Prédication du 28 novembre 2021, Avent 1, Dieu ne nous habille pas en Prada, il nous revêt de son pardon!

Dieu habille la nudité d’Adam et d’Ève de son pardon. Même pécheur, l’humain peut donc se regarder dans le miroir sans avoir honte. D’après Genèse 3, passim et Luc 17: 1 à 4

Vous êtes sans doute différents de moi… et c’est tant mieux pour vous.

Mais je dois vous avouer que ce matin j’ai quand même une petite frustration.

 

En entrant dans le temps de l’Avent, en allumant cette première bougie, certes fragile mais porteuse d’espoir, j’avais envie d’évoquer -et bien- la lumière, l’élan, l’attente heureuse, la vie… et voilà que, selon la tradition, cette bougie non seulement elle symbolise le pardon, mais en plus, elle nous renvoie à Adam et Ève.

 

Alors, le pardon me direz-vous, c’est beau. C’est essentiel, pour chacune et chacun. Sans pardon, la vie est un enfer ! Bien sûr. En soi, le pardon est vital, j’en conviens. Mais qui dit pardon, dit nécessairement faute préalable, blessure, souffrance, injustice …

Qui pense, en plus, à « Adam et Ève » pense spontanément au fruit défendu, au paradis perdu, au péché originel. Et ça, c’est moins rigolo.

C’est moins rigolo, mais, je l’ai redécouvert cette semaine en me penchant sur ce récit, ce n’est pas dénué de toute promesse. Petit retour donc sur Adam et Ève.

 

Dans l’épisode réentendu, on les retrouve penauds, devant Dieu, après avoir bravé l’interdit de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et s’être découverts nus.

 

Que s’est-il passé ? Dieu leur avait dit qu’ils mourraient, s’ils mangeaient de l’arbre. C’était suffisamment dissuasif.

Le serpent a répliqué : non, non, si vous en mangez, vous ne mourrez pas, vous serez comme Dieu.

Adam et Ève ont connu la tentation d’être comme des dieux et ils n’ont pas su y résister.

C’est peut-être là le noyau dur de ce que l’on appelle le péché originel : se prendre pour un autre. Se plaire à être comme des dieux alors que nous sommes en Dieu. Nous sommes en lui, dans sa main, dans son cœur…

 

Dieu avait formulé une limite ; une seule ! L’interdiction de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’humain n’aime pas les limites qui lui rappellent, mais n’est-ce pas essentiel, qu’il n’est pas tout. Qu’il n’existe que d’être nommé par un autre, nous l’évoquions la semaine dernière. Que c’est dans le regard d’un autre qu’il puise la conscience d’être. Qu’il est fondamentalement un être de relations.

 

Prenons un exemple adapté à ce temps de l’Avent : pour naître au monde, un nouveau-né doit se séparer de sa mère. Et si les petits enfants apprennent si rapidement à sourire, c’est bien parce qu’une foultitude de visages se penchent sur leur berceau, le sourire aux lèvres.

 

L’humain est un être de relation. Il ne se suffit pas à lui-même. Et le vivre-ensemble implique nécessairement un cadre, de la régulation, des limites.

 

Adam et Ève ont donc transgressé l’interdit, ils ont franchi la limite. Du coup, ils se découvrent nus et se mettent à éprouver un sentiment jusque-là inconnu, la honte.

 

Et, avec la honte, vient le mensonge. L’homme accuse la femme qui, à son tour, accuse le serpent. Ce n’est pas moi, c’est l’autre ! Refrain archi-connu.

 

Pour rompre ce cercle vicieux, voilà Dieu qui intervient et nous donne une leçon magistrale sur le pardon.

 

Je sais que cela peut paraître étrange de l’affirmer ainsi. Parce que, dans la tradition, on ne retient qu’une chose : Adam et Ève chassés du jardin. Et on comprend ce geste sous l’angle exclusif de la punition. Une punition que l’on n’a pas fini de se coltiner puisque nous travaillons toujours à la sueur de notre front et que les accouchements se vivent rarement sans douleurs.

 

Il y a néanmoins un détail qui m’encourage à lire ce récit autrement, à braver les discours traditionnels et à fustiger la moralisation simplificatrice dont on se satisfait trop souvent en pleurant sur le paradis perdu. Ce détail il est au verset 21 : Avant de l’expulser du jardin, « Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit. »

 

En croquant le fruit défendu, Adam et Ève ont péché par orgueil. Ils se sont pris pour autres qu’ils n’étaient. Ils ont vu trop grand. Découvrant avec honte leur nudité, ils ont tenté maladroitement de la couvrir.

 

Et voilà que Dieu vient leur offrir un habit adapté. C’est dire que désormais, même pécheur, l’humain peut se regarder dans le miroir sans avoir honte. Il peut à nouveau regarder sa compagne et elle son amoureux librement, joyeusement. Ensemble, ils peuvent se tenir sous le regard de Dieu sans plus éprouver cette honte qui les avait tenaillés.

 

Dieu habille la nudité d’Adam et d’Ève de son pardon.

 

Un vêtement nouveau que ni le déroulement linéaire du temps ni les aléas de la météo ne viendront élimer. Un vêtement que personne ne saurait arracher à autrui. On ne peut tout de même pas enlever à quelqu’un ce que Dieu lui a offert.

 

Alors bien sûr, Adam et Ève vont voir leur vie se dérouler dans un ailleurs, en dehors du jardin. Mais ils ne sont pas chassés comme des gueux. Ils sont équipés par Dieu pour affronter ce qui les attend…

… Je ne serais pas loin d’appeler ça un cadeau.

 

Un cadeau que Dieu réitère à chacune et chacun. Génération après génération. Siècle après siècle.

 

Dieu nous habille de neuf pour que nous soyons présentables, équipés, que nous n’ayons pas à nous cacher.

 

Il nous habille toutes et tous de son amour et de son pardon. Pas besoin de convoiter la garde-robe du voisin. Y en a pour chacun.

Il nous habille sur mesure. Nul intérêt donc à se tailler des costumes surdimensionnés pour donner à penser que nous sommes autres, plus grands, meilleurs ou je ne sais quoi. C’est inconfortable, inélégant et ça nous dénature.

 

Dieu ne nous habille pas en Prada. Il nous revêt de son pardon…

…Et pour continuer dans ce registre de la couture, j’ajouterais encore que son modèle, celui qui incarne parfaitement sa griffe, n’est autre que Jésus. Qui s’est offert à toutes et tous, gratuitement sans quémander quelque contrepartie que ce soit. Mais qui nous a laissé un encouragement fort à perpétuer le geste du pardon : « Si ton frère vient à t’offenser, reprends-le ; et s’il se repent, pardonne-lui. 

Et si sept fois le jour il t’offense et que sept fois il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. » 

 

Pardonner, c’est aller au-delà de soi, c’est continuer à donner par-delà ce qui pourrait empêcher ou casser une relation.

 

Consentir au pardon, c’est le vivre comme une effraction. Une effraction qui atteste la délivrance de l’enfermement ou de la honte et la primauté de l’espérance sur la méfiance ou sur la peur.

 

Au final, lus ainsi, le pardon, le péché, Adam et Ève, pour un premier dimanche de l’Avent, ça me parle. Et ça m’encourage à aller de l’avant.

 

Amen