Prédication du 8 mai, la vie entre coups de blues et confiance

Il est vain de vouloir changer le passé. Il est crucial de construire l’avenir. D’après Jérémie 29: 10 à 11 et Matthieu 6: 25 à 27

Jérémie, Jésus… 2 hommes, vous l’avez entendu, qui nous parlent de confiance, du présent à vivre, de l’avenir à construire !

 

Ce matin, je vous propose de les suivre pour voir comment leurs réflexions qui datent viennent questionner aujourd’hui nos choix de vies.

 

À l’époque de Jérémie, le présent, l’actualité, c’est pas folichon. Le peuple d’Israël vit en exil. Les gens sont non seulement loin de leurs terres mais aussi loin du temple qui joue un rôle si important pour eux. Du coup, et bien l’humeur, elle est à l’inquiétude, à la déprime, à la tristesse. C’est peu dire que les temps sont durs… Le peuple d’Israël courbe l’échine sans imaginer qu’un avenir heureux soit encore possible.

 

… Ces temps-là, de tristesse, de désarroi, ne sont malheureusement pas sans rappeler ceux que vivent aujourd’hui les Ukrainiens et les Ukrainiennes qui ont dû fuir leur pays. Mais plus largement aussi tous les exilé.e.s d’Afrique, du Proche-Orient ou d’ailleurs dans le monde.

À se demander pourquoi l’humanité ne cesse de répéter les épisodes les plus sombres, les plus honteux, de son histoire.

 

À l’époque de l’exil évoqué Jérémie, ceux qui voient le verre à moitié vide se disent qu’ils en ont pris pour 70 ans. C’est long.

Ceux qui voient le verre à moitié plein se réfugient dans l’espoir qu’un nouveau temps de paix voire de prospérité est promis ; que Dieu l’offrira à son peuple, même si ce n’est pas tout de suite. Plus que les années, ce qui compte pour eux, c’est cette promesse du Seigneur : « Je veux vous donner un avenir à espérer ».

 

Pour le coup, en parallèle à ce que je disais de la bêtise humaine qui répète les pages sombres de l’histoire, je veux croire que cette promesse divine n’a, elle non plus, pas fini de résonner aux oreilles des humains. Qu’elle traverse, elle aussi, l’histoire en la ponctuant d’éclats de joie et de source d’espoir pour tous ceux qui courbent l’échine.

 

De ces quelques mots de Jérémie dans un contexte morose, je retiens un encouragement pour aujourd’hui.

 

Nous avons tous, déjà connu, même les plus jeunes, un de ces moments où l’impensable se produit. Où le ciel nous tombe sur la tête, comme on dit. En cause, un échec à des examens, une rupture amoureuse, des soucis familiaux, la maladie, l’exil, la mort d’un proche.

 

Dans ces moments de crise, nous sommes tiraillés entre deux impressions :

  • celle que Dieu nous a abandonnés et qu’on attendait mieux de lui;
  • et le fait qu’un avenir est peut-être encore possible, mais ailleurs; tout ailleurs. Pour tout autre chose, tout autrement.

 

Face à ce double sentiment, Jérémie ouvre une troisième voie : il exhorte Israël à prendre son destin en main à l’endroit même de son malheur.

 

Il ne l’encourage ni à fuir loin de son malheur, ni à l’accepter passivement, mais à traverser l’épreuve, à vivre cet exil et, au sein de celui-ci, au cœur de ces 70 ans, à voir ce qui peut être vécu et développé.

 

C’est une forme de résilience que propose Jérémie bien avant que ce terme ne soit si connu. Et c’est ce que je vous propose de garder de ces quelques versets.

 

Cette incitation à prendre notre vie en main, tout en sachant que nous restons fondamentalement dans la main de Dieu « qui, en tout temps je veux le croire, nous promet un avenir et une espérance ».

 

Voilà pour Jérémie…

 

Avec Jésus, ce qui se joue est un peu différent. Mais je dois vous avouer d’emblée qu’à la lecture de l’évangile de Matthieu, j’ai une certitude : Jésus n’était pas un père de famille.

 

Il n’avait pas le souci de 3 repas quotidiens. Ni celui des habits qui semblent rapetisser tant les enfants grandissent vite.

 

« Ne vous inquiétez pas, ni pour la nourriture, ni pour les vêtements. »

Qui est-il pour parler ainsi ? De ce qui, précisément, occupe chacune de nos journées ? Se nourrir, se vêtir…

 

Alors bien sûr que, pour une part, il a raison. Nul ne peut, par sa seule inquiétude, prolonger son existence. On ne gagne rien à se ronger les sangs. C’est même plutôt l’inverse. Le stress tue, on le sait.

 

Mais nul, non plus, ne peut vivre en parfait insouciant. C’est une question de responsabilité et de solidarité.

 

Responsabilité vis-à-vis de soi Solidarité vis-à-vis des autres, parce que notre façon de vivre a des incidences au-delà de notre propre personne. Nous ne vivons pas dans des bulles, séparés les uns des autres. Nos choix personnels impactent toujours d’autres personnes. Et je veux croire que Jésus le savait.

 

Du coup, si je me dis qu’il a quand même un peu réfléchi avant de parler, qu’il ne prêche pas l’insouciance légère, et qu’il ne nous tape pas non plus sur les doigts pour des préoccupations quotidiennes bien normales, alors je me dis qu’il cherche peut-être simplement à nous emmener vers un choix de priorités.

 

Avec cette exhortation que l’on peut entendre comme déclaration d’amour : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie… Regardez les oiseaux du ciel, votre Père les nourrit… Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?… Observez les lys des champs, Dieu les habille… Ne fera-t-il pas bien plus pour vous ?… »

 

En parlant ainsi, Jésus balaie nos inquiétudes dans ce qu’elles ont de stériles. Il nous ouvre à la confiance. Et au dessaisissement :

  • Nous ne pouvons pas tout, mais nous ne sommes pas seuls.
  • Là où nous avons l’impression d’un trop, d’une montagne, voire de quelque chose d’impossible, tout reste possible pour Dieu.

 

En parlant ainsi, Jésus nous invite, à nous décentrer, à quitter le lieu de nos soucis pour élargir notre regard et nous intéresser au monde qui nous entoure.

 

Et dans ce décentrement promet-il, nous trouverons la liberté de nous affranchir de nos inquiétudes pour nous mettre en quête de ce qui fait vibrer, bouger ; en un mot, de ce qui fait vivre !

 

Ce décentrement de soi, je crois que les hommes et les femmes de la jeune génération le vivent. Bien plus que je ne l’ai vécu à leur âge. Du fait, notamment, du dérèglement climatique qui les touche ; qui vous touche et vous inquiète à juste titre.

 

Ce souci du monde, vous les jeunes, vous l’avez. En le revendiquant et en affirmant en même temps, comme vous le faites aujourd’hui, votre identité chrétienne, vous le doublez d’un réel souci pour les autres.

 

L’histoire se répète ; souvent pour le pire disais-je au début. C’est vrai.

 

Mais ce qui est sûr dans la marche du monde, c’est qu’il est vain de vouloir changer le passé. Ce qui est tout aussi sûr, c’est qu’il est crucial de construire l’avenir.

 

En étant vivante, vivant, aujourd’hui, nous avons chacune et chacun, une partie de l’avenir du monde et des autres entre nos mains.

 

Alors, je nous y encourage : à la suite de Jérémie, à la suite de Jésus, prenons notre présent en main et bâtissons l’avenir que nous voulons pour les générations futures. Mettons-y toute notre énergie.

 

Dieu compte sur nous autant que nous pouvons compter sur lui.

 

Amen