Prédication du 9 janvier 2022, Les attentes du peuple et le baptême de Jésus

Attendre le Messie activement, en mobilisant tout ce que Dieu a placé en nous pour que nous prenions, sur terre, à la fois toute notre place et en même temps rien que notre place.

D’après Luc 3: 10 à 22Quelle effervescence il y a autour de Jean le Baptiste ! C’est incroyable comme ça grouille, comme ça fourmille. On lui court après, on le suit à la trace, on murmure, on s’exclame, on l’interroge : Si le Messie arrive, que faire pour bien faire ?

 

On l’interroge, mais on s’interroge aussi : Jean ne serait-il pas ce Messie tant attendu ?

Observez-le : il prêche, il baptise, il en appelle à la conversion pour le pardon des péchés, il prophétise, il répond aux questions de tout un chacun.

Autant de critères qui correspondent à celui dont on attend la venue.

 

Oh oui, il y a de l’effervescence autour de lui, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean fait de l’effet à ses contemporains. Que ses paroles touchent les gens. Qu’elles font sens pour eux. Mais si la venue du Messie devait s’accompagner d’une révolution, alors, il y a de quoi déchanter en l’écoutant.

 

Parce que, sa parole qui touche tant, relève en fait du quotidien le plus banal.

Sans doute parce que Jean n’est pas là pour nous donner les clés du paradis, nous emmener dans l’extra-ordinaire. Ce n’est pas son rôle. Jean est là pour nous préparer à ce qui va advenir, nous préparer à Celui qui vient. À cet effet, et bien,

  • à la foule, il dit de partager avec ceux qui ont moins, voire qui sont dans le besoin.
  • Il enjoint les collecteurs d’impôts à taxer les gens de manière correcte, sous-entendu sans se sucrer au passage.
  • Il met en garde les militaires contre un excès de zèle qui pourrait se traduire par de la violence.

Pas de quoi fouetter un chat donc. C’est même décevant si l’on attend un changement radical de la marche du monde. Et pourtant, je suis prête à parier que si Jean-Baptiste devait s’exprimer devant nous aujourd’hui, il ne changerait pas un iota à son discours. À la question : « Que faire pour bien faire ? » ou « Comment vivre l’attente du Messie ? » Il répondrait comme alors : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé ». En français courant : « Contentez-vous de faire ce qu’il vous revient de faire ; ni plus ; ni moins. »

 

Faire ce qu’il nous revient de faire. Œuvrer dans notre monde, y prendre notre part, toute notre part, mais juste notre part.

 

Entre ce « tout » et ce « juste », un équilibre à trouver. Pour faire fructifier pleinement qui nous sommes, sans nous dérober à nos devoirs, mais sans non plus ombrager l’espace dont les autres ont besoin pour se réaliser.

Cet équilibre, Jean-Baptiste l’a trouvé. Et je vous avoue qu’il force mon admiration. Il est là en précurseur et il assume ce rôle.

  • Avec des paroles qui renvoient chacune, chacun, à son quotidien.
  • Avec autorité, sans pour autant chercher à usurper la place de Celui qui vient.

Il fait preuve d’une belle harmonie entre l’élan, l’exhortation, l’ouverture d’un chemin et l’humilité.

 

Jean-Baptiste exhorte les hommes et les femmes de son temps à investir pleinement leur quotidien. Du coup, ça passe par quelques évidences que je qualifiais tout à l’heure de banalité : partager, ne pas abuser de sa fonction, être juste.

 

Ces « banalités » ne signifient pas pour autant que Jean-Baptiste lui-même soit banal ou insignifiant par rapport à Jésus. Il est simplement à sa juste place. Il prend sa juste part dans l’histoire de l’humanité.

 

Aussi, dans sa suite, j’aimerais vous inviter à réfléchir un instant. Qu’est-ce qu’il y a en vous que vous êtes seul.e à porter ? Que vous êtes seul.e à pouvoir offrir à Dieu, offrir au monde ?

 

En quoi êtes-vous unique ? En quoi est-ce que vous nous manqueriez si vous n’étiez pas là maintenant ?

 

Nous sommes tellement habitués aux comparaisons, quand ce n’est pas à la concurrence. Nous nous pourrissons si souvent la vie à exister en nous estimant “plus ceci“ ou “moins cela“ que les autres.

 

Penser positivement à ce qui nous différencie des autres. De nos parents, nos enfants, nos voisins, nos amis, nos collègues … Réaliser, positivement, ce qui nous rend unique. Ce à quoi Dieu nous appelle. Ce à quoi Dieu songe lorsqu’il nous appelle.

Déceler en soi ce qui est à nul autre pareil…

… Exercice difficile, mais ô combien nécessaire. Pour découvrir qui l’on est, qui l’on n’est pas. Pour discerner ce que Dieu attend de nous…

 

Quant à Celui qui vient pour reprendre l’expression de Jean, à ce stade de l’histoire, difficile de savoir comment il va prendre sa place.

 

On sait encore peu de choses sur Jésus. Jusqu’au moment de son baptême, il est quasi un anonyme.

 

Il y a bien longtemps que plus personne ne se souvient du prodige de l’étoile et de sa naissance en retrait du monde, faute de place pour l’accueillir.

 

Dans l’évangile de Luc, mise à part sa présentation au temple et un bref épisode où, jeune garçon, il fait tourner le sang à ses parents en parlementant 3 jours durant dans le temple de Jérusalem avec les maîtres et autres docteurs de la loi, rien ne nous est dit sur lui avant l’épisode que nous venons de réentendre.

 

Et, dans cet épisode-là, celui que nous attendons, n’est pas au premier plan, loin s’en faut. Il est étrangement discret, pour ne pas dire passif.

On sait simplement que, comme la grande majorité du peuple, il a demandé le baptême. Et, alors que baptisé, il prie, l’Esprit Saint descend sur lui comme une colombe et une voix venant du ciel proclame : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

 

Quand Jésus entre activement dans l’histoire, il commence donc par y prendre sa place au même niveau que tous les autres.

 

Il vient pour baptiser d’Esprit et de feu, signe de réconciliation absolue entre Dieu et les hommes. Mais cela ne l’empêche pas de demander le baptême d’eau en vue du pardon des péchés.

 

Jésus, Fils de l’Homme autant que Fils de Dieu.

 

Son baptême, marqué par la colombe de l’Esprit, nous rappelle l’essentiel.

 

Le baptême, ce n’est pas l’homme qui sacrifie et qui monte à Dieu comme on le disait volontiers. Le baptême, c’est Dieu qui descend vers l’homme et l’habite, c’est le sens du mot « enthousiasme », avoir Dieu en soi.

 

Le baptême, c’est Dieu qui vient à l’homme sous la forme d’une colombe. Et la colombe était, dans les rites de purification de l’époque, l’offrande des plus pauvres. C’est dire Dieu se fait pauvre pour nous rejoindre et pour nous mettre en route sur le chemin de son Royaume.

 

Et avec cette mise en route, et bien notre attente de Celui qui vient passe de passive (potentiellement passive) à active. Attente active où nous sommes appelés à mobiliser tout ce que Dieu a placé en nous pour que nous prenions, sur terre, à la fois toute notre place et en même temps rien que notre place.

 

Amen