu. Dont le premier indice, dans notre récit, est le fait que par l’Esprit, le culte est pour tous.

 

Ça peut paraître banal de dire les choses ainsi. Et, quand j’ai fait le test cette semaine auprès de quelques-uns, quasi tous m’ont dit : « Ben oui, la porte de la cathédrale reste ouverte ; on n’interdit à personne de venir au culte ».

Certes et heureusement !

 

Mais le récit de Pentecôte va plus loin. Pierre est chez Corneille. Un militaire romain qui n’est ni juif ni païen. Mais qui avait une spiritualité profonde (lit-on un peu avant ce que nous avons réentendu). Et dont l’ouverture d’esprit lui permet de faire venir Pierre alors qu’il ne le connaît pas personnellement.

Or, que lui dit Pierre ?  « Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial, et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui…»

C’est dire qu’à l’époque des premiers chrétiens, le culte n’est pas réservé aux seuls chrétiens, aux seuls disciples du Christ ; il est ouvert à tous… Quiconque craint Dieu et pratique la justice y est le bienvenu, sans préalable requis !

 

Pas besoin d’être baptisé ; d’avoir ou non été circoncis (ça a fait débat longtemps à l’époque) ; pas besoin d’avoir des parents convertis ou de figurer parmi les proches des disciples.

 

Parce que Dieu est impartial, entendez par là qu’il ne préjuge pas des humains en fonction de leur âge, de leur statut social, du niveau de leur formation, de la couleur de leur peau, de leur appartenance clanique, de leur orientation affective ou que sais-je encore…

… Parce que Dieu est impartial, il s’adresse à chacune et chacun ; il accueille chacune et chacun. Pour lui, aucune des barrières construites pour séparer les uns des autres, aucune des frontières érigées par les humains n’ont pas lieu d’être.

 

Voilà qui rappelle la déclaration de Paul : Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ.

Pierre dit la même chose à Corneille : tout le monde peut trouver un accueil auprès de Dieu. Et ça, à l’époque de Jésus et des premières communautés chrétiennes, c’est une transgression totale des lois en vigueur qui avaient pour habitude de tout trier et de tout séparer. Plus qu’une transgression, c’est même une révolution. Il n’y a même plus besoin d’être chrétien pour être sauvé, puisque Jésus Christ est le Seigneur de tous les hommes précise Pierre.

On parle beaucoup d’accueil inclusif aujourd’hui. À lire ces quelques lignes du livre des Actes des apôtre, Jésus n’a jamais encouragé autre chose. Les premiers chrétiens non plus.

 

Et dans les faits, cette transgression des lois et des coutumes de l’époque qui tendaient à différencier les personnes et les sphères, cet éclatement du cadre, de l’ordre, m’amène l’évidence de ce jour : lorsqu’il n’y a plus de frontière, il y a plus de relations.

 

Et n’est-ce pas ce dont nous avons besoin par-dessus tout ? Non seulement dans notre contexte de pandémie finissante mais jour après jour ?

Des relations, gages de liens…

Dans nos sociétés dont la cohésion est menacée par le communautarisme.

Dans nos loisirs où l’égoïsme voire l’égocentrisme prétérite l’esprit d’équipe.

Dans nos églises dont la communion souffre de guerres de chapelles et de querelles de clochers.

 

N’avons-nous pas besoin, par-dessus tout, de relations ? Si comme moi vous pensez que oui, alors laissons-nous envahir, littéralement enthousiasmés par l’Esprit de Dieu, et ouvrons-nous les uns aux autres. Tel est l’appel de Pentecôte.

 

Mus par Dieu, mis en mouvement par lui, ouvrons-nous les uns aux autres en nous souvenant que si le souffle reste invisible, ses effets sont réels et perceptibles.

 

Amen