Prédication du 21 novembre 2021, Dieu ne nous évite pas les coups tordus de la vie, il nous aide à les traverser

Le Dieu des chrétiens est fondamentalement un « Dieu avec », d’après Esaïe 43: 1 à 3 et Matthieu 28: 18 à 20

« Je ne sais pas si Dieu existe. Mais s’il existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. »

 

Parodiant Woody Allen, c’est ce qu’un homme d’une septantaine d’années m’a lâché dans un soupir. C’était il y a une année tout juste. Les réunions à 5 étaient autorisées. J’animais alors chaque semaine divers temps de prière ou d’échange en tout petits groupes pour maintenir le lien et accueillir celles et ceux qui souhaitaient un partage spirituel.

 

« Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. »

Il y a évidemment différentes manières d’énoncer une telle affirmation. Quand c’est Woody Allen lui-même qui le dit, on peut penser à son humour ou son côté un brin torturé. On est aussi de facto renvoyé à tout ce que les Juifs ont enduré, avec ce constat que, malheureusement, l’histoire, se répète trop souvent.

 

Ce jour-là, il émanait de l’homme qui s’exprimait ainsi de la souffrance et une profonde lassitude. Son dos était voûté. Il peinait à soutenir quelque regard que ce soit et donnait l’impression de porter sur ses épaules tout le poids du monde.

Il est revenu quelques fois. J’ai appris que son épouse était décédée au printemps. Que leur fille unique vivant aux États-Unis, il était impossible d’imaginer des retrouvailles « en vrai » et que, du coup, il se sentait bien seul pour affronter tous ces coups durs que la vie lui imposait.

 

« Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. » Dans la bouche de cet homme, sachant ce que j’avais appris de lui, j’ai réalisé que les mots de Woody Allen révélaient en fait l’image d’un Dieu qui est à 1000 lieues de celui que je connais.

 

Cet homme rêvait assurément, et qui ne l’a pas rêvé un jour, cet homme rêvait assurément d’un Dieu tout-puissant, prêt à changer le cours des choses d’un simple coup de baguette magique. Un peu de bonne volonté divine et finies les souffrances, derrière soi les errances, à bas les ennuis et les ténèbres, vive la vie en rose !

 

À supposer qu’il le puisse, Dieu n’a jamais fait ce choix. Et si étrange que cela puisse paraître, je crois que nous pouvons lui en être reconnaissants.

Que Dieu n’agite pas une baguette pour enchanter le monde, et nous avec, c’est à mon sens le signe qu’il prend la vie au sérieux et qu’il nous croit capables de la traverser en jouissant de ce qu’elle apporte de plus beau et en supportant son lot de difficultés.

 

Les deux courts récits que nous venons de réentendre en attestent.

 

« Ne crains pas, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi, à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas. Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé… »

Des paroles souvent lues à l’occasion d’un baptême. Des paroles qui, dans leur style, concurrencent les plus belles déclarations d’amour.

 

On sait l’importance du nom dans la tradition biblique et dans le monde sémitique ancien, où nommer un être, nommer un objet, c’est lui donner une existence et le reconnaître pour ce qu’il est.

 

Alors bien sûr que celui qui nomme peut connaître la tentation du pouvoir face à ce qui est nommé. Il peut prendre l’ascendant, dominer, ordonner, surveiller, choséifier, instrumentaliser et j’en passe.

Dans le cas de Dieu, c’est autre chose qui se joue.

 

Que ce soit au moment de la création ou ici, vis-à-vis de Moïse ou de tant d’autres, nommer l’engage positivement. Il ne s’agit pas pour lui de tenir l’homme, voire un peuple à sa merci, mais de s’en soucier. De se montrer responsable de lui. D’initier une forme de partenariat, en langage biblique une alliance, qui nous lie à lui individuellement et communautairement.

 

En nous nommant, en nous faisant exister, Dieu s’engage vis-à-vis de nous. Et il nous encourage à assumer notre part de responsabilité dans le déroulement de nos vies et la marche du monde. Il sait bien que ce n’est pas toujours facile. Que la vie n’est pas un long fleuve tranquille et que le monde des bisounours ne vaut qu’à travers un écran.

 

Dieu ne promet pas une vie qui ressemble à un conte de fée. Par contre, et c’est pour moi le plus important, il nous assure de sa présence en tout lieu, en tout temps. Il s’engage à être un Dieu tout terrain

« Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi, à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas. Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé… »

Autrement dit, les épreuves, tu en connaîtras. Mais tu ne seras pas seul au moment de les traverser car, je serai avec toi.

 

Voilà qui résume l’essentiel du Dieu de la Bible qui est fondamentalement un « Dieu avec » ; c’est une promesse qui traverse toute les Écritures, de la Genèse à l’Apocalypse. Une promesse que Jésus lui-même reprend et incarne lorsqu’il dit à ses amis : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

 

En hébreu, le mot « avec » est un petit mot de deux lettres seulement, עם   ) )  qui se prononce HIM.

 

La première lettre ressemble un peu à un Y. Ceux qui aiment comprendre les langues aussi à partir de leur calligraphie y voient un dessin d’ouverture. Notre vie comme un carrefour, une succession de carrefours, et lorsque Dieu s’immisce dans nos existences, il ouvre encore des perspectives nouvelles.

 

La seconde lettre ressemble à un triangle arrondi, à une sorte de tente. On y lit le signe d’un Dieu qui campe parmi nous. Ce faisant, il développe avec nous une relation tout à la fois mobile et intime, pour nous accompagner à chaque étape de la vie, au-delà des obstacles ou des limites humainement franchissables.

 

Notre Dieu est un Dieu avec.

 

Dès dimanche prochain, entrée dans le temps de l’Avent, nous allons en faire mémoire tout particulièrement. Ò viens bientôt Emmanuel, chanterons-nous. Emmanuel, littéralement Dieu avec nous.

 

Temps de l’Avent. Temps d’attente et de préparation.

Espérance de la venue d’un Dieu non pas avatar d’un magicien qui, à l’aide de sa baguette nous extrairait de l’humanité. Elle vaut mieux que ça.

 

Mais un Dieu qui nous rejoint, qui s’incarne pour traverser, lui aussi, tout ce qui fait notre existence. Le plus beau comme le plus douloureux. Et qui nous promet d’être avec nous, non pas banalement toujours comme dans nombre de déclarations d’amour qui se cassent parfois la figure sur l’âpreté du quotidien, mais un Dieu qui promet d’être avec nous tous les jours, dans tout ce que nous vivons.

 

C’est à lui que nous confions nos détresses.

C’est lui que nous remercions pour sa présence indéfectible en nous et à côté de nous. Pour tout le beau et le bon dont il nous rend capables.

Amen