Prédication du 3 juillet 2022, mais qui donc veut aller au casse-pipe?

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups »  Si Jésus avait été politicien, ce n’est pas avec ce style de promesse qu’il aurait décroché un mandat et prêté serment avec nos édiles politiques!  D’après Luc 10: 1 à 11Je regarde, je vous regarde, et je n’en vois pas beaucoup qui ont l’âge d’aller à l’école. Alors je vous le dis, parce que ça  vous a peut-être échappé : c’est les vacances.

 

Réussis ou pas, les examens sont derrière. La fête du bois a renoué avec sa joyeuse tradition. Alors sans doute qu’aujourd’hui, pour être politiquement correct, plus personne n’ose chanter que les cahiers sont au feu et la maîtresse au milieu… n’empêche !

C’est les vacances. Et même pour celles et ceux qui ne sont plus à l’école obligatoire ou post-obligatoire, même pour les têtes blanches, les mois de juillet et août ne sont pas tout à fait comme les autres parce que beaucoup d’activités ou de loisirs habituels marquent une pause durant cette période estivale. Et comme je suis moi-même bientôt en vacances, je me réjouissais, avec bonne conscience, de cette perspective.

 

Le tout s’est gâté au moment où je me suis penchée sur ce récit de l’évangile de Luc.

J’en ai eu le tournis. Il y a une telle urgence dans ces mots. Un tel sentiment que quelque chose de capital est en train de se passer et que je, que nous devons y prendre part sans plus attendre… comme s’il était absolument déterminant de remettre l’ouvrage sur le métier maintenant. De prendre notre bâton de pèlerin ; de nous mettre en route ; de témoigner ; de travailler pour Dieu, devant les humains. Et d’oublier tout le reste, vacances comprises…

 

De ce récit au rythme si rapide, qui fleure l’urgence, je vous partage ce matin quelques éléments de réflexion pour essayer de comprendre de quoi il en retourne.

 

Et je commence en mettant en parallèle deux affirmations de Jésus « je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » et « dans quelque ville que vous entriez et où l’on ne vous accueillera pas, sortez sur les places et dites : “Même la poussière de votre ville qui s’est collée à nos pieds, nous l’essuyons pour vous la rendre… »

 

Le moins que l’on puisse dire avec de telles affirmations, c’est que Jésus n’avait pas le sens politique de nos édiles… En tout cas, il ne donne pas dans la promesse électorale d’un monde supposé exceptionnel pour qui le suit.

En terme de conscience, de transparence, d’honnêteté, c’est tout à son honneur. Mais franchement, avec une telle mise en garde « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. », qui, aujourd’hui, se mettrait en route ? Qui prendrait le risque d’aller au casse-pipe annoncé ?

 

Bien sûr, en entendant ce récit ce matin, on peut se dire que nous ne sommes pas les mêmes agneaux qu’il y a 2000 ans et les loups ne sont pas les mêmes non plus. Voire même que ces catégories ont disparu. Je ne le crois pas. Ces catégories continuent d’exister. Et les difficultés voire les dangers du témoignage chrétien demeurent réels.

 

Des chrétiens opprimés existent. Des chrétiens en danger, des chrétiens pesécutés, aussi. Moins grave mais tout aussi questionnant, des chrétiens n’osant plus -ou ne voyant plus l’intérêt de- faire état de leurs convictions parce qu’ils se sentent incompris dans un monde largement sécularisé.

 

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Cette petite phrase de Jésus, couplée à l’avertissement que les apôtres entreront dans des villes sans y être accueilis et qu’il s’agira alors de ne pas insister, de secouer la poussière collée à leurs pieds et de poursuivre la route, nous permet de réaliser, aujourd’hui comme hier, qu’être chrétien, chrétienne n’est pas une évidence.

C’est un choix. Comme l’a signifié Thomas tout à l’heure. Un choix facile à assumer dans certaines circonstances. Mais qui peut aussi se révéler lourd de conséquences.

 

Alors, si l’été est propice aux pauses. S’il permet de questionner nos routines, je voudrais vous inviter à réfléchir non seulement aux lointains chrétiens opprimés du fait de leurs convictions religieuses, mais à toutes les fois où, dans vos vies, c’est difficile, sans nécessairement être dangereux, mais c’est difficile de s’afficher chrétien, chrétienne, d’affirmer vos convictions profondes et vos doutes : peut-être au travail, avec certains amis, en marge des votations populaires, en regard de l’actualité, au club de foot, au yoga, ou que sais-je. Qu’est-ce qui me pèse ? Qu’est-ce qui me gêne ? Qu’est-ce qui m’allègerait et me redonnerait élan pour vivre mes convictions et en témoigner. Je vous y laisse y penser dans les semaines qui viennent.

 

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Je vous envoie dans des lieux où vous ne serez pas accueillis. Pour autant, ne vous blindez pas, poursuit Jésus. Ne vous carapaçonnez pas. « N’emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales, et n’échangez de salutations avec personne en chemin. »

Une bourse, un sac, des sandales, c’est pourtant le strict nécessaire pour se mettre en route. Rien d’extravagant à cela, tous les pèlerins vous le diront.

 

Alors, ce départ si léger, cette urgence à aller droit au but en évitant les rencontres du chemin, que signifient-ils ? Sans doute plusieurs choses.

Ce matin, j’aimerais mettre en avant une interprétation possible.

Partir léger, c’est souvenir que pour témoigner, nous n’avons pas besoin d’une légitimation autre que la parole d’envoi que le Christ nous adresse et qui résonne en notre plus for intérieur…

… Le seul motif qui devrait guider notre départ, notre mise en route, notre témoignage, c’est son appel.

En disant cela, Jésus réaffirme subtilement que Dieu nous réclame chacune et chacun. Et qu’il nous attend tel.le.s que nous sommes. Avec nos éclats, nos faiblesses, nos compétences, nos limites, nos élans, notre fichu caractère et j’en passe. Dans ce « ne prenez rien », j’entends « allez, tel.le.s que vous êtes ».

 

« Allez, tel.le.s que vous êtes », cela me permet de terminer avec ces autres mots de Jésus : même en cas d’échec, de non-réception, de non-écoute, « … sachez-le, le Règne de Dieu s’est approché ».

 

Que c’est bon à entendre…

C’est tellement difficile d’être mal reçu. C’est tellement frustrant de se planter… et ardu, pour chacun, de faire une distinction entre l’attaque d’un avis exprimé et l’attaque de soi-même.

 

Comment est-ce que je réagis lorsqu’on n’accueille pas l’Evangile, la Parole et le Royaume dont j’essaie de témoigner ? Comment est-ce que je riposte lorsque l’on se moque de ma foi, de ma manière de la dire ? Qu’on me dit que ma religion n’est pas à la mode, peu intéressante ?

N’ai-je pas souvent l’impression qu’en rejetant mes paroles, c’est moi-même que l’on rejette ?

 

Jésus, ici, nous dit que des refus sont possibles ; que l’échec existe. Mais qu’alors, il nous faut repartir, quitter la maison, la ville, et rester en paix avec soi-même.

Comme quoi, la fuite n’est pas toujours une lâcheté. Elle peut marquer la reconnaissance de notre impuissance et le signe que, dès lors, nous nous en remettons à Dieu.

À Dieu qui nous assure qu’en tous temps et en tous lieux, malgré nos échecs tout humains dans l’effort de transmission, son règne s’approche de nous comme de celles et ceux dont nous nous sommes approchés à chaque témoignage.

 

C’est à mes yeux la Bonne Nouvelle fondamentale de ce matin : le règne de Dieu s’approche de nous et des autres, malgré nos déboires.

Réflexion faite, cette proclamation-là ne méritait pas d’être suspendue, même pour cause de vacances ou de simple pause estivale.

Et je souhaite qu’elle soit votre carburant jour après jour. Grâce à vous, mais peut-être aussi malgré vous ou en dépit de vous, le règne de Dieu ne cesse de se faire proche de la terre.

 

Amen