Prédication du 4 septembre « Je suis le pain de vie »

Jésus s’offre en partage et les humains ont du pain sur la planche!

D’après Exode 16: 11 à 15 et Jean 6: 24 à 35

C’est encore tôt le matin. Mais déjà, la foule s’est levée. Elle est en marche. Elle est en quête. Elle est avide. Non pas de pain, mais de Jésus.

 

C’est que hier, avec ses disciple, Jésus a nourri quelque 5000 personnes avec seulement 5 pains et 2 poissons. Par ce geste, avec cette attention manifestée pour le bien-être de chacun, il a rempli les panses et marqué les esprits.

 

À la fin de ce festin hors normes, alors que le jour tombait en miettes et que la lune montait dans le ciel, chacun est rentré chez soi. Comblé.

Comblé du pain reçu, mais aussi de tout ce qui avait été vécu et partagé.

 

Les disciples, eux, ont embarqué direction Capharnaüm. Jésus les as rejoints en effleurant les flots.

 

Et voilà qu’après la nuit, la foule en redemande. Hier, elle a été rassasiée. Mais maintenant que la digestion est terminée, le désir à nouveau creuse son sillon en chacune et chacun.

 

Ayant vainement cherché Jésus là où tout s’était produit, la foule finit par le retrouver. À Capharnaüm. S’engage alors ce dialogue pour le moins surprenant.

 

En guise de salutations, la foule demande à Jésus depuis quand il est là. Et lui de répliquer : « Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains à satiété. Il faut vous mettre à l’œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle ».

 

Début de dialogue déroutant. Qui donne l’impression d’un dialogue de sourds. Avec une foule qui s’étonne de la liberté de mouvement du maître et Jésus qui répond par des considérations existentielles et culinaires.

 

Début de dialogue chaotique. Mais on perçoit assez rapidement où se niche l’essentiel. Et l’essentiel, comme souvent dans la Bible, se résume en une question : « de quel pain te nourris-tu ? , d’un pain périssable ou du pain de vie » ?

 

Une question et du pain pour cogiter sur l’essentiel… Voilà qui n’est pas sans rappeler le périple du peuple des Hébreux.

 

Dans son long et sinueux chemin de libération entre le joug égyptien et la terre promise, il se voit nourri par Dieu de manne.

 

La manne, c’est une matière qui ne ressemble pas à grand-chose ; elle est fine, crissante ; certains la décrivent comme une sorte de graine de coriandre blanche ayant le goût d’un beignet au miel.

 

Cette manne, elle tombe du ciel et recouvre le désert au petit matin. Chacun en prend selon son appétit, selon son besoin. Mais on ne peut pas en faire des réserves.

Quelques Hébreux ont bien essayé d’en garder d’un jour à l’autre ; la manne s’est couverte de vers. Elle est devenue puante et impropre à la consommation.

 

On la compare souvent à une sorte de pain, mais la manne, « mann hou » en hébreu, cela signifie littéralement : qu’est-ce que c’est ?

 

La manne, c’est un grand point d’interrogation ! On peut donc dire que, durant 40 ans, Dieu a nourri son peuple de questions.

 

Et, paradoxalement, c’est exactement ce que fait Jésus avec son affirmation pourtant péremptoire « Je suis le pain de vie ».

 

En parlant ainsi, en affirmant cela, il ne fait rien d’autre que de nous renvoyer la question : « de quel pain vous nourrissez-vous ? de quel pain te nourris-tu ?  de quel pain veux-tu te nourrir ?»

 

Aujourd’hui comme à l’époque, Jésus nous éveille à cette réalité : le pain de subsistance est nécessaire ; il existe un autre pain, tout aussi nécessaire, c’est le pain de vie.

 

L’un et l’autre répondent au même besoin humain d’être nourri. Mais de même que ces nourritures sont de natures différentes, ces pains sont différents.

 

  • L’un est périssable, l’autre éternel.
  • L’un s’épuise et on se le dispute; l’autre ne vient jamais à manquer et on le partage.
  • L’un nourrit le corps, l’autre toute notre personne.
  • L’un s’achète ou se fabrique, l’autre ne peut qu’être reçu.
  • Si le pain de subsistance peut asservir l’homme, le pain de vie le libère.

 

Jésus s’offre comme ce pain de vie. Ce pain qui permet la vie, qui la suscite. En tout lieu, en tout temps, en toute circonstance.

 

Comme la manne dans le désert, Jésus est un don de Dieu. Présent pour chacune, chacun, selon son besoin.

 

Comme la manne autrefois dans le désert, Jésus nous permet, aujourd’hui, d’avancer sur notre propre chemin de libération, et de garder le cap de la terre promise, y compris dans nos traversées de désert.

 

Sa vie, sa manière d’être, ses paroles, ses gestes sont tout entiers encouragement à nous libérer de ce qui nous entrave, nous paralyse, nous cloue au piloris des idées reçues, nous engonce dans le costume de nos habitudes, nous fige dans des traditions dont on a parfois perdu le sens.

 

La vie, en Christ, est jaillissement, mouvement, élan vers l’autre, rencontre.

 

Et si, comme la manne, on ne peut le thésauriser et qu’il ne sert à rien de vouloir le contenir dans son panier à provisions, ce n’est pas parce qu’il pourrit, mais parce que, ce dont il nous nourrit, en appelle naturellement au partage.

 

L’amour ne vit que d’être partagé. Il en est de même de Jésus-Christ. En ce sens, il s’offre en partage et nous avons du pain sur la planche dans le sens initial de cette expression comme dans son sens actuel.

 

Dans le sens initial qui rappelle que les paysans préparaient eux-mêmes des pains pour nourrir leur famille durant la semaine. Un jour par semaine, ils cuisaient les miches puis, sorties du four, les alignaient sur une table de bois. Il y alors avait du pain sur la planche. Comprenez, il y avait de quoi être nourri. Le manque ne menaçait pas pour la semaine à venir.

 

Par Jésus, en lui, nous avons l’assurance de ne jamais manquer de l’essentiel. On a donc du pain sur la planche.

 

Mais on a aussi du pain sur la planche dans le sens où il nous incombe de mener plus loin l’œuvre de Jésus. De partager ce que nous recevons de lui. Ce n’est qu’en poursuivant son œuvre, que son héritage sera maintenu vivant.

 

Il y a un mot tout simple de notre langage quotidien qui le signifie. C’est le mot « copain ». Il est dérivé du mot « compagnon », en latin « cum panis ».

Un compagnon, une compagne, c’est littéralement une personne avec laquelle on partage son pain.

 

En Jésus, nous sommes des frères et des sœurs. Nous sommes des compagnes, des copains.

 

Il attend de nous que nous en témoignions en paroles et en actes.

 

Amen