Prédication de Pâques, Pâques? L’histoire d’un rien…

 

Si ce sont les femmes que Dieu a convoquées au matin de Pâques, c’est qu’il a besoin d’accoucheuses et non pas de croque-morts ou d’anesthésistes.

D’après Luc 24: 1 à 12

C’est le premier jour de la semaine.

De grand matin, c’est-à-dire à l’aube ; ce moment délicat où les premières lueurs commencent à fissurer l’obscurité.

 

C’est le premier jour de la semaine et les femmes, ces alliées si fidèles de la vie et de l’agonie de Jésus, s’échappent de la ville endormie, aromates en poche, pour aller dans le jardin. Juste au pied de la colline où trônent encore les 3 croix vides.

 

Mais ce matin, leurs regards ne s’attardent pas sur la colline. Ils lorgnent du côté du jardin. Ils pointent vers la grotte où repose le corps de Jésus. Là où, vendredi en fin de journée, une pierre a été roulée. Pour fermer le tombeau aussi sûrement que l’on referme les yeux d’un défunt.

 

C’est le premier jour de la semaine.

Et cette affirmation fleure comme une promesse. Celle d’un commencement, d’une naissance, d’un avenir…

…Tout ce qui est premier, porte toujours en soi une espérance particulière.

 

En ce premier jour de la semaine, pourtant, un sentiment étrange prévaut. L’impression paradoxale que l’histoire débute alors que tout est fini.

 

La trahison a eu lieu.

La parodie de procès aussi.

La condamnation fut exécutée séance tenante.

 

Alors oui, les femmes se mettent en mouvement mais le reste du monde demeure figé.

Oui, elles vont accomplir les gestes rituels sur la dépouille ; mais le corps du bien-aimé est déjà totalement froid.

À quoi bon ?

 

À quoi bon ? Mais comme c’est l’histoire d’un premier jour de la semaine qui fleure comme une promesse, il y a place pour l’espérance. C’est ce que les femmes vont nous rappeler.

 

Ce n’est pas un hasard si, dans tous les évangiles, elles sont les premières à se lever et à agir.

C’est qu’elles savent, au plus intime de leurs corps, le chemin de la vie. Étroit, fragile, douloureux, résistant, tenace.

 

Si ce sont les femmes que Dieu a convoquées pour cette page-là de l’histoire, c’est que, ce matin, il a besoin d’accoucheuses et non pas de croque-morts ou d’anesthésistes.

 

Ce matin, Dieu a besoin d’audace et de souplesse.

 

Les hommes endormis peuvent rester entre les 4 murs de leurs maisons. Dieu a besoin de la générosité de celles qui ouvrent l’avenir en laissant cet avenir passer au travers d’elles, puis se frayer son propre chemin.

 

Pour cet accouchement au 3ème jour d’une détestable condamnation à mort, Marie de Magdala, Jeanne, Marie de Jacques, leurs compagnes se sont dûment préparées. Elles se sont préparées matériellement, psychologiquement, physiquement.

 

Mais plus qu’à la mort, c’est à une rencontre qu’elles se sont préparées.

 

Comme nous dans nos centres funéraires. Car même dans un tombeau ou sur les bords d’un cercueil, aller voir un défunt, c’est vivre une rencontre. Nous le savons bien puisqu’en de telles circonstances nous parlons au défunt ou à la défunte, nous le touchons, l’embrassons, lui laissons un objet, un mot ; nous mesurons nos gestes comme on le ferait avec un vivant pour ne pas le blesser.

 

Les femmes se sont donc préparées.

Elles se sont préparées à tout.

Or, elles se retrouvent face à rien !

C’est un vide qui les accueille. Une absence. Une disparition.

 

La pierre du tombeau a été roulée, le corps a disparu.

 

Elles pourraient éclater de joie. Crier victoire. « À toi la gloire, ô ressuscité ».

 

Elles sont d’abord rattrapées par une stupéfaction teintée de crainte.

 

C’est que le tombeau vide ne suffit pas à dire ce qui se passe.

Ce signe a besoin d’une parole. Il nécessite une interprétation, avant que naisse la foi… avant que la stupeur se transforme en joie et que la douleur devienne espérance…

 

… Sans la rencontre escomptée, sans parole pour expliquer l’absence, les femmes sont perdues.

 

Alors, deux hommes vêtus de blanc apparaissent et leur disent : « Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ; il disait : “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite“. »

 

Dès lors, elles se souviennent.

 

Et regardant le vide du tombeau, les femmes exultent. Elles s’empressent de faire demi-tour pour rejoindre les amis de Jésus. Qui sommeillent encore dans les brumes du petit matin.

 

Mais, dans ce demi-tour, les femmes ne font pas simplement que retourner là d’où elles viennent.

 

Elles sont métamorphosées. Elles ont vécu une véritable conversion.

Elles vont désormais à contresens de l’histoire que les contemporains romains et juifs de Jésus avaient pensé écrire.

 

Elles deviennent apôtres et contestataires. « Il n’est plus là où il était. Il est là où il avait promis d’être, et il nous appelle à la vie ! »

 

Fortes de cette assurance, le vide du tombeau ne peut plus leur faire peur. Bien plus, il creuse en elles l’élan.

 

Le vide des origines appelle la création ; le vide de la faim révèle le désir. Le vide du tombeau suscite l’espérance : « Il n’est plus là où il était. Il nous attend, ailleurs.  Vers un horizon dégagé ! »

 

Là où la pierre marquait la fin, marquait un “stop“, le vide du tombeau nous dit “va !“.

 

Va ! Ne reste pas coincé par ce qui t’enferme.

Ne reste pas figé dans ce qui est porteur de mort.

La vie t’appelle !

La vie, c’est un horizon dégagé. C’est une perspective là où il y avait un mur.

La vie, c’est une marche, un mouvement.

La vie n’est pas toujours facile mais, grâce au Christ ressuscité, elle regorge de promesses.

 

Alors, va !