Prédication du 13 mars, une rencontre en vérité

C’est à notre tour de partager l’eau vive, avec toutes celles et ceux qu’il nous est donné de rencontrer .

D’après Jean 4

ICe jour-là, cette rencontre-là… je m’en souviendrai toujours. Le jour de ma libération. Le jour où j’ai su que je pouvais aimer Dieu, le Père, pleinement, et qu’il m’aime, telle que je suis, là où j’en suis. Ce jour qui a eu le goût de la liberté, que je ne connaissais pas, celui de la vérité que je n’osais pas.

 

Mon existence bouleversée m’avait rendue amère, et angoissée. Ça se sent des mes réponses quand on m’adresse la parole, et Jésus n’y a pas échappé : «Comment ? Toi un homme juif, tu me demandes de l’eau, à moi, une femme Samaritaine ?» que je lui ai dit en réponse à sa soif. Tout était là, la division entre nos peuples, la division les femmes et les hommes, ma propre méfiance et les plaies de mon histoire.

 

Mais Jésus s’est montré à la hauteur de la conversation, il ne s’est pas laissé démonter. Au contraire, ensemble nous nous sommes élevés dans cet échange, et tout, au fil des phrases, devenait si frais, si doux, comme si l’eau du puits était montée jusqu’à nous.

 

Quand je lui ai dit : «donne-moi cette eau vive dont tu parles, que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici», j’ai pu lui dire ma vraie soif, ma sécheresse… de devoir venir puiser ici en-dehors des regards, toujours seule, pour éviter l’opprobre… l’existence un jour après l’autre, profil bas sous le soleil brûlant, cherchant le sens et peinant à le trouver, à part de continuer, puisque la vie est là… c’était triste, c’était lourd, c’était sec.

 

J’ai eu peur qu’il m’y ramène, quand il a dit : «Appelle ton mari». Oh non, ce n’est pas vrai. Juste là où ça fait mal. Juste là où on me juge. A cette question, d’habitude je n’ose rien dire, je pars, je retourne à ma solitude où personne n’a su me rejoindre. Ou alors je me mets en colère. C’est vrai à la fin, comme si on n’existait pas sans mari, nous autres les femmes, comme si on n’était pas capables d’entendre une chose importante. Mais on a la tête aussi bien faite que vous, Messieurs. Et notre existence compte autant que la vôtre !

 

Personne ne sait pourquoi j’ai été mariée 5 fois. Personne ne veut entendre la trame de ces histoires compliquées, douloureuses pour moi, et parfois pour ces hommes aussi. Comme si c’était de gaieté de cœur qu’on vit des choses pareilles. Mais tout le monde s’en tient à l’extérieur, aux chiffres, à ce-qui-devrait-être.  Ils jugent, et on ne vit plus, sous de tels regards.

 

Mais ce jour-là, je ne me suis pas laissée démonter moi non plus. L’Esprit soufflait déjà, sans doute, l’eau vive avait commencé déjà de nous désaltérer. Quand il a dit «Va, appelle ton mari», j’ai dit. Le minimum, mais vrai. Il a accueilli ma parole. Il a connu ma vie. Il ne m’a pas jugée.

 

Il a reconnu que je me tenais devant lui dans ma vérité. Il a dit que c’était le bon point de départ. C’est en cela que je l’ai reconnu prophète. Non seulement parce qu’il a connu des choses que je ne lui avais pas dites, mais surtout parce qu’il ne m’a pas jugée, et parce qu’il m’a rouvert le chemin vers Dieu, à partir de ma vérité que je lui avais dite. «Tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité». Tu n’as pas caché ta vérité. Dieu reçoit ton adoration, en vérité.

Quelle libération, quelle grâce !

Ça me rappelle un psaume qui dit : «Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, tu m’as creusé des oreilles pour entendre, alors j’ai dit «voici je viens». Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît, ta parole est tout au fond de moi».

A ce moment-là, tout était réconcilié. La division de nos peuples devenait insignifiante, la route vers notre Dieu nous était ouverte à toutes et tous. Le temps messianique est là !

 

L’eau vive inondait mon coeur et s’apprêtait à déborder sur toutes les habitantes et habitants de notre ville, à qui j’ai proposé de venir rencontrer Jésus, eux aussi.

 

Vous vous rendez compte ? Moi la femme de l’ombre, ou plutôt du plein midi, qui vais chercher les autres dans leurs abris ombragés, qui prend la parole sur la place publique, qui trouve les mots pour partager l’eau vive, et qui est crue… C’était beau ce moment. Enfin déliée de l’opprobre, enfin reliée, à nouveau, à celles et ceux au milieu de qui  je vis.

 

La vie a changé. Ma vie a changé. Oh les vieilles habitudes n’ont pas complètement disparu, vous avez entendu, ces chers Messieurs de la ville (et quelques femmes aussi) se sont empressés de préciser que ce n’est pas seulement sur ma parole qu’ils ont cru, mais pour avoir rencontré Jésus par eux-mêmes. C’est logique en même temps et tant mieux que ces rencontres aient eu lieu. Qu’ils et elles aient goûté d’aussi près à l’eau vive, comme j’en ai eu la chance.

 

Ma vie a changé. C’est vrai je sens l’eau vive couler au fond de moi, j’ose être, j’ose pardonner mon histoire, l’accueillir telle qu’elle est, avec ses beaux moments et ses douleurs. J’ai envie de continuer la vie. Je ne redoute plus les regards qui me jugent, je sais reconnaître les regards amis, car je ne baisse plus la tête. Et chaque fois que je vais au puits, quelle que soit l’heure du jour et quelle qu’ait été ma journée, je souris.

 

**************

Chères amies, chers amis,

C’est à notre tour de partager l’eau vive.

Nous sommes toutes et tous préoccupés par la guerre qui est là beaucoup trop près de nous.

 

Que pouvons-nous faire pour l’arrêter ? Hélas, je ne sais pas… rien sans doute que prier, pour que ceux qui en décident et la poursuivent se résolvent à l’arrêter…

 

Mais pour la paix, nous pouvons faire beaucoup, nous devons faire beaucoup. Et là l’Evangile d’aujourd’hui en dessine un chemin.

 

C’est à notre tour de partager l’eau vive, avec toutes celles et ceux qu’il nous est donné de rencontrer. C’est à notre tour d’accueillir sans juger. D’ouvrir les portes pour que chacun, chacune se reconnaisse le droit d’exister dans sa vérité, avec les joies et les douleurs de son histoire, et de partir de là pour adorer Dieu : c’est à dire être au monde, pleinement, et y agir en fonction de la réconciliation, de la paix, et de la confiance retrouvée.

 

Oui c’est dans les profondeurs de tout être humain que se joue la paix, que se construit la capacité de vivre en paix les uns avec les autres, la capacité d’accueillir, de ne pas avoir peur, de tisser la confiance.

 

Cela, c’est à notre portée. Pour que la paix reste possible, nous devons nous y atteler ainsi, au cœur de nos vies, dans nos rencontres, nos relations, dans notre quotidien. Et la soutenir comme nous pouvons partout où des hommes et femmes de bonne volonté se rassemble pour dire que c’est la paix, notre possible, notre horizon et notre avenir.

                                                                       Amen